Serious Games ? retours de 2 conférences

Guillaume Duquesnay et moi même avons récemment eu l’occasion d’assister à des conférences en 2012 sur les Serious Games :
Il nous a paru intéressant de partager nos retours et nos réflexions sur ce blog.

Pour commencer, nous vous proposons une définition proche de celle de Wikipedia du terme Serious Games : « l’usage des principes ludiques du jeu vidéo dans le cadre de l’apprentissage de connaissances ou de gestes techniques ».

Forum des Serious Games

Cet évènement était un peu « juge et parti », car Daesign est un éditeur qui vend des Serious Games sur mesure sur la base d’un moteur standard. Il produit des jeux qui portent sur les attitudes commerciale, le management, la gestion du stress, etc. Ce positionnement peut sembler étonnant de prime abord, lorsqu’on imagine les Serious Games comme des simulateurs de vol, ou de catastrophe dans des centrales nucléaires… (c’était mon cas).

Le moteur Daesign a l’air bien conçu pour décliner des jeux rapidement. Le gros du travail pour créer un nouveau jeu est la conception des situations et des dialogues. L’ordre de grandeur de coût d’un jeu est  de 100K€ à 300K€ selon la complexité.

L’évènement a été introduit par Hélène Michel, directrice de recherche à l’ESC Chambéry, qui présentait le Serious Game comme un excellent moyen de préparer les étudiants à l’insertion dans le quotidien d’une entreprise : le jeux constitue une bonne transition de la théorie universitaire vers la pratique de l’entreprise.

Au cours de la matinée, nous avons vu entre autres :
  • Un Serious Game créé pour Natixis qui permet de comprendre les réactions de chacun en situation de stress. Très intéressant !
  • Un Serious Game pour évaluer les compétences de management. Ça fait un peu peur, d’évaluer des compétences sur la base d’un jeu…
  • Un Serious Game pour préparer son entretien annuel chez BNP Paribas
  • Un Serious Game pour apprendre à gérer sa concession chez Renault.
Il était donc question du potentiel d’usage des Serious Games dans la gestion des compétences comportementales, du savoir-être, du management. Cette approche nous a paru très intéressante. Elle nous a rappelé la session « Jeux d’adultes » de l’USI 2010.
Il état question d’approche systémique. Il y avait un certain nombre de coaches dans la salle.
Plusieurs modalités d’usage étaient présentées : sur la base du volontariat, dans le cursus de formation…
Concrètement, ces jeux sont utilisés soit sur le poste de travail de l’employé, soit de manière collective dans une salle de formation, afin de créer une émulation.

Matinée GUIDE Share

Cette matinée a démarré par une présentation de Domitile Lourdeaux, « chercheuse en Serious Game » à l’UTC de Compiègne. Domitile a présenté les aspects théoriques de l’utilisation sérieuse des jeux vidéo. Elle a évoqué ses recherches sur les Personnages virtuels autonomes, permettant des scénarios intégrant une part de hasard au sein des jeux. Cette introduction du hasard dans un dispositif d’apprentissage m’a paru très intéressante.

Nous avons ensuite suivi une démonstration d’un jeu servant à la formation des collaborateurs de Renault. Ce jeu leur apprend à réceptionner dans les meilleures conditions possibles les clients dont les véhicules sont en panne. Il a été développé par la société Daesign (voir plus haut).

Nous avons été très intéressés par la présentation de Dassault aviation, par Jean Sass. On y a vu divers systèmes de simulation temps réel, et en particulier le Virtual Reality Center : il s’agit d’une sorte de salle de cinéma 3D destinée à la présentation de prototypes, de manière interactive. Dassault a aussi présenté un outil proche de Kinect permettant  à des « compagnons » (ouvriers certifiés) d’apprendre à démonter des éléments d’avions.

Une présentation par Alexandre Mignon, de l’hôpital Cochin, a porté sur l’usage des Serious Games dans le monde médical : les « medusims ». Il a tout d’abord présenté la simulation de réanimation, d’accouchement via des mannequins tangibles. Il a ensuite parlé de jeux visant à apprendre les premiers soins au grand public comme  StayingAlive.fr, et de jeux destinés au personnel soignant. Le site de son laboratoire : Ilumens.fr De manière générale, les jeux sont très utiles pour former les étudiants en médecine sans faire prendre de risques à des patients bien réels… Ils aident aussi à l’apprentissage du diagnostic. Ils permettent de faciliter l’apprentissage long de la médecine.

Olivier Mauco, Game Designer et chercheur à Sciences Po, a présenté les possibilités du Serious Games pour la sensibilisation des citoyens à l’organisation de la cité (fonctionnement des administrations, de la politique énergétique européenne, etc.) Des exemples : Stop Disaster de l’ONUWorld Without Oil.

Puis IBM a présenté sa plateforme Innov8 2.0, et le jeu de simulation de métropole CityOne.

Enfin, Laurent Grumiaux de Fishing Cactus, a conclu de manière humoristique sur la rupture générationnelle  et les différences d’appréhension des jeux selon l’âge.

En conclusion, on peut dire la chose suivante : si le terme Serious Game évoque souvent les jeux de guerre pour recruter des soldats (cf . America’s Army) ou bien les simulateurs de vols, il existe de nombreux autres usages moins attendus, mais très intéressants : le développement des « soft skills », l’apprentissage des gestes médicaux, ou la sensibilisations aux problématiques citoyennes. Et la bonne nouvelle est qu’il existe des moteurs qui permettent de les construire de plus en plus rapidement.

Reste une question sans réponse : ces jeux sont-ils assez ludiques pourqu’on ait envie d’y passer des heures ? Il faudrait pouvoir les tester…