Sir, Yes sir !

Les militaires passent dans l’inconscient collectif pour un groupe hyper hiérarchisé, dont les actions sur le terrain respectent à la lettre un plan venu « d’en haut » et où la prise d’initiative est contrecarrée par le « command and control ».

Pourtant l’étude des doctrines militaires récentes, en particulier celle du corps des Marines, permet de battre en brèche 2 idées préconçues. Pour survivre, et battre un adversaire intelligent (et qui tient à sa peau lui aussi) la doctrine conseille :

  • De décentraliser la prise de décision
  • De s’adapter plutôt que de suivre un plan

Quel rapport avec la DSI me diriez-vous ? Comme nous l’explique Don Reinertsen dans son dernier livre The Principles of Product Development Flow, les nouvelles générations de méthode de développement de produit (notamment logiciel) ont tout à gagner à s’inspirer de la science militaire pour aborder les problématiques de la décentralisation des décisions et du rapport au plan.

Décentraliser la prise de décision

Reinertsen nous explique que dans la guerre moderne, la victoire vient essentiellement de la capacité à découvrir et exploiter rapidement les faiblesses de l’adversaire afin d’ajouter des forces au bon endroit et au bon moment, pour le battre par le surnombre.

A cette fin, prendre les bonnes décisions et surtout les mettre en oeuvre rapidement est le principal facteur concourant à la victoire. Or les opportunités (par exemple une faiblesse de l’adversaire) ou les difficultés sont découvertes par les soldats engagés sur le terrain, et plus critique, la valeur de ce genre d’information décroit très rapidement dans le temps. Il faut agir vite et profiter tout de suite des opportunités ou contourner tout de suite les obstacles. Dans ce type de situation en référer à toute la chaîne de commandement (remontée d’information) puis recevoir l’ordre (descente de l’ordre) signifie perdre la « fenêtre de tir » ou se faire écraser par un adversaire en surnombre.

Ainsi, il est plus intéressant de prendre vite une décision sous optimale et de la mettre en œuvre rapidement plutôt qu’attendre une décision parfaite qui n’aura plus de possibilité d’être déployée.

On pourrait résumer le principe ainsi : en moyenne, le temps gagné par la prise de décision et son application par les hommes/femmes sur le terrain, compense très largement une éventuelle sous-qualité de la décision.

Pour autant les militaires mettent en place des conditions permettant de se reposer sur ce principe de délégation, notamment :

  • Le surentrainement des hommes de terrain pour les préparer aux champs de bataille et à cette prise d’initiative
  • Les moyens de communication « horizontaux » (par exemple entre un pilote d’avion et des soldats progressant au sol) pour générer/partager vite une information riche sur le terrain

S’adapter plutôt que suivre un plan

Les militaires ont compris que la réactivité sur le terrain (synonyme de vie ou de mort) passait par un rapport au plan bien particulier.
Pour illustration, on se souviendra de la formule du Général Binford Peay (commandant de la 101ème aéroportée dans le golfe) :

« Planning is priceless. The plan itself is useless ».

Autrement dit, se projeter dans l’avenir pour avoir une idée de ce que l’on va faire est important, s’adapter par rapport à cette idée initiale à partir des nouvelles conditions est plus important encore.

Dans les faits, plutôt qu’un plan détaillé, les soldats sur le terrain ont un ordre de mission. Cet ordre de mission précise l’objectif de l’opération plutôt que la façon dont l’opération doit être menée. Charge aux hommes sur le terrain de s’organiser/décider au mieux en fonction des conditions qu’ils rencontrent.

Citons Reinertsen sur ce thème :
« In maneuver warfare, the mission is commonly described in the section of an operation plan called « Commander’s Intent ». The Marines believe orders are incomplete without this information. They believe that intent needs to be understood deeply through the organization. They believe that when intent is clear, Marines will be able to select the right course of action. This is particularly true when Marines have to deal with an emerging obstacle or opportunity. In many ways, intent is simply a robust and compact way of providing direction.”

Conclusion

Cette nouvelle inspiration trouvée du côté des militaires a un autre intérêt inestimable : elle permet de dépassionner certain débats et de prôner la décentralisation des décisions et l’adaptation plutôt que le respect du plan, sans s’appuyer une seule seconde sur des considérations éthiques ou idéologiques.

Le parallèle avec nos problématiques IT est volontairement laissé à la charge du lecteur qui se sentira concerné lorsque que ses projets ont une dimension temps jugée critique.

3 commentaires sur “Sir, Yes sir !”

  • Je trouve cet article particulièrement intéressant. Cette phrase en l'occurence a attiré mon attention. Ainsi, il est plus intéressant de prendre vite une décision sous optimale et de la mettre en œuvre rapidement plutôt qu’attendre une décision parfaite qui n’aura plus de possibilité d’être déployée. Certains décideurs dans les entreprises oublient l'urgence de la situation "du terrain" et restent cloîtrés dans leurs vision idéaliste du futur. Mais la priorité devrait être le présent et ses difficultés.
  • Ca peut aussi être complètement l'inverse. Certains dirigeants à la course de .... (mettre ici le mot qui convient) vont chercher à avoir toujours de la nouveauté à quelque prix que ce soit sans penser aux impacts à long terme. Ils vont pousser à fond l'innovation sans jamais chercher à rationaliser. Cela coute vite très cher et à un moment ou à un autre il faut bien passer à la caisse... Pensée du soir : "A force de courir sans regarder en arrière, on ne s'aperçoit pas que le chasseur ne nous court plus après mais on remarque vite à nos dépends que l'on a les pieds au dessus du précipice" (cf bip bip et le coyotte) - oui je sais c'est moins classe que Descartes mais bon ...
  • Les militaires et notamment les personnels du secours en montagne nous apprennent également sur la rétrospective ;) tout entrainement ( nécessaire a la construction des équipes, leur efficacité et au maintien de leurs compétences ) est suivi d' un débriefing : qu est ce qui a marche ou pas , qu est ce qu il faut améliorer etc ... Objectif : être plus efficace le coup d' après et ne pas refaire les mêmes erreurs
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