Simplifier la prise de décision dans le monde agricole grâce à la blockchain

Aujourd’hui les agriculteurs font face à des problèmes de gestion de leurs parcs d’appareillage technologiques. En effet que ce soit au niveau des machines agricoles (tracteurs, moissonneuse…), des divers capteurs ou des stations météo, les agriculteurs ont peu de moyens fiables et sûrs pour contrôler l’accès et l’exploitation de leurs données (température des sols, humidité…).

Malheureusement de plus en plus d’acteurs du monde des objets connectés accèdent et exploitent les données des appareils qu’ils commercialisent sans rétribuer l’entreprise à qui le produit est vendu. Ceci s’explique par l’absence de clarté dans l’appartenance et l’utilisation de la donnée.


Que ce soit d’un point de vue financier ou de sécurité, l’enjeu est crucial :

  • Les agriculteurs se regroupant par “collectivité” et mettant leurs données en commun (même base de données), il nous faut un moyen qui permettra de mettre d’accord l’ensemble des agriculteurs sur:
    • La mise à dispositions des données aux IOT providers.
    • La nature de cette mise à disposition de la donnée (contre rétribution ou non)
  • Il faut sécuriser et conditionner l’accès à la donnée relevée par ces outils de mesure connectés. 
  • Il faut également permettre aux agriculteurs de mettre à disposition leurs données moyennant finance ou citations dans le cas d’utilisation de leurs données par le fabricant IOT. 

 

Pour résoudre ces problèmes de contrôle et de reporting d’accès à la donnée plusieurs solutions ont été envisagées:

  1. Réunion, document excel à remplir par les prestataires IOT pour l’accès à la donnée.
  2. Une base de données simple où répertorier les accès aux données des objets IOT, combinée à une interface web simple pour donner le droit d’accès ou non.
  3. Base de données décentralisée pour renforcer la sécurité et la résilience.

Chacune de ces solutions ne résolvait qu’une partie du problème.

 

Avec le client (Consortium des agriculteurs) nous avons donc commencé à envisager d’autres solutions dont la blockchain.

La blockchain répondait à 95% de nos besoins :

  1. Besoin de consensus pour mettre d’accord les groupements agricoles sur la rémunération ou non de leurs données utilisées par l’IOT provider (l’exploitant fournissant les objets connectés).
  2. Répertorier l’accès aux données. Chaque action dont par exemple “récupérer une donnée” génère une transaction inscrite dans le registre de la blockchain.
  3. Sécuriser l’accès à la donnée et au registre des accès (pour suivre et connaître chaque opération sur la donnée).

 

La blockchain au service de l’agriculture

Je ne m’attarderais pas en détails sur ce qu’est la blockchain, je vous partage ici un cas concret de son application issue de mon expérience.

 

Pour rappel, la blockchain est semblable à un livre de comptes ou un registre ouvert, dont tout le monde dispose d’une copie. Ce registre est immuable et décentralisé. Chaque action réalisée sur un appareil du parc agricole (information collectée, supprimée ou modifiée) est tracée sous forme de transaction dans votre registre et celui de tous les participants de la blockchain. Si vous souhaitez en savoir plus je vous recommande cet article pour comprendre la blockchain dans ses fondements en 5 min !

 

Chaque ligne ou groupement de lignes de transactions de votre registre, représente un bloc qui est ajouté/chaîné à la dernière transaction.

 

En consultant votre copie du registre, vous êtes capable de connaître tout l’historique de gestion de consentement et vous pouvez contacter les prestataires en conséquence.

Une plateforme de gestion de consentement

Pour répondre aux enjeux citées en début d’article, un projet a vu le jour. Ce projet implique le ministère de l’agriculture, l’institut du végétal Arvalis ainsi que d’autres acteurs du milieu agricole.

 

L’idée première de ce projet est de mettre à la disposition des agriculteurs une plateforme de gestion de consentement. L’intérêt est de rendre aux exploitants le contrôle sur leurs données. Ils peuvent ainsi décider via la plateforme, qui a le droit d’accéder à la donnée et sur quel intervalle de temps. Cette plateforme fut donc construite sur un socle de blockchain. La blockchain nous apporte un niveau suffisant de : traçabilité, sécurité, intégrité et facilité dans la prise de décision. 

 

En effet la principale feature nous ayant motivée à partir sur une blockchain fut la prise de décision par “consortium”. Elle permet selon des règles qui définissent un résultat de prendre une décision par vote des participants (le tout automatisé). Dans notre cas, certains agriculteurs voulaient mettre à disposition leurs données contre rétribution, d’autres souhaitaient seulement être cités lors de l’utilisation de ces données. Le système de vote avec une règle définit par exemple: “si 6 votes sur 10 donnent leurs consentements” alors la transaction est validée et répertoriée dans le registre de la blockchain.

flux_echange_blockchain_zakaria_rachedi

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Traçabilité

Les prestataires ayant eu accès sans permission à la donnée des outils et machines de mesure seront donc fichés dans le registre des transactions de la blockchain. Car chaque action sur la plateforme génère une transaction (“supprimer data” par exemple) fichée dans le registre de la blockchain.

 

Le contrat des IOT providers ne jouant pas le jeu ne sera pas reconduit et le consortium se fournira en IOT chez d’autres fabricants.

 

Intégrité

L’intégrité dans une blockchain dépend de l’ensemble du réseau. Des tests ont démontré que si au moins 51% du réseau est encore sain, alors l’intégrité de la donnée n’est pas compromise.

Dans le cadre de la blockchain de ce projet, celle-ci est de nature privée, l’exposant moins au risque de DDOS (attaque massive sur un service pour le rendre indisponible) entraînant le contrôle du réseau. Cela dit, il faut garder en tête que tous les scénarios sont possibles et penser à mettre en place les verrous nécessaires.

 

Sécurité

Un intérêt majeur d’utiliser une blockchain dans ce projet, c’est aussi d’avoir une grande fiabilité sur l’intégrité de vos données (pour s’assurer qu’elles n’ont pas été modifiées à votre insu). En effet pour modifier un bloc (une ligne de votre registre), il faut pouvoir décrypter le bloc qui le précède. Chaque bloc de la blockchain est calculé/chiffré en fonction du bloc précédent.

securite_bloc_blockchain_zakaria_rachedi

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Ainsi notre blockchain de gestion de consentement contenant déjà des milliers de blocs de transactions, il faudrait déchiffrer jusqu’au premier bloc de celle-ci pour obtenir l’accès au bloc ciblé.

 

Grâce à tout ce processus décentralisé, aujourd’hui encore les temps de traitement de demande de consentement sont fortement réduits (là où il fallait parfois plus d’un mois). Aucun des acteurs de ce système ne souhaite revenir à la version manuelle de traitement de la data de son parc IOT.

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