Rencontre(s) avec un Culture Hacker : Marc Cherfi

Découvrez ci-dessous Marc Cherfi, un de nos Culture Hacker, leader de la tribu, et inspirez vous de ses conseils et de ses lectures actuelles pour aller plus loin dans la transformation de votre environnement professionnel !

Introduction

Cet article correspond à une des interviews d’une série nommée “Rencontre avec un Culture Hacker”. La série vise à partager des convictions, des points de vue, des démarches et approches, l’état d’esprit de nos actions en tant que Culture Hacker.

Ces articles courts vous pourraient vous aider à aller plus loin dans la transformation de notre environnement professionnel, par des conseils plus ou moins concrets et le partage de lectures inspirantes. En conclusion de l’article, les 3 points clefs à retenir ! Et vous, vous en pensez quoi ? Réagissez !

Marc Cherfi, Culture Hacking

Qui es-tu ?

C’est une drôle de question. Je n’en ai toujours pas la réponse ! Et je peux dire que ce que je crois être aujourd’hui est différent de ce que je pensais être hier. Je suis quelqu’un qui se questionne et qui questionne. Je suis en quête d’une sorte de vérité que je n’aurai peut être jamais ce qui m’amène à explorer des chemins très différent.

De manière plus simple, je suis ingénieur informaticien de formation initiale. J’ai basculé dans l’accompagnement à l’agilité il y a 12-13 ans, et puis j’ai rapidement évolué vers la compréhension des dynamiques relationnelles et du changement. Je me suis formé au thérapies brèves (Ecole de Palo Alto), puis à la facilitation de conversation de groupe. Aujourd’hui, je me dis que la structure des relations conditionnent les capacités d’agir d’un collectif. Je m’interroge alors sur ce qui fait le lien notamment dans l’entreprise – lieu, espace dans laquelle on passe du temps donc structurant pour notre société.

Quel type de “Hacker” es-tu ?

Un hacker en douceur, un hacker “doux”.

Pour clarifier ma pensée, je trouve que nous avons une image un peu caricaturale du hacker, propagée par une forme de romantisme – le héros, ou à l’inverse de modernisme du hacker vu comme un méchant pirate. C’est un point de départ, qui est une erreur à mon sens; le romantisme comme le modernisme sont en bout de course.

Je me définis comme quelqu’un qui donne à voir, à voir autrement ou à voir au-delà. Voir les règles du jeu, du jeu relationnel bien souvent. Pas de manière directe, parfois après coups, après la proposition d’une expérience. Je me sens comme un hacker “magicien”, qui reconnaît la magie des relations et favorise de nouvelles voies pour résoudre les difficultés. Fondamentalement, je cherche à ce que les uns et les autres  retrouvent des options dans leurs expériences d’interactions rigides.

Comment définis-tu ce que tu fais au quotidien en tant que Culture Hacker ?

Je cherche à créer le lien, en questionnant l’univers, l’expérience de l’autre avec un élément important à mes yeux : la curiosité des enfants.

Un peu comme en hypnose ou l’on interroge même les évidences, pour savoir où la personne se trouve. Car quoi que l’on pense, on ne sait et ne saura jamais précisément l’expérience que l’on fait soi même du monde et à fortiori que l’autre fait du monde.

Je considère toute rencontre comme un moment de questionnement sur son rapport au monde, ses croyances .. par des questionnements, structurés, non structurés, non préparés, seul ou à plusieurs … Je cherche des questions, à dire à suggérer à susciter, en conscience ou en imagination !

Concrètement, qu’est-ce que c’est selon toi ?

Si la question est le moyen, dégager des options devient l’objectif.

Je suis convaincu que les personnes que nous accompagnons  savent ce qu’elles doivent faire. Nos questions sont là pour identifier ce qui les bloque sur leur chemin. Le sujet, c’est donc la quête des options par le questionnement.

Trouver la bonne question c’est 99% du problème résolu.

Pour trouver la bonne question, cela peut nécessiter un processus qui prend la forme d’ateliers collectif, de séances de coaching individuel, de proposition d’expérience sur le terrain, dans la vie de tous les jours.

Mon cursus en hypnose m’amène à penser qu’on stimule, débloque ce qui devrait normalement marcher. En entreprise, pour stimuler les processus d’acculturation qui est un processus “naturel”, une culture étant toujours en mouvement, j’aime à créer des expériences de travail collectif pour stimuler de nouvelles manières d’être ensemble, de travailler ensemble.

Selon toi, quel impact a ton travail ?

C’est toujours délicat à dire. Plus je vieillis, moins j’ai de certitudes sur l’impact et plus j’ai confiance en ce que je peux essayer de faire. Quand on me dit “c’est génial” ou “c’est pas terrible”, j’ai le même réflexe : investiguer, questionner : “Qu’est-ce qui te fait penser que c’est bien ou mal ?”. J’ai des hypothèses, je travaille dessus mais je me méfie des conclusions. Je préfère rester dans le doute que me fixer une position rigide. La question de l’impact, je me et je nous la pose tout le temps, je travaille dessus en permanence, mais je sais que c‘est très fragile. Je considère donc que l’impact est aussi du domaine de l’indicible et appartient aux jeux des relations. Néanmoins avoir eu l’intuition d’avoir pu aider une personne à un moment donné peut faire ma journée !

As-tu une anecdote ou un moment de vie à nous partager pour illustrer tout cela ?

Je me souviens d’une intervention en clientèle, à mes débuts dans l’accompagnement au changement. Première journée, je rencontre le demandeur. Nous avançons, je questionne, nous créons des (in)compréhensions .. et en fin de journée, je me sens fatigué. Dans cet état de fatigue, certaines de mes barrières lâchent. Je dis alors au demandeur :

“ j’ai le sentiment que vous savez ce qu’il faut faire et vous ne le faites pas. On dirait que vous pouvez même le faire sans nous. Qu’est-ce qui vous empêche de le faire ?”

Le DG, fatigué aussi, ferme la porte et me dit “ le problème c’est qu’avec Claude…” . Tout d’un coup, la mission venait de commencer, la zone structurel du problème identifié.

On avait enfin touché un des points majeurs. Pour moi ca a été révélateur. Il ne suffit pas d’apprendre le guide du parfait petit coach de la position basse. A un moment donné, c’est un processus dans lequel on lâche des choses, et on arrive ainsi à se mettre dans un état “hors des mots”, à accéder par le lien à l’indicible.

Ce que je retiens est qu’il est important d’aider nos clients à accéder et à verbaliser leur expérience du monde. Ce qui est magique c’est qu’il ne s’agit pas de nous en tant que coach/facilitateur/conseil à ce moment là.

Quelle est ta phrase du moment ?

J’en ai plusieurs :

  • Qu’est-ce qui fait lien ?
  • Privilégier le cycle du don à la règle et au pouvoir. Comment ?
  • Il y a entre soi et les autres une infinité d’images qui sont sources de conflits. Que verrais-tu si tu te séparais de ces images ?

Qu’est-ce que tu lis en ce moment ?

Je lis / j’ai lu :

  • L’art de la thèse de Michel Baud, pour me rassurer sur l’exercice qui m’attend
  • La notion de culture en science sociale, Denis Kush : il parcourt la notion de culture dans l’histoire des sciences sociales On peut voir, entre autre, comment la culture est dans un contexte historique donné, un concept instrumenté par la politique politique vers plus de liberté ou d’asservissement, de lien ou de séparation. C’est la même chose dans l’entreprise !
  • Traité pratique de l’hypnose, M.H. Erickson/E.L. Rossi : mes travaux sur la culture et la thérapie m’amènent dans ce territoire fascinant que sont les états de conscience modifiés. J’ai l’intuition que nous sommes plus “naturel” dans ces états, débarrassés de nos chaines et de nos oripeaux (socio-culturels) – le travail peut alors commencer…

Quels sont pour toi les prochains défis des entreprises d’un point de vue Culture d’Entreprise ?

Je pense que la culture d’entreprise est simplement un regard différent que l’on porte sur l’entreprise. Ce n’est pas un objet que l’on saisit dont on joue et on se joue. C’est une dimension, des lunettes différentes pour regarder, un regard qui peut expliquer autrement les choses.

Selon moi, on arrive à la limite, à la fin de pivots culturels sur lesquels on a structuré notre vie collective :  l’état-nation, l’autorité, le territoire,les valeurs…. Les entreprises ne peuvent pas en faire fi car elles en sont une forme d’incarnation.  Elles sont un endroit structuré par ces pivots et structurant pour leur préservation – quoi qu’en disent les révolutionnaires de tout bord c’est aussi la que cela se joue, nous y passons pas mal de temps comment imaginer que nous en sortons indemne ?

Or, l’entreprise cherche le danger à l’extérieur (concurrence, transformation digitale, startups ..) alors que le danger majeur est le pourrissement (ou implosion lente) de l’intérieur.

Ce danger prend sa source dans l’érosion progressive du cycle du don dans l’entreprise au profit de la règle (bureaucratie) et du pouvoir (arbitraire). Selon moi, il faut ré-installer le cycle du don au sein de l’entreprise pour éviter le pourrissement du lien sociale.

Les 3 points à retenir

Les 3 conseils :

  • Garder votre capacité de curiosité. Goûter à la puissance des questions et des conversations qui sont les éléments clefs de la dimension culturelle. Le questionnement curieux, le non jugement sont les portes d’entrées. Ne rien savoir devient une force pour accompagner le changement.
  • Si les entreprises ont un défi à l’extérieur (concurrence, digital ..), le plus grand défi est à l’intérieur, dans la stimulation d’une dynamique socio-culturel. Mon conseil : “Prenez soin des uns des autres ou disparaissez”.
  • Le vieux timide, frileux que je suis vous le dit : nous sommes à moment où nous pouvons nous autoriser à repenser le monde, quitte à nous tromper. Ce n’est pas grave de se tromper car ne rien faire est bien plus grave. Tout est à réinventer pour re-créer le lien !

 

Un commentaire sur “Rencontre(s) avec un Culture Hacker : Marc Cherfi”

  • Le hacking est une pratique devenue très populaire ces derniers temps. Aussi, le métier de hacker est un genre de métier dont je méconnaissais l'existence.
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