Chapitre 4 : L’innovation en action

« Les règlements sont faits pour les soldats et non pour les guerriers ;
la bataille se rit du code, elle en exige un nouveau, innové par elle et pour elle et qui disparaît dès qu’elle est terminée. »

Napoléon Bonaparte

Le Guinness des records devrait enregistrer ce week-end comme le plus pénible de ma vie. Il n’est que 8h05 quand j’arrive à mon bureau et pourtant je suis déjà en retard, Kasperski m’attend tranquillement, la mine affable, assis devant mon bureau. La paire de Samsonite sous mes yeux et mon allure abattue doivent lui inspirer de la pitié voire de la sympathie, pensé-je en m’affalant sur ma chaise.

– Kasperski, ce week-end dans la sueur et le cambouis a achevé de me convaincre de changer certaines choses. Je souhaite tenter une expérimentation qui incarnerait notre nouvelle devise, « maximiser le débit de demandes mises en production, sous contrainte de coûts, de risques et d’intégration ». J’hésite entre plusieurs possibilités …

– Quel horizon vous donnez-vous pour atteindre vos premiers résultats ?

– Disons trois mois maximum.

– Vous êtes conscients que dans ces délais, il faut monter une équipe ad hoc et contourner le processus standard de la DSI : pré-étude, décision d’investissement, planification, cahier des charges … Sachez qu’un projet vide, c’est déjà cent vingt jours hommes et trois mois de délai.

– Vous m’avez déjà servi ce discours sur les limites à l’innovation imposées par nos diverses règlementations, Kasperski. Je suis peut-être inculte, mais pas totalement idiot. Oui, nous trouverons bien un « bocal » pour isoler une petite équipe des usages de la DSI. Reste à composer la biosphère en trouvant le qui et le quoi

– Bien. A l’issue des trois mois, en imaginant que vous soyez à même d’exposer de bons résultats, quelles personnes souhaiteriez-vous convaincre qu’il s’agit d’une méthode à généraliser progressivement ?

– Typiquement mes directeurs de département et, hors de mon périmètre, les représentants des utilisateurs qui sont nos donneurs d’ordre. Ce sont les deux catégories de responsables qui pourront impulser des changements à leurs troupes.

– En quoi un succès local, obligatoirement moins complexe que ce qu’ils gèrent au quotidien, pourrait-il constituer une référence à leurs yeux ?

– En effet, il y a un risque non nul de s’exposer aux « oui mais c’était un projet facile », « oui, mais ils n’ont pas à gérer tout l’existant, eux », « oui, mais ils n’ont pas dû se farcir la sécurité » …

– Comment pourrait-on atténuer ce risque selon vous ?

– En s’imposant le même genre de contraintes qu’eux, mais cela sera difficile dans un simple bocal …

– Ne peut-on trouver un moyen de répliquer des contraintes dans le bocal ?