Et si on parlait de l’Internet du futur…

Par Nicolas Raynaud et Clément Rongier

Le ministère de l’économie et le ministère de la recherche ont récemment lancé une consultation publique [1] afin de recueillir l’avis de l’ensemble des acteurs concernés par l’Internet du futur, et ce dans le but de préparer un plan d’action sur le sujet. Cette consultation était ouverte jusqu’au vendredi 24 juillet 2009.

Elle se structure en 3 grandes parties, chacune composée de plusieurs questions.

  1. Enjeux économiques de l’internet du futur
  2. Qu’est-ce que l’internet du futur (Evolution ou refondation, Six facettes de l’internet du futur)
  3. Actions à engager (Au niveau français, au niveau UE et international)

Cette consultation a été l’occasion pour nous de faire émerger des idées que nous souhaitons partager via cet article afin de prolonger la discussion. Ces réponses sont bien évidemment celles de consultants intervenant dans divers domaines d’activité mais également celles d’utilisateurs au quotidien, de pronétaires, pour reprendre la jolie formule de Joël de Rosnay [3].

Usages futurs (2015-2020)

Elargir les acteurs

A l’horizon 2015-2020, la connexion à internet devient d’une part accessible tout le temps et partout, mais aussi par des moyens bien plus nombreux et divers. Elle ne se limite plus aux ordinateurs ou téléphones mais à l’ensemble des objets entourant notre quotidien, cela notamment grâce à l’avènement des technologies telles que RFID ou RuBee. Le monde virtuel tend alors à se confondre avec le monde physique. La réalité augmentée couplée aux réseaux sociaux change la vision de notre environnement. Les concepts d’intelligence ambiante, de réseaux pervasifs ou d’internet des objets trouvent aussi des applications dans de multiples domaines d’activité. A titre d’exemple en entreprise, on s’attend au renforcement des supply chain collaboratives (pilotage de flux physique entre l’entreprise et ses fournisseurs: cela reste pour l’instant une approche coûteuse qui entraîne souvent la diminution du nombre de fournisseurs) déjà initié dans le secteur de la distribution notamment par Wal-Mart aux Etats Unis ou par METRO Group en Europe : le remplacement de l’observation et de la saisie d’information par l’intégration des objets dans le réseau.

Cette multitude de nouveaux maillons de la toile va étendre les possibilités d’interactions et poser les bases d’une nouvelle plateforme d’applications comme l’a au départ été Internet pour le partage d’information.

Modes d’utilisation

La généralisation d’internet va également permettre de dépasser son mode d’utilisation actuel, en passant de « simple » ressource documentaire ou moyen de communication à une plateforme collaborative. Cette transformation, déjà en cours, va s’étendre et s’imposer dans tous les domaines. On voit déjà se multiplier les applications, auparavant déconnectées, se transformer en services ajoutant une composante collaborative, d’échanges (ex : Editique en ligne, Annuaires de professionnels… ). Les nouveaux modes d’échanges de pair à pair s’appliqueront à tous les domaines (par exemple bancaire avec le prêt p2p, et plus généralement pour tous les services) mais aussi à tous les types d’acteurs, aussi bien humains que machines (M2M: aide à la conduite de véhicules, domotique intelligente). Bien que ces activités soient déjà un peu utilisées par les « early adopters » ou « enthusiasts » décrits par GA. Moore, elles vont réellement prendre place dans les habitudes et standards de demain.

On notera aussi l’avènement du Web Semantique nous aidant à rechercher presque exhaustivement (y compris dans le Web profond), trier et filtrer des contenus encore plus nombreux, boostant ainsi nos capacités de recherche et permettant enfin d’exploiter la mine d’information qu’est le Web tout en s’éloignant des chemins classiques de recherche (Cartographie du web).

Impacts

Opportunités

Les nouvelles tendances d’utilisation d’internet évoquées dans la partie précédente vont amplifier les bénéfices, déjà à portée, d’une utilisation intelligente de ce média.

  • Pour l’entreprise

Du point de vue d’une entreprise, nous pouvons imaginer un système d’information décentralisé, avec des applications externalisées chez des hébergeurs permettant du cloud computing, offrant ainsi une qualité de service et une scalabilité maîtrisés dans les coûts et les délais de mise en place. Cette rationalisation permettrait l’accélération de la réactivité du SI et donc de l’entreprise. Cette même entreprise, en créant et faisant vivre sa communauté d’utilisateurs à travers des réseaux sociaux, profitera de l’influence, des remarques et critiques des internautes pour répondre aux besoins d’offres personnalisées d’utilisateurs renseignés. On assistera à la généralisation de pratiques telles que le Customer Driven Design ou Crowd Sourcing, renversant la tendance en privilégiant l’ouverture de l’entreprise via des pratiques bottom up qu’Internet va continuer à favoriser.

  • Pour l’individu

D’un point de vue individuel maintenant, Internet est déjà synonyme de démocratisation : tant au niveau de l’accès à l’information que de sa publication. Cette tendance est aussi vraie concernant la construction et le développement de services ou d’applications par des utilisateurs proactifs. Internet est de plus en plus utilisé comme une plateforme de création. Elle permet déjà à quiconque, souvent en répondant d’abord à un besoin personnel, de créer un service ou un contenu qui se révelera adopté par d’autres internautes. Cette relation d’échange prend place via des réseaux ou communautés autour de centres d’intérêts qui favorisent la collaboration. Il y a fort à parier que ce schéma d’échange sera décuplé par la généralisation de l’accès à la « création facile » (à la manière des fournisseurs de blogs aujourd’hui). Les évolutions techniques comme des hébergeurs de type Cloud (cf amazon) répondent déjà à ces attentes.

La démocratisation de toutes ces pratiques laisse également présager une multiplication d’hébergeurs et fournisseurs de services pour répondre aux demandes grandissantes. Cette concurrence accrue entrainera probablement une baisse de tarifs, contribuant ainsi à favoriser des opportunités.

Risques

Mais ces opportunités définies précédemment, comme les usages évoqués en première partie, font ressortir des inquiétudes et des risques variés.

  • Pour l’entreprise

A l’échelle d’une entreprise, l’externalisation posera des problèmes d’une part de sécurité quant à l’intégrité des données (par exemple dans le cadre de base de données externalisées sur le web). De multiples accès aux données (web, terminaux mobiles) multiplient les risques de pillage. D’autre part les risques liés à la confidentialité sont aussi amplifiés à partir du moment ou l’on ne gère plus l’hébergement soi-même, mais sur un réseau « public » qu’est Internet. Risque également de dépendance au réseau, l’entreprise devient critiquement tributaire de la qualité de service des fournisseurs.

  • Sociaux

A l’échelle privée, on imagine que l’extension de l’utilisation d’internet, non plus seulement pour consulter ses mails mais aussi pour la gestion de son argent, la géolocalisation de services, la conduite de sa voiture etc., de manière systématique, va induire des problèmes de traçabilité de l’information et de perte potentielle de l’anonymat: Quid du droit des états à la consultation des données privées ? Ce qui pourrait être qualifié de perte de liberté se traduit déjà à travers de multiples lois nationales pronant le contrôle et la traçabilité en toutes circonstances des identités. Internet devient une plateforme ou plus rien n’est privé : « Souriez, vous êtes surveillés ».

L’hétérogénéité et l’omniprésence des moyens de connexions à Internet vont aussi entrainer une réduction de notre sphère privée. L’accès à Internet partout et en toutes circonstances se traduit également par l’accès au travail à tous moment rendant encore un peu plus floue la frontière entre les mondes personnel et professionnel.

La question se pose aussi de notre dépendance aux moteurs de recherche. En produisant toujours plus de contenu, de manière déstructurée (qui est aussi la raison pour laquelle internet est si populaire), nous accroissons la dilution de l’information et rendons de facto les tentatives de réponse à cette dilution, que sont les moteurs de recherche, encore plus centraux. (i.e. aujourd’hui, quasi monopole Google).

D’autre part, la consommation de plus en plus importante d’Internet et des services informatiques va entrainer une consommation d’énergie accrue. Les ressources IT répresentent actuellement 20% de la consommation énergétique globale. L’internet du futur doit donc s’envisager sous le spectre du développement durable (Green IT). Cette contrainte portée à l’extrème a été envisagée dans le cadre de la construction de scénarios pour la DSI du futur à l’Université du SI 2009 (scénario « Green Detox »).

Prolongeons la discussion…

Nous esperons maintenant pouvoir prolonger cette réflexion avec vous sur ce blog. N’hésitez pas à partager vos attentes, scénarios et idées les plus folles !

Références

  1. Consultation publique sur l’Internet du futur

    Le ministère de l’Economie, de l’industrie et de l’emploi a constitué en 2007 un groupe de réflexion sur l’Internet du futur présidé et co-présidé respectivement par l’Institut national de recherche en informatique et automatique (INRIA) et l’Institut Télécom. Ce groupe de réflexion composé d’experts reconnus au niveau international et appartenant à des organismes de recherche, des PME et des groupes industriels travaillant sur ces questions a rendu son rapport, à la mi-juin 2008. Sur cette base, la secrétaire d’Etat chargé de la Prospective et du développement de l’économie numérique, la direction générale de la compétitivité, de l’industrie et des services (DGCIS) du ministère de l’Economie, de l’industrie et de l’emploi et la direction générale de la recherche et de l’innovation du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche ont souhaité lancer cette consultation publique afin de recueillir l’avis de l’ensemble des acteurs concernés par l’Internet du futur et de préparer un plan d’actions sur le sujet.
  2. Cartographie du Web par Information Architects
  3. Université du SI : Enjeux et défis de la civilisation du numérique pour demain : télécommunications et internet 2020 – Joel de Rosnay
  4. Université du SI : Architecturer pour le Cloud – Simone Brunozzi Amazon Evangelist
  5. Université du SI : Quelques idées issues des « grands » du web pour remettre en cause vos reflexes d’architectes – A. Nedelcoux & O. Malassi
  6. Université du SI : Restitution du workshop DSI : Quels scénarios pour les DSI du futur ?

2 commentaires sur “Et si on parlait de l’Internet du futur…”

  • Je pense qu'il y a un autre point à explorer : l'arrivée de nouveaux supports permettant d'avoir une tout autre expérience ... Je pense en particulier à Microsoft Natal comme moyen d'accéder à Internet, nous ne consommerons plus de la même façon avec ce type de produits et les acteurs du web devront aller bien plus loin dans l'interactivité.
  • Effectivement, de nombreuses innovations arriveront sans doute avec l'évolution des IHMs et l'interactivité accrue qu'elles permettront. Cela pourrait probablement être l'objet d'un article complet, qui élargirait le cadre de cette consultation mais cela reste peut-être plus dans le camp des innovateurs en IHM que de la transformation d'Internet..
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