Interview Désiré Atanga, expert en architecture de SI : “Il faut démystifier le mainframe !”

Depuis 17 ans chez OCTO, Désiré Atanga est l’un des principaux référents en architecture de SI du cabinet. Fort de ses expériences terrain, il reviendra lors de La Duck Conf sur un nœud de la révolution digitale des entreprises – en particulier des banques et assurances : concilier le mainframe aux technologies modernes.

Alors que le mainframe était l’un des principaux atouts des entreprises il y a une trentaine d’années, il devient aujourd’hui un frein à certaines transformations numériques. Peux-tu nous exposer le cœur du problème plus en détails ?

Pendant longtemps, le mainframe était la seule machine capable de fournir la puissance nécessaire aux grandes entreprises, types banques et assurances. Via des rachats et des fusions, la concentration d’activité s’est encore densifiée, et ces organisations se sont retrouvées face à une situation compliquée : une concurrence de plus en plus agile (comme les fintech) d’un côté, et plus de 30 ans de patrimoine de l’autre – qu’on ne peut pas changer du jour au lendemain !

En théorie, le mainframe et l’exploitation qui en est faite ne sont plus adaptés au fameux “anytime / anywhere” pour ne citer que ces deux points. L’arrêt des activités de nuit pour faire tourner des traitements batch (exécuter des virements, par exemple), nous ne l’avons plus.

Il y a aussi, derrière tout le vocable digitale, une pression immense sur les SI, qui se traduit par une augmentation de la consommation des ressources CPU et, fatalement, une augmentation des coûts. Mais si les coûts montent, la banque (pour garder cet exemple) n’en a plus la maîtrise car l’augmentation de la consommation provient de la supervision de l’activité interne et de celle liée aux clients.

On change de paradigme, en déplaçant le focus du conseiller vers le client. Mais renoncer au mainframe n’est pas envisageable pour le moment.

La question est alors : comment fait-on cohabiter le mainframe et les technologies modernes pour répondre aux nouveaux enjeux ? Par exemple, comment construit-on un data hub (et les services autour), tout en gardant une cohérence d’ensemble, et sans renoncer à ce mainframe ?

Est-ce une situation que tu as souvent rencontrée auprès de tes clients ? Comment aborder intelligemment ce problème de mainframe ?

Mes clients ont tous ce problème et commettent tous la même erreur : ils l’abordent sous l’angle technique uniquement et, par ailleurs, oublient tout ce qu’on a vu comme bonnes pratiques dans le monde de l’architecture open – qui est pourtant transposable !

Le mainframe n’est pas une boîte noire avec ces pratiques exclusives : c’est un gros serveur d’une marque propriétaire qui fait tourner un ensemble d’applications. Les mêmes pratiques que pour l’Open (tout ce qui n’est pas mainframe) sont donc applicables. Les recettes du monde Open peuvent s’y appliquer.

Mais dans l’entreprise, les personnes qui maîtrisent le mainframe ne sont pas toujours familières des architectures et des pratiques que l’on retrouve dans le monde Open, et inversement.

Comment aider les entreprises à prendre conscience qu’elles ont déjà la capacité à s’adapter ?

Pour commencer, il faut démystifier le mainframe ! On l’a dit plus haut, c’est un serveur comme un autre.

Deuxième prise de conscience nécessaire : les projets d’externalisation des données ne sont pas uniquement des projets techniques. Il faut impliquer les métiers.

Troisièmement : appliquons au mainframe les pratiques d’architecture de SI que nous avons accumulées dans le monde Open. Elles sont compatibles, je le répète. Et développons en parallèle des offres de services autour d’API et de processus interruptibles (votre panier d’achat ou votre demande de crédit en ligne par exemple : on commence à le remplir avec la possibilité d’être interrompu et repris plus tard sur un autre canal).

J’analyserai précisément tout ceci en détails lors de La Duck Conf pour que les entreprises puissent adapter leur architecture et passer cette fameuse révolution numérique sans casser leur tirelire.

Pourquoi ces entreprises ont-elles du mal à s’intéresser, à tous les niveaux, aux problématiques d’architecture ?

Le problème n’est pas tant les entreprises, mais les métiers (MOA au sens large) qui n’y voient pas forcément les intérêts. Pourtant, on a besoin d’eux pour savoir quelles données extraire en priorité. La nature même du service et de la vision des données changent ; on passe de “j’ai exécuté votre virement” à “on a pris en compte votre virement”. Ce n’est plus du tout le même paradigme. C’est pour ça que les métiers doivent être impliqués.

Pourquoi OCTO est particulièrement légitime sur ce sujet ?

Parce que ce que nous conseillons à nos clients vient de notre expérience du terrain, de nos apprentissages chez nos clients et notamment dans les services financiers. Nous avons une expertise solide et une réelle vision du potentiel des architectures de données, architectures open et de SI… tout en ayant parfaitement conscience des limitations que peuvent rencontrer les entreprises.

La culture d’apprentissage continu, à la fois sur les nouvelles technologies et d’autres plus anciennes et le désir de transmission sont, selon moi, ce qui fait notre force chez OCTO.

 

Retrouvez Désiré Atanga à La Duck Conf :

« Un SI digital tout le monde en parle et c’est la honte si vous n’y êtes pas encore. Mais quand on a un mainframe, pas question de le jeter à la poubelle demain parce que c’est la mode. Plutôt que de vous proposer de tout casser, voyons comment réconcilier ces technologies avec l’état de l’art à coûts et risques contenus. »    

Depuis 17 ans chez OCTO, Désiré Atanga aborde aussi bien les aspects d’architecture SI – tant fonctionnels, qu’applicatifs ou systèmes — que les méthodes et gouvernance des projets. Il est devenu un architecte « tout terrain » qui apprécie particulièrement l’évaluation et la rationalisation de SI, les problématiques complexes ainsi que celles s’articulant autour des mainframes.  

A propos de La Duck Conf :

La Duck Conf est la conférence technique OCTO dispensée par nos experts. Cette première édition, consacrée à l’architecture de SI, s’adresse aux architectes techniques, architectes de données et d’entreprise, aux tech lead et aux experts en tout genre qui souhaitent soulever le capot et aborder concrètement leurs problématiques projet…

Unique à Paris, elle offre un tour d’horizon des meilleures pratiques d’architecture, fondé sur notre expertise et nos expériences du terrain : DevOps, Big Data, Scalabilité, Résilience, Rénovation de legacy…

 

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