Rendez-vous en terre inconnue : Chez les Agilistes

L’Agile est souvent assimilée à une méthode de gestion de projet, parfois à une pratique de développement logiciel et quelques fois c’est une baguette magique. Cet article se propose d’expliquer l’Agile en racontant l’histoire de l’intérieur. Pour cela, nous avons demandé à nos clients de nous expliquer comment ils ont découvert et vécu l’Agile. Nous voyagerons ainsi avec Cécile, Bénédicte, Nicolas, Guillaume, Christophe, Céleste, Dominique, Stéphane, Joy et Marianne. Ce sont leurs histoires, leurs joies et peines que nous allons vous conter. Cet article se veut plus être une histoire de changement qu’une description de l’Agile.

Le début du voyage : Où aller ?

C’est l’histoire d’une organisation traditionnelle qui utilise des pratiques traditionnelles avec des clients traditionnels. Et un jour, elle décide de “rompre avec les habitudes ancestrales”.

Quant aux raisons de ce virage, nous balançons entre le conscient de type “au pied du mur” – “avec l’Agile, nous prenons juste le risque de réussir. Impossible de le faire dans les délais attendus en cycle en V classique”, et l’inconscient – “Panacée pour certains, la Méthode Agile, avec deux majuscules je vous prie, est dans ce cas la solution à tous les problèmes”, ou encore Tel le Steve Jobs qu’il a rêvé d’être, il viendra conclure la séance en exhortant vos équipes d’être agiiiilllles, audacieuses, d’oser, toussa toussa…”.

Et cette organisation traditionnelle qui se met en route vers l’Agilité n’a pas nécessairement d’idée de la longueur du voyage –  “Ce n’est plus une transformation de l’informatique, mais de toute la structure”.

Les préparatifs : On y va vraiment ?

Passée la surprise de l’annonce, l’inconnu génère de l’inquiétude et les anticorps de notre structure traditionnelle commencent à se défendre – “La première salve est venue du fond de la salle. Chez nous, ça ne peut pas marcher.”.

Il y a plusieurs causes à ce rejet. La première est la traditionnelle crainte du changement – “Après tout, c’est un saut dans l’inconnu.”. La deuxième est liée au fait qu’Agile  n’est pas qu’une nouvelle pratique mais plus une culture avec son système de valeurs – “Le choc des cultures allait être saisissant”.

Si le groupe réagit, il y a aussi des questions plus individuelles. Ce questionnement se ressent dans les attitudes – “J’y vais même un peu à reculons, Je sens bien qu’il regrette déjà d’avoir accepté cette folie de traiter un projet aussi critique en Agile” et aussi dans le regard des autres – ”Mon manager est assez inquiet de me voir « abandonner » l’équipe”, “On me félicite pour cette évolution, j’y vois plus tôt une punition”.

Cette étape de préparatifs est assez naturelle. Avant de partir en terre inconnue, je me pose la question de savoir si je prends la bonne décision. C’est nécessaire pour appréhender le changement qui viendra – “Plus tard, il faudra accepter d’expérimenter des solutions, de se tromper, de réajuster le besoin en fonction et d’avancer à petits pas”.

Arrivée en terre inconnue : WTF

Une fois passées les supputations, les interrogations, les projections, les voici emmenés dans un nouveau monde. Les voici découvrant une nouvelle culture – “Mes interlocuteurs parlaient en retour d’animaux, de trucs et de machins, traduisaient dans leur langage avec des nouveaux mots […]. Je me souviens de cette journée où je me suis retrouvé Lost in translation”. Comme dans chaque culture, il y a des mots qui n’ont de sens qu’ici. Nos nouveaux arrivants se retrouvent au monde des User Stories, des Product Backlog, des Scrum Masters, des Cycle Times…

Qui dit culture différente et différences culturelles ne dit pas nécessairement rejet. Ils apprennent de nouvelles habitudes, de nouveaux échanges… Ils s’ouvrent à une autre façon de voir les choses – “La rencontre du troisième type était en cours, je devenais cet inconnu. Ma fille, tu l’a voulu. Tu es en mode Reboot”.

De l’étude, ils passent à la compréhension. La discussion se crée et du lien se fait. “Des gens qui se parlent peu habituellement travaillent ensemble”, “rapprocher des mondes qui, à priori, ne veulent pas se parler”.  Le niveau de tension baisse et nos apprentis agilistes deviennent plus sereins. “A ce moment- là, je commence à respirer mieux, je sens mon visage se décrisper et je commence à y croire”.

Il est maintenant temps d’essayer soi même. Je me vois marcher sur le feu, prendre un bain dans un Onsen, surfer sur la vague,… Je n’ai plus qu’à essayer “Juste fais-le, Je comprends qu’il va falloir que je mette en avant, devant l’assemblée, parler haut et fort, parler en mon nom, parler de moi, de mon activité, d’hier, de demain et des difficultés rencontrées”. C’est un nouvel apprentissage qui doit prendre son temps – “chaque cycle peut permettre de progresser, d’avancer”.

Maintenant qu’ils comprennent mieux cette nouvelle culture qu’ils avaient du mal à appréhender par manque de sens, il leur importe de redonner du sens à ce voyage. Il s’agit “d’accompagner cela au sein de chaque équipe pour leur expliquer le pourquoi et les emmener sur le chemin” , de rêver à un futur idéal “et peut-être, un jour qui sait, se passer des informaticiens grognons au profit de jeunes et beaux développeurs qui coderont plus vite que leur ombre sans ennuyer le métier avec des questions inutiles”.

Chez moi

Qui dit long voyage dans une autre culture dit souvent phase où l’on se dit qu’on est quand même bien chez soi. Il en est de même pour l’Agile avec des moments de remise en cause – “A contrario, travailler en Agile peut être dangereux, incontrôlable et mener à l’anarchie”, de découragement – “Il paraît qu’il faut plus de 10.000 heures de pratiques pour devenir un bon agiliste… J’ai compté… J’approcherai alors de la retraite… sans peut-être avoir réussi à être agile…”.

Ce mal du pays peut prendre différentes formes comme :  “l’aspect le plus fascinant est le temps perdu à théoriser sur des principes, des valeurs, des rituels maintes fois expliqués”.Les managers peuvent être fortement sujets à ce phénomène de. La culture Agile mettant beaucoup en avant le concept d’auto-organisation, la remise en cause peut être assez forte – “Comment peut-on faire du management sans manager ?”, “des managers errant seuls, sans but et sans utilité”. Partager le sens et répondre à ces questions est indispensable pour “que tout le monde puisse s’inscrire dans l’histoire”.

Je profite

Qui dit immersion dans une autre culture dit souvent une première étape d’émerveillement, une seconde de sueur pour finalement ressentir sans contrainte. Ils ne voient plus que les mauvais côtés de l’autre culture, ils commencent à profiter des bons. “Jusqu’au moment où vous découvrez que sous le cynisme et la mauvaise humeur, il reste des rêves. Je débloque mes chakras, je comprends autrement.”.

 

L’Agile met en avant 4 valeurs et les impacts positifs de cette nouvelle culture remontent souvent par ce prisme. L’Agile favorise :

– la collaboration qui “permet de redonner du sens à chaque collaborateur, permet à ceux qui le veulent d’exprimer pleinement leur potentiel”.

– les interactions entre les individus : “Je sens la responsable quitter sa posture dogmatique avec un peu de nervosité. Elle trouve de l’intérêt dans l’échange et ouvre la discussion.”

– l’adaptation : “et le plus fascinant finalement, c’est que, silencieusement, des personnes ont transformé et révolutionné en silence nos modes de fonctionnement”

– la démonstration plus que la documentation. Cela permet de “créer le terreau qui supporte toutes les différences culturelles”. Les différences de point de vue ne sont pas un problème, elles permettent “de réussir cette alchimie où l’on mélange ces personnalités, ces talents qui s’articulent”.

L’autonomie étant mise en avant, les agilistes peuvent plus facilement se sentir libres. L’auto-organisation n’est cependant pas synonyme d’absence de règles. Un cadre est à construire pour profiter de “la liberté qui se conquiert en permanence avec une certaine discipline, mètre après mètre”. C’est souvent perçu comme un mélange à réaliser. “Ce que j’avais senti ou lu, est devenu une conviction : la confiance, la proximité et surtout la liberté décuplent les forces et le plaisir à déplacer les montagnes et partager les succès. Ce que j’ai aussi compris, c’est combien la liberté est exigeante, quelle discipline elle demande…traçant finalement un long chemin de libération”. Cette exigence peut aussi devenir source de doute où chacun doit trouver son rythme. “Et puis j’ai souvent peur aussi de n’être pas à la hauteur de ma liberté ou de laisser la pression ruiner les progrès…” Parfois, “il ne faut pas forcer et savoir renoncer”. Il faut savoir laisser le temps au temps pour trouver sa place d’agiliste.

La non fin

“Deux ans plus tard, plus besoin d’atelier exténuant, c’est devenu naturel.”

Finalement cela ne sera plus jamais comme avant. Nous sommes comme des enfants qui ont vu la neige pour la première fois.

Et que s’est il passé depuis cette immersion dans cette autre culture ? “C’est leur responsabilité, ça bouleverse les habitudes de travail.”  Les équipes ayant acquis de la liberté et l’autonomie pour prendre des décisions, le changement est moins brusque -”chaque changement dans l’entreprise ne soit plus fait en big bang mais en une suite de petits changements devant transformer nos métiers durablement”. Autonomie, sens et maîtrise personnelle apportent “la fierté d’avoir un groupe qui comprend la vision et porte l’ambition”.

L’Agile n’est plus une autre culture, mais une partie de la culture de l’organisation. ’”Une destination n’est jamais un lieu, mais une nouvelle façon de voir les choses” nous dit Henry Miller. Ils percoivent maintenant des perspectives jusqu’alors inconnues. Est-ce que cela veut dire qu’ils ne voient plus ce qu’ils voyaient auparavant? Nous ne le pensons pas et nous préférons parler d’ajout. L’Agile “nous aide à redécouvrir la culture de l’entreprise qui renaît de sa monotonie encore plus forte en libérant le potentiel de ses membres”…

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