Le demi-cercle (épisode 38 — Transaction)

Il est 8h24. Tu entres, tu serres la main de Jérémie. Tu poses tes affaires et tu ouvres ta session.

Blip

bonjour

hello Maria

Est-ce que tu aurais 15 minutes ce matin de préférence ?
Je suis avec Jean-Bernard
Il a vu votre graphique, et il a des questions

OK

Ce serait bien si Jérémie pouvait venir également

Pourquoi pas passer à 10h30 ?
Ce sera juste après notre récap. d’itération.

Je lui demande

OK

Tu te tournes vers Jérémie et dit :
– Maria et J.B veulent nous voir. C’est à propos des interruptions, je crois.
– Très bien.
– Je leur ai proposé de passer à 10h30.

Jérémie dit :
– OK. Je te propose qu’on revoie les logs avant le café, dans ce cas.
– Ça marche.

Jérémie connecte son poste au projecteur. Vous parcourez superficiellement les logs. Jérémie dit :
– Je remarque qu’on a de moins en moins de commits de pur refactoring.
– Ah. Selon toi c’est bon signe ou mauvais signe ?
– Quand je regarde le code auquel on a touché ces dernières semaines, je ne vois pas de dégradation notable.
– Au contraire. J’ai l’impression que ça s’améliore carrément. C’était quand la dernière fois qu’on a entendu Audrey dire : « c’est quoi ce truc » ?
– Oui. C’est un indicateur qui en vaut un autre.
– Je pense que si on n’a plus de commits de refacto, et qu’on voit du code de plus en plus propre ça veut dire qu’on améliore le code au fil de l’eau au lieu de faire des grosse tâches de refactoring.
– Donc c’est une bonne nouvelle.
– Si c’est ça, c’est une bonne nouvelle.

On va peut être finir par y voir clair.

Tu penses un instant à cette base de code. Tu essaies de te la représenter telle qu’elle serait, si elle était parfaitement éclairée.

Cette fois-ci, pour cette expédition, et peut-être celles qui suivront, les agents sont accompagnés de leur superviseurs. Les superviseurs constituent, en quelque sorte, leur client. Il y a un conciliabule à ce propos entre les agents, à l’entrée de l’étage encore obscur. L’espace ici ne présente pas encore les caractéristiques de sécurité et de viabilité requises pour qu’un client puisse le visiter, sans même parler de le remodeler à sa convenance. Outre les chausses-trappes habituelles et les recoins tordus, la seule absence d’éclairage décent dans la majeure partie de l’étage fait d’une telle expédition avec le client une entreprise contre-productive, hasardeuse. Que se passera-t’il s’il trébuche sur un de ces innombrables objets invisibles qui jonchent le sol ? Est-ce qu’il faudra le prendre par le bras ? Epousseter son costume ?

Un des agents relate une histoire illustrant la légendaire impatience des clients. Un autre invoque l’absence de cartes, de modèles partagés, de lexiques enfin, qui permettraient au client de comprendre ce qu’il est venu visiter, et aux agents de remodeler l’espace, le mobilier, l’intégralité de toutes les choses agrégées dans cet immeuble patrimonial, et d’en faire enfin, au nom du client, et pour lui, une solution fiable et pérenne.

– Emmener le client dans les étages, conclut l’un des agents, mais bien sûr ! Qu’est-ce qui pourrait clocher ?

Il est 10h40. Maria et Jean-Bernard entrent dans le bureau. Jean-Bernard salue toute l’équipe et dit :
– Désolé pour le retard. Comment ça va ?

Jérémie se tient les mains croisées devant l’écran qui se trouve également projeté sur le mur du fond. Hugo et Farid, assis à leur poste, sont à l’écoute. Audrey propose :
– Est-ce qu’on réserve une salle ? Ou bien on peut aller chercher des chaises dans le bureau d’à côté.

Jean-Bernard s’assied à moitié sur une des tables centrales, et dit :
– Inutile, on en a pour dix minutes, au plus. Pour commencer, je vous transmets les félicitations de la direction des ventes. Ils sont contents, et ils nous l’ont fait savoir. Alors bravo !

Jérémie demande :
– Ils ont précisé une raison particulière d’être content ? Parce que la nouvelle version n’est pas encore en production…

Maria répond :
– Oui. Charlène et Claudia ont fait le bilan des trois dernières campagnes de tests, et elles constatent beaucoup moins de bugs résiduels que dans les versions précédentes.

Jean-Bernard enchaîne :
– Et on a tout lieu de croire que la mise en production se passera sans problème.

Audrey remarque :
– Bonnes nouvelles, donc.

Tu t’attends à ce que Jean-Bernard en vienne au sujet des stories et des interruptions. Jean-Bernard dit :
– En fait, oui et non. Lionel, (c’est le Directeur des Ventes — explique-t-il à Hugo) est sur le point de signer un contrat très important avec un client potentiel. Mais pour cela, je veux dire, pour que le client vienne chez nous…
– Laisse moi deviner, dit Jérémie : le client a besoin d’une fonctionnalité qui ne se trouve pas dans XXL.
– Voilà! Mais d’après Claudia, il serait possible…

Jérémie lève les mains pour interrompre la conversation. Tu lèves également une main. Tu dis à Jérémie :
– Attends…
– D’après Claudia il serait possible d’adapter le module d’export et de répondre au besoin.

Maria ajoute :
– Pas forcément évident, mais pas impossible.

Jean-Bernard précise :
– Pour la Direction des Ventes, en termes de chiffre d’affaire, entrer ce client serait une opportunité comme on en voit une tous les cinq ans !

Jérémie reprend la parole :
– Aucun doute là-dessus, mais…

Tu interromps Jérémie :
– On peut regarder ce qu’on saurait faire.

Jérémie te dévisage sans comprendre pendant une seconde, puis croise les mains à nouveau.

Entre dans le vif du sujet. Mets les pieds dans le plat. Qu’est-ce qui pourrait clocher ?

Tu dis à Jean-Bernard :
– Sauf erreur de ma part, Maria a dû te parler de notre demande…
– Quelle demande ?
– Nous avons demandé à Maria s’il serait possible pour elle, et pour Charlène, de passer plus de temps sur XXL, avec nous ici.
– Combien de temps ?
– On ne sait pas encore exactement…

Audrey interrompt :
– Disons une heure par jour, ce serait bien.

Jean-Bernard dévisage Maria brièvement puis répond :
– Ah, oui. Mais ce n’est pas à moi qu’il faut demander, c’est à Maria. Quand à Charlène, elle travaille dans le service de Lionel. Posez lui la question directement.

Maria prend la parole :
– Disons qu’avec les demandes qui arrivent sur l’équipe Parady, je ne vois pas comment je pourrais passer plus de temps sur XXL.

Jean-Bernard répond :
– On va voir ce qu’on peut faire de ce côté. Je suppose que Lionel serait prêt à mettre ça en priorité basse. En fait, je crois qu’il sera plutôt d’avis de se concentrer sur XXL à fond.
– OK dans ce cas, j’attends sa confirmation.
– Je ne pense pas qu’on devrait attendre. J’aimerais qu’on puisse anticiper. Lui faire une surprise agréable en quelque sorte.

Silence.
Tu t’impatientes intérieurement.
Alors qu’est-ce qu’on décide ?

Jean-Bernard rompt le silence et s’adresse à l’équipe :
– Maria a vu un peu le dossier avec Charlène. Je pense que ça peut marcher. Qu’est-ce qu’il faudrait pour que ça se passe bien de votre côté ? S’il vous plaît ne me dites pas : retirer la moitié du backlog…

Jérémie répond :
– Techniquement, il nous faudrait des interruptions moins longues, et moins nombreuses…
– Évidemment. Parfait. Faites cela. Vous n’avez pas besoin de moi pour ça, si ?
– C’est à dire, en l’occurrence, il nous faut plus de temps de P.O. sur l’équipe.
– Qu’est-ce que tu veux dire?

Audrey intervient :
– Jérémie a observé que la plupart des interruptions se produisent parce que nous avons des questions sur la story en cours, soit qu’il manque des informations, ou bien ce n’est pas cohérent à première vue avec le comportement habituel de l’application, ou bien on n’est pas sûrs… Bref, la réponse à ce problème, ce serait que Maria et Charlène puisse venir ici, pour répondre plus rapidement à nos questions.

Tu ajoutes :
– Voire, travailler directement avec nous.

Jean-Bernard se tourne vers Maria :
– Qu’est-ce que tu en dis ?

Maria se tient les bras croisés. Elle répond :
– J’en dis qu’il faut voir. Je n’ai pas de problème avec le fait de passer plus de temps avec l’équipe. Mais je ne peux pas faire cela sans mettre les autres projets au ralenti. Et je pense que c’est pareil du côté de Charlène.
– Bon.

Jean-Bernard s’apprête à sortir. Il ouvre la porte, se retourne et dit :
– Voyez ce que vous pouvez faire. Je compte sur vous. De mon côté, je fais le point avec Lionel sur le projet Parady.

Maria regarde autour d’elle et dit :
– OK. Je passe à 15 heures. J’appelle Charlène pour lui demander ses disponibilités. On commencera par la liste de toutes les stories en cours.

Tu te lèves en disant :
– Je vais voir où je peux trouver des chaises supplémentaires.


(à suivre)
Episodes Précédents :
1 — Si le code pouvait parler
2 — Voir / Avancer
3 — Communication Breakdown
4 — Driver / Navigator
5 — Brown Bag Lunch
6 — Conseils à emporter
7 — Crise / Opportunité
8 — Le Cinquième Étage
9 — Que faire ?
10 — Soit… Soit…
11 — Boîtes et Flêches
12 — Le prochain Copil
13 — La Faille
14 — Poussière
15 — L’hypothèse et la Règle
16 – Déplacements
17 — Jouer et ranger
18 — Arrangements
19 — Mise au point
20 — Expérimentation
21 — Échantillons
22 — Non-conclusions
23 — Non-décisions
24 — Épisode neigeux
25 — Fusions et confusions
26 — Débarquement
27 — Tempête
28 — Embardée
29 — Aménagement
30 — Interruptions
31 — Normalisation
32 — Outsiders
33 — Fabrication
34 — Observation
35 — Perturbations
36 — Conclusions
37 — Nouvelle Donne

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