Visualiser, Faire dialoguer, Anticiper – partie 3

(précédement …)

Tableau 7

Dans lequel une nouvelle interlocutrice remue le couteau dans la plaie

Paulette : PO sur le projet TITAN
Sandrine : Développeuse sur TITAN
Jacqueline : Testeuse sur TITAN
Thomas : Tech Lead sur l’application TITAN

Un backlog grooming

Thomas : Ah au fait, je vous présente Jacqueline qui intègre le projet ce matin.

Sandrine : Salut, tu viens renforcer l’équipe de dev ?

Jacqueline : Non, disons que je viens plutôt constituer l’équipe de test.

Sandrine : Ah. D’accord.

Jacqueline : Est-ce qu’on pourra aborder le module de refacturation ?

Paulette : Oui, mais qu’est-ce qui se passe avec la refacturation ? Ce n’est pas le sujet du sprint.

Thomas : Déjà, comment est-ce que tu sais qu’il y a un module de refacturation ? On t’a envoyé la doc de l’appli avant que tu arrives ?

Jacqueline : J’ai croisé le PDG dans l’ascenseur ce matin. Il m’a demandé qui je suis, et quand il a su ce que je venais faire dans le projet, il m’a longuement parlé de la refacturation, comme quoi c’était important et qu’il fallait à tout prix que ça marche cette fois ci.

Thomas : …. okay…

Jacqueline : Et comme avant de commencer la réunion Paulette et toi vous aviez une discussion sur le sujet, je me suis dit qu’on en parlerait peut être au grooming.

Sandrine : Qu’est-ce que tu veux savoir sur la refacturation ?

Paulette : C’est vrai que ce n’est pas tout à fait mûr…

Jacqueline : C’est pour ça que j’aimerais en savoir plus. Est-ce que vous pourriez me présenter cette feature ?

Thomas : Le mieux c’est que tu découvres la refacturation en l’essayant toi-même.

Jacqueline : Cool !

Thomas : Sandrine, est-ce que l’environnement de recette est dispo ?

Sandrine : Oui.

Thomas : Tu as un user et un login de test pour Jacqueline ?

Sandrine : Oui, voilà.

Jacqueline : Ok, donc ici je valide…

Sandrine : Oh!

Jacqueline : …Et ça a planté.

Thomas : Non mais ça c’est normal… C’est un plantage utilisateur. Si tu avais d’abord sélectionné l’option refacturer, ça n’aurait pas planté.

Jacqueline : Oui, mais comment le savoir ?

Thomas : D’accord, mais si tu commences par cliquer sans mettre l’option…

Jacqueline : L’action que j’ai cliqué c’est une action de menu, elle est disponible dans l’application, non ?

Thomas : Oui bien sûr.

Jacqueline : Eh bien j’ai cliqué là.

Thomas : On est encore en mise au point sur cette partie.

arrive Kanya : DSI

Kanya (passe une tête dans la salle de réunion) Hello Jacqueline, est-ce que ça va ?

Jacqueline : Bonjour, oui ça va bien, je découvre l’application.

Kanya : Ok, parfait, je vous laisse travailler.

Sandrine : Clairement, Thomas, il faut qu’on revoie le module.

Thomas : Je ne sais pas ce qu’elle a fait, mais ce module marchait encore hier.

Jacqueline : Elle est dans la pièce, je te signale, c’est Jacqueline.

Sandrine : Okay, okay, restons courtois s’il vous plaît. Est-ce qu’on peut continuer la démo de refacturation ?

Thomas : Oui, mais bon, si on passe pas par les bons chemins, c’est sûr on va rencontrer des pétouilles.

Jacqueline : Ok, alors faisons ça, cherchons les pétouilles.

Thomas : Tu me prends de haut, mais en tout cas moi je n’ai pas de leçon à recevoir d’une non-tech.

Jacqueline : Qu’est-ce que tu appelles une non tech?

Thomas : Quelqu’un qui ne sait pas coder.

Jacqueline : D’après ce qu’on observe, c’est toi qui sais pas coder.

Sandrine : Stop. Pause. On fait un break et on reprend plus tard.

Tableau 8

Dans lequel les choix de recrutement sont discutés

Kanya : DSI
Jacqueline : Testeuse sur TITAN

Kanya : Merci d’avoir pu déplacer ton meeting. Si je t’ai demandé ce point, c’est parce que ça fait maintenant 15 jours que tu es chez nous. Et c’est vrai qu’on ne s’était pas beaucoup reparlé depuis que j’ai quitté Velocity.

Jacqueline : C’est vrai.

Kanya : Comment vois-tu les choses sur TITAN ? Est-ce que tu penses qu’elle peut aller en production d’ici le mois de Mars ?

Jacqueline : Tu sais que ce n’est pas à moi de répondre à cette question.

Kanya : Je sais bien, mais est-ce que tu peux me donner ton avis, tes premières impressions ?

Jacqueline : En fait je n’arrive déjà pas à faire mon travail dessus.

Kanya : Comment ça ? Tu n’as pas tous les accès ?

Jacqueline : Si j’ai tous les accès, mais j’essuie beaucoup de plantages.

Kanya : Oui, c’est le but : que tu trouves les problèmes dans l’application.

Jacqueline : C’est pas exactement pour ça que j’ai signé. Si l’application plante à tout bout de champ, on atteint un point où je ne peux pas dérouler les tests qui me paraissent critiques.

Kanya : Par exemple ?

Jacqueline : Exemple: sur le module de refacturation, un choix d’option de menu produit un crash de l’application par Null Pointer Exception. Ce NPE me barre la route pour trouver des problèmes plus importants sur le calcul de la refacturation dans certains cas spéciaux.

Kanya : Comment sais-tu qu’il existe des problèmes plus importants sur la refacturation ?

Jacqueline : On ne se comprend pas, là.

Kanya : Explique-moi.

Jacqueline : C’est comme si je te disais : on ne devrait pas rouler avec un phare cassé de nuit comme on le fait, parce que ça nous empêche de voir certains obstacles, et là dessus tu me réponds : comment sais-tu qu’il y aura des obstacles ? Absurde.

Kanya : Je vois. Ton NPE c’est l’arbre qui cache la forêt.

Jacqueline : Voilà.

Kanya : Je comprends. En même temps j’avais hier dans mon bureau Sandrine, et Thomas, qui m’expliquent que ce qui les aiderait, ce serait que tu automatises les tests de non régression sur ce module.

Jacqueline : Encore une fois, ce n’est pas ce que tu m’as demandé de venir faire. Et ce ne serait pas efficace. Je connais moins bien le code que les développeurs. Ils sont les mieux placés pour faire leurs vérifications automatisées.

Kanya : Tu as raison. Si tu écris les vérifications à leur place, ça ne les amène pas à corriger leur processus de développement.

Jacqueline : Et ça m’empêche de faire le travail que tu m’as demandé, qui est, je pense, de trouver les problèmes de l’application que les développeurs ne pouvaient pas anticiper.

Kanya : Certes.

Jacqueline : Une NPE c’est un bug, mais qui représente une inconnue connue, et pas une surprise totale. Les développeurs savent parfaitement ce qu’est une NPE et pourquoi elle se produit…

Kanya : Oui. Ils peuvent donc l’anticiper à leur niveau. OK. Ce n’est pas à toi de faire ces tests auto-vérifiants. Les tests auto-vérifiants c’est une affaire de build, et le build c’est l’affaire des développeurs. Et toi tu peux te concentrer sur les inconnues inconnues.

Tableau 9

Où l’on dévoile le plan

Kanya : DSI
Michel : DG

dans la file d’attente à la cantine

Michel : Ah bonjour Kanya, je vois qu’on déjeune aux mêmes horaires, quand il n’y a plus rien à manger…

Kanya : Oui, je sors d’un comité, c’est à croire que les participants avaient pris leur repas avant de venir.

Michel : Justement, je voulais vous parler, on peut déjeuner ensemble ?

Kanya : Avec plaisir.

Michel : J’entends que ça gronde…

Kanya : Oui. En effet.

Michel : Cette analyste, Jacqueline, je crois ?

Kanya : Testeuse…

Michel : Oui, enfin, Thomas m’a dit que ça ne se passait pas très bien. On a un conflit de personnalité sur les bras où je me trompe ?

Kanya : Je n’irais pas jusque là. Disons que la testeuse n’apporte pas de bonnes nouvelles à propos de TITAN. Ce n’est pas une surprise, mais l’équipe ne le prend pas très facilement.

Michel : Mais j’ai cru que vous suiviez ce sujet avec attention.

Kanya : J’essaie de m’en détacher. L’arrivée de Jacqueline va j’espère créer une secousse. Le but est d’éviter les recettes à rallonge comme ce qu’on a eu chez VitalPress.

Michel : On est d’accord. Je n’avais pas eu l’occasion de vous le dire en direct, mais il faut impérativement éviter à l’avenir ce qui s’est produit chez VitalPress.

Kanya : Bien sûr. C’est pour cela que…

Michel : Vous comprenez, on drague un client pendant six mois, ça nous coûte tout ce temps, et au moment où on le livre, le client trouve à redire, ça se passe mal, on doit corriger, livrer à nouveau. On finit par faire marcher le produit, mais on n’ose plus demander au client ce qu’il a pensé de l’installation. Ça la fout mal.

Kanya : Je comprends. C’est exactement pour cela que Jacqueline a intégré l’équipe.

Michel : Certes. Je préfère qu’on essuie les plâtres à la place du client c’est sûr.

Kanya : Et c’est ce que Jacqueline nous aide à faire.

Michel : Donc tout va bien ?

Kanya : Tout n’est pas parfait, mais on avance.

Michel : Est-ce qu’on a un risque avec Thomas ?

Kanya : Risque ?

Michel : Qu’il s’en aille ? Si c’est le cas, il faut que vous suiviez l’équipe de près…

Kanya : Justement, je voudrais que cette équipe se prenne en main. J’ai le contrôle de qui je recrute, et qui s’en va. Mais je ne peux pas me permettre de gérer le travail à leur place.

Michel : Oui, mais sur les autres fronts tout va bien…

Kanya : Ce n’est pas la question, pour moi. Si j’interviens dans l’équipe, c’est comme si j’étais l’entraîneur, et que je descendais sur le terrain dès qu’il y a une action compliquée. Si l’entraîneur prend la balle, ça ne joue plus.

Michel : Bien sûr. Mais la question qui reste c’est : c’est quoi le plan ?

Kanya : Mon plan, c’est d’abord de ne plus subir d’urgences vitales. TITAN, c’est une appli en soins intensifs pour l’instant. Aucune recette client ne s’est déroulée comme prévu ces 3 dernières années. J’ai fait venir Jacqueline parce qu’elle a l’expérience des problèmes critiques de qualité. Ce qui se passe aujourd’hui c’est que l’équipe se réveille.

Michel : J’entends bien…

Kanya : Une fois que Jacqueline aura fait son travail de retours aux développeurs, elle pourra se concentrer sur les risques critiques de l’application, à savoir : est-ce que ce produit répond de manière optimale aux besoins de nos clients. Est-ce qu’il est viable.

Michel : Et pour l’instant elle se concentre sur quoi d’autre ?

Kanya : Est-ce que le produit fonctionne comme l’avait prévu l’équipe de dev. Et la réponse est non.

Michel : Ce n’est pas ce qu’ils m’ont dit…

Kanya : Je comprends que ce n’est pas ce qu’ils disent. Mais on a failli perdre un client.

Michel : Certes.

Kanya : Pour l’instant, Jacqueline construit une barrière à l’équipe pour l’empêcher, même si ce n’est pas elle qui prend la décision, de livrer une version défectueuse. Ensuite, lorsque l’équipe aura amélioré la qualité de ses livraisons, Jacqueline nous aidera à détecter des erreurs de product management, et à anticiper des problèmes plus profonds.

Michel : OK. Comment comptez-vous améliorer la qualité des livraisons ?

Kanya : En appliquant les pratiques de base. Du test unitaire, de la revue. Et ce de manière systématique. Il y aurait aussi à revoir la granularité des stories.

Michel : Je vois.

Kanya : Je vais donc avoir besoin de ce qui nous manque le plus.

Michel : Le temps. Je sais. J’ai vu passer vos demandes de budget, justement. Vous savez que le directeur Marketing me parle en continu du projet LAMBDA. Ça fait partie des 5 projets significatifs pour les deux ans qui viennent. Je l’ai fait attendre assez longtemps, je ne couperai pas dans ses budgets. Ce qui signifie…

Kanya : …On va faire le maximum pour améliorer avec ce qu’on a. Mais aujourd’hui nos fondations sont fragiles. Il faut les revoir, et cela demande du temps. Il nous faut un processus de delivery plus fiable.

Michel : Si on attend d’avoir un processus au top avant de démarrer quoi que ce soit…

Kanya : Je ne demande pas un budget, je demande la possibilité de revoir la roadmap TITAN. L’équipe vit au dessus de ses moyens.

Michel : Qu’est-ce que vous voulez dire ?

Kanya : Elle empile des tâches de développement pour livrer des versions qu’elle n’arrive pas à stabiliser.

Michel : Donc Thomas n’est pas compétent, c’est ça ?

Kanya : Ce n’est pas une question de personnes. Tout le monde fait le maximum. C’est une question de process, et de pratiques. Il faut reproduire ce qui a été fait chez CORBAC, et qui fonctionne : une équipe qui intègre souvent, qui corrige son build avant de le livrer, qui anticipe les erreurs habituelles et les tue dans l’œuf.

Michel : Eh bien il faut faire vite. Je ne retarderai pas le lancement de LAMBDA.

Kanya : D’accord. Mais laissez nous stabiliser le processus sur TITAN. Tout le monde en profitera, et LAMBDA aussi.

Epilogue

Dans lequel il est admis pour un temps que la vitesse ce n’est pas la précipitation


À: Kanya Bhattacharya

De: Michel Des Sentiers

Sujet: Réduction de backlog pour TITAN

Vu avec le directeur Marketing, OK pour 33% de réduction du backlog TITAN sur 6 mois. Mais j’attends des résultats à fin juin sur le process dont on a parlé, et une réduction d’un tiers des incidents de production.


À: Michel Des Sentiers

De: Kanya Bhattacharya

Sujet: RE: Réduction de backlog pour TITAN

bien reçu merci de votre confiance.

 
(fin de la deuxième partie …)

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