[OCTO] Article de Blog

Event UX Reboot - L'IA redessine l'expérience. Êtes-vous prêts ?

C'était à l’Ecole 42, le 21 mai 2026, avec :

  • Yann Cadoret (Directeur d'UX Republic)
  • Grégoire Martinez (Directeur de l'Ecole 42)
  • Et Usbek&Rica (le média qui voit le futur)

En résumé

La question qui nous intéresse tous (et qui a ouvert l'event) : est-ce que l’IA a sonné le glas du design ? Spoiler : pas encore, mais les designers et product managers vont devoir revoir leurs rôles et responsabilités.

Cet article est un résumé de mes principaux apprentissages des 6 talks de la soirée.

Voici un aperçu de mes principaux apprentissages :

  • Avec l’émergence de l’IA conversationnelle, les boucles de feedbacks utilisateurs et la micro-copy reviennent sur le devant de la scène (C Discount et ADEO).
  • L’IA permet de scanner un site web et d’en sortir en quelques secondes un design system pixel perfect (couleurs, typos, espacement) avec un fichier markdown.
  • Avec l’IA, le designer peut optimiser l’acquisition de trafic web (CRO)
  • Face à l'IA qui standardise les choses, le rôle du designer devient plus proactif (stratégie, besoin, remise en question) au lieu d'être réactif (créer des maquettes ou des chatbots). Cette évolution stratégique permet aux designers de se concentrer sur des problématiques à plus forte valeur pour la conversion, au lieu de l'alignement de pixels.
  • Le métier de designer invite à la pensée critique et l'originalité pour se démarquer dans un monde où l'IA tend à rendre tout homogène.

Talk #1 - De zéro à Disco : comment l’UX a sauvé l'agent IA de C Discount

Présenté par Marion Duhautois et Quentin Briere Bordier de C Discount.

Le Pitch (version courte) : Lancer un agent IA qui gère 20 millions de produits, c'est la classe technique, mais si personne ne l'utilise, ça sert à rien. Marion et Quentin nous ont emmenés dans les backstages de leur chatbot nommé Disco. Ils ont dû tout « rebooter » avec du design, de l'humour et de la bonne micro-copie pour transformer leur agent invisible en un super allié pour le client.

Ce que l'expérimentation a montré :

  • L'intention utilisateur, c'est la clé : Si le bot est là quand on compare des machines à laver, c'est qu'on veut comparer des modèles, pas bavarder
  • Le besoin de câlin : 44 % des questions sont juste là pour se rassurer sur les détails d'un produit. Genre, « c'est quoi ce fameux HDR10 ? » (On est tous un peu anxieux avant un gros achat, c'est ça l'authenticité !)

Améliorations UX qui ont tout changé (le coup du génie) :

L'équipe avait un problème : la pastille du chatbot était moche et personne ne cliquait dessus.

  • Ils ont remplacé la bulle abstraite par un bouton contextualisé (ex : « quels lave-linges consomment peu d’énergie ? »).
  • Ils ont injecté de l'humour et de la bonne micro-copie. Exemple de starter rigolo : « 27 onglets ouverts ? Disco vous aide à mieux comparer votre recherche. » Résultat ? Un bandeau convivial et ces starters ont multiplié le taux d’ouverture par 3 ! (Preuve qu'il faut toujours miser sur l'humain, même avec l'IA.)

L'impact positif sur le business :

  • Les gens se lâchent : 89 % des utilisateurs s’expriment en langage naturel.
  • Ils posent des questions sérieuses : 65 % des demandes sont complexes et exploratoires.
  • Le Graal : le taux de conversion a bondi de 2,5 !
  • Le petit bonus psycho : ils ont noté que l'utilisateur passe d’un état initial de stress à un état rassuré à la fin de la conversation. (Un bot qui fait du bien, on prend !)

Leur conseil clé : mettre en place le plus rapidement une boucle de feedbacks des requêtes utilisateurs pour alimenter un cahier de connaissances et ainsi contextualiser au besoin des utilisateurs et identifier les principaux uses cases.

Talk #2 - Le dernier designer : le Design System généré par IA

Par Philippe Elovenko (Design System Manager).

Le Pitch (le DS n'est plus juste une doc) : Pendant des années, on a créé des Design Systems pour nos collègues humains. Demain (et même aujourd'hui), c'est l'IA qui s'en empare. Le DS passe de simple doc un peu poussiéreuse à une instruction-mère qui peut piloter toute la production.

Design system déployé en quelques secondes

Pourquoi l'IA est un meilleur lecteur que nous (humains) :

Nous, on fait du copier-coller (soyons honnêtes). L'IA, elle, avale le DS en entier. Elle comprend le contexte, les exemples, les contre-exemples, les contraintes techniques, et peut faire pivoter la marque sur toutes les interfaces.

L'étude de cas Chanel (la démo du show) :

Philippe a pris Chanel pour la démo, parce que c'est une marque avec un ADN hyper fort et exigeant. Si ça marche sur Chanel, ça marche partout, logique !

Le Processus (le moment magique) :

  • Extraction express : L'IA a analysé le site de Chanel et en a tiré le DS complet (couleurs, typo, composants...) en quelques secondes. Elle a craché un fichier Markdown impeccable.
  • Le Pivot : Ensuite, il a suffi de demander à l'IA d'imaginer une déclinaison d’un site web channel avec un branding “un peu plus urbain”. L'IA a régénéré un DS tout neuf, respectant l'ADN, mais avec de nouveaux composants et couleurs. J’ai trouvé le résultat très convaincant.

Conclusion : Ce n'est pas la fin du designer, juste une grosse évolution ! Le DS est construit par l’IA et le rôle du designer devient beaucoup plus stratégique (gouvernance, ajustement du branding et de la cohérence de marque entre plusieurs supports digitaux et papiers), et moins basé sur des problématiques d’alignement de pixels.

Talk #3 - HUMaiNS : Un film d'anticipation qui fait froid dans le dos (Design Fiction)

Par Eric Hétroy (Head of Design chez AXA).

Le Pitch (interactif) : Eric nous a plongés dans un futur incertain avec un film dystopique où on devait prendre des décisions pour le quotidien de Rose, l’héroïne du film.

Mon avis : J'ai trouvé le format du talk ludique et très beau mais cela ne m’a pas beaucoup amenée à réfléchir. Je m’attendais à ce que Eric utilise ce film pour provoquer une discussion avec le public et poser ses convictions à la suite du film. Peut-être pour une V2 de son talk ?

Capture d'écran du film dystopique

Le film abordait les points suivants - Les usages de l'IA au quotidien (le côté pratique) :

L'IA gère presque tout pour Rose :

  • Infos : Elle écoute la météo et les news, et peut même poser des questions ultra-détaillées.
  • Conseils perso : Elle reçoit des tips vestimentaires et nutritionnels basés sur ce qu'elle a mangé.
  • Logistique : Elle lui conseille de prendre le métro plutôt que le vélo en cas de canicule.
  • Tâches de boulot (le rêve) : Elle trie les e-mails cruciaux, planifie les entretiens utilisateurs à sa place, et peut même créer des synthetic personas pour limiter les coûts (en les mixant avec de vraies interviews pour garder l'émotionnel).

Le côté obscur (le modèle éco) :

Un petit rappel de black mirror ! La version gratuite, c'est l'enfer. C’est le modèle économique de la pub intempestive (jour et nuit) qui finit par réveiller Marion en pleine nuit. (C'est là que je me dis qu'on n'est pas encore prêts à tout déléguer.)

Talk #4 - Design Conversationnel : ADEO nous fait (enfin) oublier le Chatbot

Par Paul Thanasack (Head of UX AI) et Gwendal Yviquel (PM AI) du Groupe ADEO (Leroy Merlin, Weldom).

Le Pitch (stop au réflexe chatbot) : Leur question qui tue : et si l'interface conversationnelle la plus efficace était celle qu’on ne voit pas ? ADEO s'est débarrassé du réflexe chatbot pour intégrer l'IA au cœur de leurs services. L'outil agit à notre place. Mon avis : L'approche est super mature ; ça montre qu'ils ont expérimenté l’UX et l’IA ces deux dernières années.

La conclusion : le design doit être proactif, pas réactif

L'erreur du Chatbot par défaut (la grosse bêtise) :

  • Le succès de ChatGPT a fait fleurir des chatbots sans aucune justification au sein de leurs organisations (ADEO possède plusieurs entreprises comme Leroy Merlin)
  • Problème : en retail ou bricolage, imposer un chat crée un frein cognitif énorme. L'utilisateur doit formuler une requête parfaite pour avoir l'info, c’est très pénible.
  • Autre faille : injecter de l'IA sans un bon design process ou une bonne communication interne rend l'expérience « bruyante » et chaotique.

L'Intelligence accessible :

Plutôt que l’intelligence artificielle, ADEO préfère l'intelligence accessible : pratique quand on en a besoin, disponible à la demande.

  • Principe clé : être orienté sur une tâche. Toutes les questions ne méritent pas une conversation. L’IA est parfaite pour répondre aux questions “conseils de vente” telles que “comment fixer un parquet ?” “quel carrelage choisir au regard de mon besoin… ?
  • Pour les questions fermées (une réponse précise, genre : « Où se trouvent les arrosoirs ? »), l'IA est intégrée via des widgets simples, pas un chat envahissant.

Les leçons clés et le cas des A/B Tests (la révélation PM) :

  • Le premier design (conversation libre) : Taux d'engagement de... 0,16 %. L'utilisateur n'avait juste pas envie de discuter. (On le sait, les gens n'aiment pas l'effort !)
  • L'A/B Test 2 (les suggestions) : Ils ont mis des amorces de conversation sur le site web pour pré-mâcher le boulot de l'utilisateur. Résultat : Interaction qui bondit de +1400 % ! Neuf personnes sur dix ont cliqué sur les suggestions. (Note à moi-même : toujours suggérer dans un contexte où l’utilisateur cherche une tonne d’infos.)

Le coup de la GenAI pour les collaborateurs :

  • ADEO a fait le choix de développer sa propre plateforme GenAI (Build), pour ses 150 000 employés. Coût : 60 centimes par mois et par collaborateur, au lieu de 25 euros pour un ChatGPT. (C'est ça, avoir un bon Product Manager !)
  • Version 1 : NPS de -42 (pas intuitif). Version 2 (simple + intégration au Design System) : NPS à +26 (+68 points !)

Conclusion du talk sur le Rôle du Designer

  • Le risque est que chaque équipe crée son propre chatbot (fragmentation totale de l’expérience utilisateur multi produit).
  • Notre job ? Déterminer quand une conversation est vraiment pertinente.

Le designer devient proactif (stratégie, besoin, remise en question) au lieu d'être réactif (faire des maquettes et des chatbots). Notre « super-pouvoir », c'est de faire dialoguer les expertises.

undefined

Talk #5 - De l'UX au CX : Chouchouter le trafic pour faire pleuvoir les conversions

Par David Reboux (Directeur Performance Digitale) et Sonia Challal (Experte CRO & Web Analyste)

Le Pitch (Stop au gâchis) : L'attention est une denrée rare. Il faut transformer nos visiteurs en clients qui s'engagent. David et Sonia nous ont montré comment le SXO et le GXO (des acronymes de Pro, quoi) font passer l'UX au niveau supérieur : la conversion ! Mon opinion : Je trouve que c'est un message super important pour les PMs qui oeuvrent à l’acquisition et à la conversion.

Le CRO est une méthodo qui vise à augmenter la proportion de visiteurs accomplissant une action définie (achat, lead)

Le constat alarmant (l'inaction coûte cher) :

Le coût d'acquisition grimpe depuis 5 ans. Pourtant, on dépense 92 dollars en acquisition (ex : pub sur Google), contre 1 seul en conversion. C'est absurde !

  • Investir dans l'acquisition sans optimiser, c'est jeter de l'argent par les fenêtres.
  • L'UX est essentielle. Google et les LLM nous punissent si notre expérience est frustrante.
  • Le message clé de David : L'inaction coûte plus cher que l'optimisation.

Le CRO : La méthode itérative pour la certitude :

Le CRO (Conversion Rate Optimization) est la méthode pour augmenter la proportion de visiteurs qui font ce qu'on veut (achat, lead, clic).

  1. Observer : Analyser les parcours (selon les appareils, les clients).
  2. Expérimenter : Faire des A/B tests pour avoir une preuve scientifique avant de déployer (pas d'intuition, que du factuel !)
  3. Analyser et Réitérer : Être dans une boucle d'amélioration continue.

J’ai beaucoup aimé leur slogan : “Le CRO, c'est l'art de passer du « je pense que » à « la data prouve que », pour sécuriser nos décisions.”

Le duo magique : UX et CRO :

  • L'UX répond au « pourquoi » des actions utilisateurs.
  • Le CRO répond au « combien ».

    C'est l'alliance parfaite pour réconcilier la psychologie humaine et la rentabilité business.

Le CRO, un levier qui paye (et qui nous donne la souveraineté digitale) :

  • Le ROI est là : on peut réduire le coût par acquisition jusqu'à -25 % sans augmenter les dépenses médias !
  • Bonus SEO : Un site optimisé booste le SEO/GEO (merci les Core Web Vitals).
  • Les clients aiment : Ils acceptent de payer jusqu'à +16 % plus cher pour une UX au top. (On tient un argument massue pour nos budgets, merci à David et Sonia !)

Impacts Business :

  1. Finance : On optimise le taux de conversion et la LTV. On peut récupérer jusqu'à 35 % des ventes basées sur l'abandon de panier actuel.
  2. Stratégie : On comprend le pourquoi des utilisateurs.
  3. Opérationnel : On pilote le plan marketing sur la base de preuves solides.

En bref : Chouchoutez votre trafic ! L'objectif ultime est simple : construire le produit qu'attendent déjà vos utilisateurs.

Talk #6 - Prophéties : L'IA va-t-elle killer les interfaces homme-machine ?

Clôturé par Usbek & Rica (François Fluhr et Alexandre Kouchner), les explorateurs du futur.

Le Pitch (le format signature) : C'était une super façon de finir : une roue, des prophéties à dégommer ou à confirmer, le public qui vote... C'était vivant, pop et intelligent. La question fondamentale : l'IA va-t-elle juste faire disparaître nos interfaces ?

Les journalistes de Usbek & Rica

Le Contexte qui pique (le web se court-circuite) :

Les LLM ont changé la donne. Aujourd'hui, 3 recherches Google sur 5 ne génèrent aucun clic en Europe. Pourquoi ? L'IA résume tout, et ça fait perdre jusqu'à 80 % de trafic aux sites. (J'ai trouvé ce chiffre terrifiant pour les sites de médias de qualité.)

Prophétie 1 : RIP le site web.

  • L'IA transforme le site web en simple API. Le site n'est plus une destination, mais une source invisible pour l'agent. Les agents qui tapent directement dans l'API sont plus performants.
  • Les signaux d'alarme : Les LLM répondent sans nous renvoyer vers un site, Google fait son AI Overview (il se court-circuite lui-même, c'est fou), et le trafic des sites d'actu a chuté de 33 % entre 2024 et 2025.
  • Ce qui nous sauve : La confiance dans l'IA est encore fragile (hallucinations, manque de traçabilité). L'UX est à réinventer : ce n'est plus une page, mais une intention, une conversation, un résultat.

Prophétie 2 : Le SEO est-il sur le banc de touche ?

L'IA générative rebat les cartes de l'acquisition. Paradoxalement, on revient au bon vieux marketing et aux relations presse (RP). L'IA adore les marques qui font autorité, qui sont citées et qui créent de la conversation.

  • Les contenus chouchous de l'IA : Les chiffres fiables, les bullet points, les classements, les archives. Ça va créer un « internet de backlog » rien que pour les IA. (sexy n’est-ce pas ?)

Prophétie 3 : L’IA va-t-elle nous rendre tous idiots ?

L'UX est géniale pour la délégation cognitive (moins de charge mentale). Mais attention : utiliser l'IA trop souvent est lié à une baisse de la pensée critique. On délègue le jugement, on n'a plus envie de choisir (39 % des Américains sont ok pour que l'IA gère tous leurs achats !). (C'est un peu flippant, non ?)

  • Notre nouvelle mission (le job de demain) : Concevoir des interfaces qui augmentent nos capacités humaines, au lieu de s'y substituer. Il faut absolument que l'utilisateur puisse choisir et régler son IA (ton, données, mémoire) pour ne pas s'appauvrir cognitivement.

Prophétie 4 : Le designer, une espèce en voie de disparition ?

Le design est de plus en plus conversationnel : on lui demande une intention (« Fais-moi une app de réservation... »), et pouf, ça prototype tout seul. Le produit moyen arrive très vite.

  • Notre valeur augmente, bizarrement : Plus les outils sont puissants, plus la valeur perçue de l'humain augmente. Notre valeur n'est plus dans la prod, mais dans :
    • Le goût et le discernement.
    • La capacité à poser la bonne question et à comprendre les bonnes contraintes.
  • Le challenge (surtout pour les designers) : L'IA recycle le passé, donc on risque une homogénéisation esthétique et fonctionnelle. Notre défi ? Utiliser la génération IA comme une moyenne statistique à surpasser et résister à l'industrialisation du mauvais design.

En conclusion, cet event était très réussi et les intervenants ont partagé leurs REX avec beaucoup d’humilité et de générosité. J’ai été rassurée de voir que tous les professionnels du secteurs tatonnent aujourd’hui avec l’IA. Il n’y a pas une seule IA générique mais une multiplicité d’opportunités passant des aides à la productivité des designers (design system), au boost des design conversationnels (chatbot), et également des stratégies d’acquisition et de fidélisation produit.

En somme, je retiens que l’IA offre encore plus de pistes créatives et productives pour les designers et les product managers.