L’UI au service de l’accessibilité numérique : Interview de Caroline Bretagne, directrice artistique

L’histoire de l’accessibilité chez OCTO nous montre que passer le pas pour être plus inclusif peut être plus simple qu’on ne le croit. 

Aujourd’hui, c’est Caroline Bretagne, Directrice Artistique chez OCTO Technology, qui nous raconte les prémices de la bascule vers l’accessibilité numérique de la marque et comment le design graphique peut se mettre au service d’une expérience optimum pour tous les utilisateurs. 

Peux-tu nous expliquer comment la question de l’accessibilité numérique est apparue chez OCTO ? 

Tout a commencé quand Romy Duhem-Verdière, notre UX designer spécialisée en accessibilité numérique, est venue frapper à ma porte car les couleurs de la charte graphique OCTO posaient des problèmes d’accessibilité. 

C’était en 2017 et la créa n’était pas sensibilisée à l’accessibilité : ce sujet n’était pas abordé à l’école (mes études datent un peu – rires -) et était un paramètre inexistant en agence de pub, univers dont j’arrivais fraîchement. Bref, comme beaucoup de gens, au début, on ne comprend pas forcément les enjeux et ça me semblait être une problématique trop à la marge pour remettre en question la charte graphique de la marque. 

Deux ans plus tard, Romy revient à la charge. L’info vient de tomber : un nouveau décret (No 2019-768 du 24 juillet 2019) impose désormais d’afficher le niveau d’accessibilité de chaque produit numérique, sous peine de sanction. Si ce décret ne concerne pas directement OCTO, il s’applique en revanche pour une bonne partie de nos clients. OCTO s’inscrit désormais dans une démarche vers le numérique responsable et c’est également le moment de prouver à nos clients que nous pouvons les accompagner sur le sujet. Le déclic a lieu, je comprends enfin l’enjeu (mieux vaut tard que jamais), alors autant commencer par rendre nos sites web accessibles et montrer ce que nous savons faire. Je prends le sujet à bras le corps et décide de me former pour relever ce challenge. C’est pendant le confinement que cela émerge. Heureusement, l’accessibilité numérique est maintenant plus d’actualité et les supports de formation sont faciles à trouver. 

Romy, très engagée sur ce sujet, va m’accompagner dans cet apprentissage et c’est donc main dans la main que nous allons rendre les supports digitaux accessibles : je m’occupe du gros œuvre et Romy passe ensuite en revue, car des règles sur l’accessibilité, il en existe beaucoup. Il faut donc tester et mesurer leur efficacité. 

Le premier chantier a été l’évolution de l’identité graphique OCTO (couleurs, typos web…), puis la refonte du site carrière Rejoins Octo et pour finir, tous les supports digitaux. 

La prochaine étape a été de transmettre ce nouveau savoir au plus grand nombre.
En premier lieu, former les deux autres directrices artistiques, puis le reste de l’équipe Com pour intégrer les règles d’accessibilité dans tous les futurs supports digitaux.
Pour finir, à plus large échelle, mon intention est de transmettre ces règles à tous les Octos pour que ce prisme soit présent dans tous leurs projets.

Précisons que ces règles concernent uniquement l’UI (User Interface), c’est-à-dire qu’elles ne se concentrent que sur l’aspect graphique, ce qui n’est qu’une partie des règles à appliquer pour rendre accessible. En effet, pour qu’un support digital soit pleinement accessible, il est fondamental d’agir aussi sur l’UX et surtout sur son développement.

 

As-tu fait des découvertes inattendues pendant ta formation  ?

En fait, la découverte la plus inattendue, c’est la simplicité des leviers à activer en design graphique pour améliorer l’accessibilité. Par exemple, l’italique peut gêner les personnes dyslexiques. Ensuite, sur les supports numériques, les textes ferrés à gauche (et non justifiés) sont plus aisés à lire. Et encore, le soulignement est à réserver aux hyperliens.

 

Qu’est ce qui t’a plu dans le fait de te former ?  Quelle était ta motivation personnelle ? 

J’aime sortir de ma zone de confort, monter en compétence sur de nouveaux sujets. C’est un super challenge pour une directrice artistique de démontrer qu’il est possible de créer un site web accessible à tous et éco-conçu, tout en respectant l’identité d’une marque, en conservant un design graphique qui envoie tout en offrant une belle expérience. Ce challenge reste en général peu relevé.

Par exemple, pour les premiers sites éco-conçus, il y avait une perte totale de l’ADN de marque. Les sites ressemblaient à une maquette Word dénuée de toute identité (bichrome, sans photo, typo Arial…) : on ne plongeait plus dans un univers et l’expérience était sommaire. Ils obtenaient certes une note excellente en éco-conception et en accessibilité, mais, selon moi, si on perd l’ADN de marque, c’est un échec, le challenge n’est que partiellement relevé.

 

Est-ce plus compliqué de créer un univers de marque avec ces règles ou d’adapter un univers préexistant ? 

C’est toujours plus facile de partir d’une page blanche que de réadapter une charte déjà existante. Mais c’est un exercice intéressant !

 

Selon toi, c’est un sujet d’actualité ? 

Je dirais que ça avance lentement. C’est surtout présent dans les grosses entreprises. Néanmoins, dans leurs politiques RSE le sujet de l’éco-conception ressort bien plus que celui de l’accessibilité. Pour moi le digital responsable se doit d’intégrer les deux, car c’est un engagement autant environnemental que sociétal.

 

Peux-tu nous partager 3 tips pour quelqu’un qui voudrait se lancer ? 

Ça tombe bien parce qu’il y a trois grandes règles à connaître pour améliorer la lisibilité :  

  1. Le choix de la typographie : certaines polices de caractères facilitent la lecture du texte tandis que d’autres, à l’inverse, dégradent la lisibilité. 
  2. La mise en page : une typo lisible ne fait pas tout, il y a quelques bonnes pratiques de mise en page à appliquer afin qu’un texte soit considéré comme lisible pour le plus grand nombre.
  3. Le contraste des couleurs : il faut que le ratio de contraste soit suffisant entre le texte et le fond sur lequel on l’appose pour qu’il soit perceptible par tout le monde. 

 

Pour aller plus loin, découvrez les grands principes qui vous permettront de designer un support digital accessible ici.

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