Interviews d'experts - épisode #3 : GreenOps & FinOps
“Nous ne sommes pas là pour ré-inventer la roue, mais pour essayer de ramener des intelligences dans une culture d'ingénieurs telle qu'elle existait au départ : de l'économie, de la sobriété, et de l'efficacité.”
– Brice Le Roux, expert Ops
Lors cette série d’interviews, OCTO vous propose un aperçu des sujets à considérer dans votre trajectoire des mois à venir. Aujourd’hui, Brice Le Roux, expert Ops, nous parle de GreenOps & FinOps.
Pourquoi cette double exigence GreenOps/FinOps est-elle devenue incontournable ?
La discipline que nous appelons GreenOps trouve sa première motivation dans une réalité planétaire : le réchauffement climatique et le dépassement des limites écologiques. Cette base est complétée par un contexte réglementaire de plus en plus structurant, notamment en France avec les lois AGEC et REEN, et à l'échelle européenne. Si le cadre légal n'est pas encore drastique, il indique clairement une trajectoire de contraintes accrue, incitant fortement les entreprises à anticiper.
Parallèlement, l'approche FinOps vient se greffer à cette démarche environnementale, en y ajoutant une finalité purement économique. Son objectif est de libérer du budget par une gestion plus efficace des ressources, lequel pourra ensuite être réinvesti.
Les deux approches se mêlent naturellement, car la réduction de l'empreinte carbone est souvent synonyme de réduction des coûts. Cependant, il est essentiel de rappeler que pour le GreenOps, la réduction de l'empreinte environnementale est une fin en soi, tandis que le FinOps s'inscrit dans une logique de réinvestissement, d'où une différence fondamentale dans la finalité de l'action.
Quels sont les facteurs qui renforcent l'urgence d’adopter des démarches GreenOps et FinOps?
La nécessité d'adopter des pratiques plus sobres et efficientes a été accentuée ces dernières années par deux tendances majeures :
- D'un point de vue économique, l'augmentation spectaculaire du prix de l'énergie pousse mécaniquement les entreprises à l'économie de ressources. Cette pression financière rejoint et renforce la pression environnementale.
- D'un autre côté, le développement rapide de l'Intelligence Artificielle (IA) vient remettre en question certaines approches d'écoconception établies. L'IA est extrêmement gourmande en ressources, nécessitant des calculs beaucoup plus importants, ce qui induit la construction de nouveaux équipements et la multiplication des usages. Cette explosion de la demande en ressources, qui impacte l'environnement par un volume de données et de calculs accru, a également des conséquences financières notables, car la mise en place des modèles se fait souvent à perte initialement.
Ces facteurs poussent à une exigence d'efficacité et de sobriété dans la gestion des infrastructures jamais atteinte.
Comment les entreprises se préparent-elles à ces changements ?
Nous observons une maturité croissante sur ces sujets, particulièrement dans des secteurs comme la banque, où des acteurs majeurs ont déjà mis en place des stratégies de décarbonation. Ces politiques se manifestent par des engagements forts, comme celui de ne plus investir dans les énergies fossiles, et par la présence d'équipes RSE et d'architectes dédiés à temps plein à la réduction de l'empreinte.
Ces initiatives, qui partent souvent des directions, se heurtent néanmoins aux réalités opérationnelles du terrain. Notre rôle consiste alors à structurer cette volonté existante, à apporter de l'acculturation et à fluidifier les choses. L'enjeu est de faire descendre cette vision stratégique dans les pratiques quotidiennes des opérateurs, en présentant des outils et en valorisant les supports internes. Il s'agit d'aider ces grandes structures à transformer une volonté politique encore « humide » en processus concrets et durables.
| Le saviez-vous ? L'approche GreenOps, qui vise à réduire l'empreinte environnementale des infrastructures numériques, repose sur trois piliers fondamentaux : la sobriété à travers une réduction des usages numériques (réduction du volume) ; l'efficience en optimisant des infrastructures existantes (meilleure utilisation de ce qui reste) ; l'observabilité pour la mesure et le contrôle de l'empreinte. |
|---|
Quelles sont les premières étapes et les outils pour réussir sa transition ?
Pour tout nouvel acteur qui souhaite s'engager, la première étape est de se jauger.
Avant de penser à l'implémentation d'outils, il faut réaliser un véritable ACV (Analyse de Cycle de Vie) ou un bilan carbone, basé sur un stock de données suffisamment large et des procédures éprouvées. Cette prise de conscience est essentielle.
Une fois le bilan établi, nous pouvons intervenir pour conseiller des outils, participer à leur mise en place et prodiguer des conseils stratégiques sur les processus, comme la logique de décommissionnement, souvent le « parent pauvre » de la gestion de projet.
Concernant les outils, il en existe une offre foisonnante, tant en termes de métrique que d'opérations.
Nous pouvons dans un premier temps citer les outils de métrique. Bien que les opérateurs cloud (AWS, GCP...) proposent leurs propres métriques, la prudence est de mise. L'intérêt est de se tourner vers des solutions alternatives. Il existe des outils open source prometteurs comme NumécoEval (issu de l'État), et nous réalisons un benchmark des acteurs tiers comme Boavizta ou Hubblo, qui offrent un regard extérieur sur la consommation réelle.
Nous retrouvons aussi des outils plus opérationnels comme Turbonomics (Ideam), très utiles pour identifier les ressources inutilisées et améliorer l'efficacité d'un parc.
Un mot pour la fin ?
L'objectif final est que les approches GreenOps et FinOps deviennent un réflexe naturel et une norme intégrée, à l'image de la qualité logicielle. Il s'agit de cultiver une mentalité de sobriété et d'efficacité, où l'on se demande quotidiennement si l'on utilise juste ce qu'il faut et si l'on ne va pas trop loin dans la conception et l'usage des ressources. L'aboutissement de cette transformation sera atteint le jour où ces notions n'auront plus besoin d'être incarnées par des entités ou des termes spécifiques, mais feront partie intégrante du processus décisionnel.
Pour ne pas rater les futures interviews, suivez notre blog et nos annonces sur LinkedIn.
