Je suis architecte… et je me soigne – Compte-rendu du talk de Borémi Toch et Laurent Sollier à La Duck Conf 2021

“Architecte” ça fait toujours classe sur une carte de visite, mais finalement, architecte en 2021, ça veut dire quoi ?

Nos deux docteurs de l’architecture se sont posés 25 minutes pour jeter un œil dans le rétro, prendre un peu de recul sur l’évolution du rôle d’architecte ces dernières années, nous énoncer leur diagnostic et nous proposer différentes astuces pour assumer son rôle d’architecte au quotidien.

Tout d’abord, quelques constats

Ces dernières années, dans le monde du développement logiciel, tout s’est accéléré : les utilisateurs sont pressés et ne souhaitent plus attendre, les entreprises doivent s’adapter en un temps record et les technologies évoluent à vitesse grand V.

Dans cet écosystème qui change toujours plus vite, le rôle de l’architecte a été complètement modifié : fini les schémas directeurs à 10 ans, les cadrages pluri-annuels, les dossiers d’architecture de 200 pages et les comités de revue d’architecture.

Que reste-t-il ?

  • Ce n’est plus le monde professionnel qui fixe les règles d’usage et d’architecture des logiciels et outils numériques, mais plus les acteurs du Web et avec eux les utilisateurs.
  • La technologie n’a jamais évolué aussi rapidement : une technologie qui n’existait pas hier est un standard aujourd’hui et sera obsolète demain, l’émergence du Cloud a décuplé nos capacités à produire encore plus vite.
  • Les organisations ont dû s’adapter pour être toujours plus innovantes, nous sommes passés d’un modèle de développement “cycle en V” à un modèle plus agile où l’objectif est d’incorporer rapidement les retours utilisateurs pour affiner et modifier le plan.

L’atome, la brique de lego de ce nouveau mode d’organisation, c’est l’équipe Agile, qu’on essaie de rendre la plus autonome possible pour qu’elle aille vite. Mais où se situe l’architecte dans cette nouvelle organisation ?

3 postures pour rester dans le coup

L’architecte est bousculé dans son quotidien et il doit trouver la bonne posture pour rester pertinent, Borémi et Laurent nous proposent 3 postures à adopter en tant qu’architecte en 2021.

La Vigie

Vigie, nom féminin : À bord d’un navire, homme de veille dans une hune ou le nid-de-pie, qui était chargé de surveiller tout l’horizon.

La première posture proposée est celle de la vigie : l’architecte vigie prend de la hauteur, regarde au loin et pense au temps long. Il se concentre sur le système dans son ensemble ainsi que sur l’environnement extérieur quand le reste de l’organisation est focalisé sur les détails.

De cette position privilégiée, il peut ainsi apporter un regard extérieur, anticiper les nouvelles tendances (veille à travers différents blogs, ouvrages ou conférences), les obstacles ou les risques (techniques, réglementaires…) et aider les équipes à identifier et construire les scénarios permettant d’atténuer ou de contourner ces obstacles et risques.

Cette posture, mêlant prise d’information et vue “macro”, ne prend toute sa valeur que quand elle est partagée à l’organisation. L’architecte a donc un rôle de formateur et de vulgarisateur auprès des acteurs du produit :

  • aux développeurs, pour les aider à mieux comprendre les enjeux d’une techno ;
  • aux équipes produits, pour les prévenir d’une nouvelle réglementation à prendre en compte dans le futur ;
  • aux décideurs, pour les aider à prendre les meilleurs décisions.

L’Ambassadeur

Ambassadeur, ambassadrice, nom : Représentant(e) permanent(e) d’un État auprès d’un État étranger, accrédité(e) auprès du chef d’État et dirigeant la mission diplomatique.

L’architecte ambassadeur se place à l’intérieur du système mais plutôt entre les équipes : il va se focaliser sur les interactions entre les différentes parties du système ou de l’organisation. Il a un rôle de routeur, de facilitateur et de coordinateur : il est là pour s’assurer que chacun a le bon niveau d’information et fluidifier les échanges.

Tel un policier au milieu d’un carrefour saturé, l’architecte ambassadeur ira souvent se poster aux frontières les plus engorgées, pour aider à déminer un sujet. Il aura alors un rôle de négociateur.

L’ambassadeur est donc un caméléon multilingue qui, comme la vigie, a un rôle de vulgarisateur. Il doit être capable de parler de tous les sujets (techniques, fonctionnels, économiques) à tout le monde (développeurs, équipes produits, décideurs).

Le Coach

Coach, nom masculin : Entraîneur d’une équipe, d’un sportif de haut niveau.

L’architecte coach est là pour accompagner et développer les performances d’un système ou d’une organisation.

Un système informatique est un système “socio-technique”, il englobe à la fois le patrimoine technologique (code source, infrastructures, applicatifs…) mais également les équipes qui implémentent et opèrent ce système. Ce système peut alors être assimilé à un organisme vivant qu’il faut accompagner dans son évolution.

Dans un âge d’incertitude où une pandémie mondiale peut nous faire revoir en quelques mois la manière dont nous vivons, travaillons ou utilisons nos outils informatiques, dans un monde où l’adaptabilité est plus importante que la conformité au plan, le coach peut aider l’organisation à tenir la cadence :

  • D’abord techniquement, en favorisant les architectures évolutives : le coach aura alors davantage une allure de “jardinier”, accompagnant le système au gré de l’évolution de son environnement, plutôt que d’un grand bâtisseur dessinant tous les plans à l’avance et posant l’église au milieu du village.
  • Ensuite, d’un point de vue mindset : le coach va cultiver cet esprit d’humilité, d’apprentissage et d’amélioration continue au sein des équipes. Les erreurs doivent être utilisées comme des occasions d’apprendre et de s’améliorer. Savoir qu’on ne sait pas, c’est être capable de rapidement se remettre en question et s’adapter au contexte et à son environnement.

Take Away

Take away

Pour conserver sa légitimité au sein de l’entreprise, le titre d’architecte ne suffit plus, il est nécessaire de savoir accompagner son organisation :

  • En identifiant la bonne posture en fonction du contexte. Par exemple, en composant avec les postures de Vigie, Ambassadeur et Coach.
  • En identifiant ses zones d’intervention en fonction à la fois des besoins de l’organisation et de ses propres capacités et expertises.
  • En cultivant ses fondamentaux, sans cesse continuer à se former et utiliser son expérience passée pour aider à la résolution des problèmes présents.
  • En travaillant sa communication afin de partager le bon niveau d’information aux bonnes personnes.

Et pour vous, c’est quoi être architecte en 2021 ?

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