OCTO Presents : Eric Lenglemetz, en quête du supplément d’âme

Partons à la rencontre d’Eric, Partner Secteur Public, Coach chez OCTO et … photographe !

Eric nous parle de sa contribution au film-documentaire de Luc Jacquet (le réalisateur de La Marche de l’Empereur) pour les 40 ans du Parc National du Mercantour et comment OCTO l’a inspiré dans son travail de photographe.
Ce beau projet a également débouché sur la publication d’un livre ainsi qu’une belle exposition dans les vallées du Mercantour et à Nice. 

Pour avoir un premier aperçu de ce travail c’est ici ou dans ce numéro de Terres Sauvages. Le projet complet est ici

 

 

 

Peux-tu nous raconter le principe du projet pour le Parc du Mercantour auquel tu as participé et quel a été ton rôle ?

A l’origine, pour célébrer les 40 ans du Parc National du Mercantour, dans les Alpes, Luc Jacquet (Oscarisé pour son film la Marche de l’Empereur) a eu carte blanche pour réaliser un documentaire fiction. En quelques mots, ce documentaire raconte l’histoire d’un colporteur vagabond qui pousse une carriole contenant un studio photo ambulant. Il parcourt les vallées à la rencontre de ses habitants et leur propose ce deal : une belle histoire contre une photo. A la fin du film, il révèle les images prises sur des drapeaux géants en haut d’un col au grés du vent.

Séquence finale drapeau

Voilà comment, à l’été 2019, je suis parti avec une journaliste, Noëlie, engagée sur l’environnement, arpenter les chemins des 6 vallées du Mercantour afin de réaliser les portraits photos pour le film et recueillir des témoignages.

L’aventure humaine s’est révélée d’une telle richesse que très vite l’idée d’un livre est née avec pour intention de (re)créer du lien entre les habitants des vallées (un peu silotés en mode tribu…), et le parc. L’idée du livre est aussi de questionner et inspirer ses lecteurs sur des thématiques environnementales, de choix de vie…

Dans le Mercantour et pendant tout l’été, les photos ont pu être utilisées à différentes fins : drapeaux en haut des cols, bannières géantes dans les villages, expos locales, réseaux sociaux… et pour clôturer, une grande expo qui s’est achevée en Février 2020 à la galerie Lympia (les anciens bagnes de Nice).

Quel lien fais-tu entre OCTO et ton métier de photographe, et plus précisément dans le projet pour le Parc ?

Déjà, je considère que j’exerce plusieurs métiers en lien : photographe, designer, développeur de projets, coach. Et plus ça va, plus ces activités se nourrissent et s’inspirent les unes des autres.

OCTO m’a beaucoup apporté dans cette démarche pour le Parc du Mercantour et sur des patterns communs à toutes ces activités, à commencer par le fameux WHY. Et oui, en bon Octo, j’ai essayé de clarifier l’intention dès le départ du projet : qui étaient vraiment les commanditaires du projet et quelle(s) vision(s) avaient-ils ? Etaient-ils tous alignés ? Au début, je pensais qu’il s’agissait simplement de faire la promotion du parc du Mercantour. Mais en creusant, j’ai compris qu’il s’agissait bien sûr de faire des portraits humanistes et authentiques des habitants pour le film, mais aussi d’établir du lien entre les habitants et le parc.

De plus, il y avait également un enjeu politique vis-à-vis des élus. a création d’un parc national est toujours un sacré challenge. Je n’ai pas fait d’atelier vision pour ça, et avec le recul, je pense qu’il aurait fallu, car j’ai mis du temps à comprendre les enjeux de chacun et essayer d’aligner toute le monde sur un projet commun.

En tant que photographe sur le projet, j’ai davantage pris une posture de designer que d’artiste et c’est sans doute -outre mes photos- ce qui a séduit Luc Jacquet, le réalisateur du film. Il s’agissait de s’intégrer dans un programme multi-facettes, de créer une expérience immersive globale à travers un grand nombre d’événements, pas de défendre un point de vue d’artiste. Du coup cette approche de designer avec des personas, des parcours en valorisant un fond de témoignages et de photos, ça collait bien. 

Comment es-tu monté sur le projet et comment s’est déroulé celui-ci ?

Nous avons été mis en contact par un ami et effectivement ça collait bien avec mon travail en Noir et Blanc et mon Why de photographe “Capter les parts d’ombre et de lumière au gré de belles rencontres, pour révéler, questionner et inspirer”.

A l’origine, je devais partir dans les vallées pendant trois semaines et photographier une trentaine d’habitants sur 

leurs lieux de vie. Alors en bon octo, j’ai décidé de faire un MVP en une semaine, et demander du feedback à Luc Jacquet et son équipe. D’entrée ça a collé, et je suis parti sur cette approche Agile ; sélectionner les bonnes images et via les réseaux sociaux, demander du retour à mes commanditaires, faire des itérations…

Je voulais m’améliorer en continue bien sûr et éviter toute lassitude. Le résultat est que le projet a pris de plus en plus d’ampleur, au final j’ai photographié plus d’une centaine de personnes. Evidemment, c’était crevant, 4 à5 rencontres par jour, des soirées chaleureuses, et bien sûr une partie de la nuit en post-production.

Et puis, quelques jours avant la dernière vallée, la Roya, je me suis cassé la patte. Je me rappelle, clopinant avec mes 2 béquilles, derrière un berger, Georges, lui demandant : “qu’est-ce-que c’est qu’un bon berger ?”. Il s’est arrêté et m’a répondu : “ qu’est-ce-que c’est qu’un bon berger ? Demande donc aux brebis !”.

Clic/clac, c’était la photo de la couverture du livre et je me suis dit : ce type est un designer UX !

Plus techniquement, tu utilises quoi comme appareil ?

Le portrait photo, traditionnellement, vise souvent à adoucir les traits pour valoriser le physique d’une personne, utiliser un flash pour déboucher les ombres d’un contre jour, atténuer les traits, faire du flou artistique….  Je ne voulais pas de ça et cherchais au contraire l’authenticité dans les visages et dans l’instant brut de la prise de vue sur le lieu de vie de la personne, une bergerie, un refuge, un alpage, un atelier…

J’ai utilisé un moyen format numérique, un 645 Pentax avec un équivalent d’un 100 millimètre avec un piqué juste incroyable. Et effectivement dans les  portraits, tu vois l’éclair du regard dans la pupille, tu vois des rides, des cicatrices, ça interpelle forcément, mais pour moi, c’est cela qui est beau, car ça témoigne du vécu de la personne, de son intégration dans son milieu naturel.

J’applique un traitement d’image noir et blanc DXO, un filtre qui s’appelle expresso qui reprend le rendu argentique d’une pellicule 400 asa avec un peu de grain et un peu sépia. Avec ça, je veux juste m’inscrire dans une forme de tradition de la photo avec les maîtres tel que  Dorothea Lang, Edward Sheriff Curtis, Richard Avedon…

J’ai utilisé un pied et un écran blanc derrière que j’installais comme le personnage du film de Luc Jacquet. L’idée c’était surtout de ne pas de faire un cliché volé, soit disant sur le vif. Ce n’était pas du tout ce que je voulais faire, quelque part je voulais capter le regard de la personne quand elle portait son regard intérieur sur ce qui la touchait vraiment. Bien sur, j’ai utilisé le numérique pour pouvoir prendre beaucoup de photos. Ensuite, tu recherches la pépite, et d’un coup tu la trouves :  et là, il se passe quelque chose !

As-tu également un parallèle à faire avec ton métier de coach ?

Dans le projet Mercantour, je n’ai jamais considéré les personnes que j’avais en face de moi comme des modèles, mais plutôt comme de belles personnes qui avaient de belles histoires à me raconter. Et pour que ces personnes puissent livrer leur histoire, en tant que photographe, il fallait réussir à créer une relation de confiance. Pour cela, je me suis inspiré de mon métier de coach : l’idée était d’avoir une posture basse, être dans une écoute authentique tout en questionnant pour aller chercher ce qui  touchait vraiment la personne. Quand ce moment arrivait le regard s’illuminait, vraiment ! D’ailleurs lorsqu’on balaye les 80, 100 photos prises pour chaque portrait, on voit toute la séance qui se déroule et on arrive à percevoir ce moment où la personne s’ouvre et se révèle. 

 

Le making off s’appelle « en quête du supplément d’âme »,  pourquoi ? (http://ericlenglemetz.com/index.php/en-quete-du-supplement-dame/)

Cette expression du “supplément d’âme” remonte à quelques années, chez OCTO. Dans l’organisation de séminaires client, notre grande question c’était toujours : ok, c’est bien mais c’est quoi le supplément d’âme. Dans le projet, avec Noëlie on se posait toujours cette question, on a un témoignage, on a des photos, mais est-ce qu’on a le supplément d’âme ?

Qu’est-ce que ce projet t’a apporté personnellement ?

Tellement de choses ! tout d’abord, j’ai été véritablement marqué par le sujet du réchauffement climatique. Ici à Paris c’est virtuel, mais dans la montagne, c’est complètement une réalité, tout le monde le vit au quotidien, et doit adapter son mode de vie. 

Pour faire le livre, à la fin de notre périple, avec Noëlie, on a passé beaucoup de temps à brasser tout le matériel qu’on avait, images et témoignages sonores. La aussi on était dans une approche bottom/up, ré-écouter vraiment plutôt qu’illustrer nos propres idées. C’est comme ça que 4 thèmes se sont révélés :

1)  la reconquête du sauvage, ou comment des gens peuvent se battre pour recréer un espace naturel (et faire cohabiter bergers et loups au passage)

2) le relief qui sculpte les visages, caractères, et force les hommes à se dépasser et se déplacer

3) Vivre, là ! Ou comment chacun a sa philosophie de la vie, ses convictions et s’assurent en permanence de la cohérence de sa vie avec ses valeurs. 

4) Pour le 4ème thème, étrangement – car on va souvent chercher dans un parc des savoir faire d’antan – c’est l’expérimentation de nouveaux modes de vie qui s’est imposée, plus proches de la nature, plus frugaux, plus communautaires.

Et puis bien évidemment, ce sont les rencontres qui m’ont le plus apportées. Noëlie, bien sûr avec qui j’ai fait ce projet, mais aussi tous les habitants avec qui une vraie relation s’est créée, certains sont devenus des amis.

D’autres projets en perspectives ?

Oui, je veux continuer à améliorer ce concept “une belle histoire contre une photo” avec ceux qui sont vraiment sur sur le terrain, engagés dans leur quotidien sur des sujets sociétaux.  Du coup je dois embarquer prochainement sur une campagne océanographique de l’Ifremer Et oui,… there is a better way !

 

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