Dynamocracy : pourquoi ?

La conduite du changement est une activité récurrente dans notre métier, et l’un des quatre thèmes fondamentaux du savoir chez OCTO Technology. C’est aussi accessoirement un sujet vital et je l’espère bientôt central pour notre société, notre pays,  notre civilisation.

Une définition du changement : Changer, c’est changer les lois implicites ou explicites qui régissent une organisation.

De nombreux auteurs ont prédit que la démocratisation des moyens de communication allait entraîner des changements majeurs dans nos sociétés, comme la participation de chacun au contrôle de l’économie et de l’écologie.
Bien que la première partie des prédictions se soient avérées justes, nous n’observons pas encore d’effet majeur permettant d’être optimiste concernant l’avenir de notre écosystème, ou de notre économie.
Pourquoi, alors que l’on nous a annoncé de profondes mutations de notre civilisation eut égard à la démocratisation des nouvelles technologies de l’information, on ne constate pas de modification structurelle et durable des lois implicites ou explicites qui régissent nos entreprises, notre civilisation ?

Je vous propose d’explorer cette question en traitant les points suivants :

  • La prédiction s’est en partie réalisée
    • Le web permet la diffusion gratuite, l’information de masse
    • L’open source et le web 2.0( que l’on peut regrouper sous le terme Open Web) permet la collaboration de masse
  • Alors que manque-t-il pour que se produise un changement rapide et massif ?
    • De la solution aux faits il y a la légitimité et la contrainte
    • « Observons la nouveauté dans les nouvelles » ( Michel Serres)
    • La décision de masse
  • Dynamocracy

Prédiction

Joël de Rosnay dans Le macroscope en 1975 décrit le Web, pressent le Web 2.0, et annonce un changement majeur dans la gouvernance de nos sociétés. Ce changement est ensuite expliqué et annoncé à nouveau dans La révolte du pronétariat, dont voici les premières lignes :

« Les citoyens du monde sont en train d’inventer une nouvelle démocratie. Non pas une « e-démo-cratie », caractérisée par le vote à distance via Internet, mais une vraie démocratie de la communication. Cette nouvelle démocratie, qui s’appuie sur les « média des masses », émerge spontanément, dynamisée par les dernières technologies de l’infor-mation et de la communication auxquelles sont associés de nouveaux modèles économiques. Ni les média traditionnels, ni les hommes politiques n’en comprennent véritablement les enjeux. Les média des masses, seuls véritables média démocratiques, vont radicalement modifier la relation entre le politique et le citoyen, et, par voie de conséquence, avoir des impacts considérables dans les champs culturel, social et politique. Les internautes commencent seulement à réaliser à quel point le Net du futur va leur permettre d’exercer leur pouvoir, si tant est qu’ils parviennent à se montrer solidaires et organisés. »

Voici que l’Histoire lui donne raison :

  • Le web en 1989 permet à chacun de diffuser massivement de l’information pour un prix dérisoire.
  • En 1998 le concept d’open source, puis le Web 2.0, permettent de bâtir collectivement des oeuvres colossales comme Wikipedia ou Linux.
  • Depuis 2005, de nombreux auteurs soulignent l’importance et l’opportunité que représentent ces nouveaux outils pour l’humanité.

Deux phénomènes importants, nommés parfois révolutions, sont en effet observables : d’une part les informations et les idées de rupture sont désormais rendues disponibles par tous et pour tous, immédiatement. D’autre part une nouvelle manière de produire des informations structurées, par une multitude et sans gouvernance, est née.

Alors pourquoi ces nouvelles capacités ne produisent-elles pas de changements à la mesure des défis auxquels nous sommes collectivement confrontés  :

  • Écologie, économie, santé pour nos civilisations
  • Innovation, mondialisation, durabilité pour nos entreprises.

De la solution aux faits, la légitimité et la contrainte

Ces nouvelles capacités permettent pourtant d’identifier les problèmes, de diffuser l’information disponible à leur résolution, et de construire collectivement des solutions.
Que manque-il pour que ces solutions, parfois déjà disponibles, s’exécutent dans la réalité?
L’obtention d’un changement est conditionné par le choix d’une solution parmi les solutions disponibles pour un problème identifié. L’efficacité du choix, c’est à dire son application effective dans la réalité, est conditionnée par deux facteurs : le consentement issu de sa légitimité et/ou la contrainte.
La légitimité est la qualité de ce qui est fondé en droit, en justice, ou en équité. La contrainte est exercée par le pouvoir sur le groupe.

« Observons la nouveauté dans les nouvelles » (Michel Serres)

Imaginons que ces nouvelles technologies permettent de produire collectivement non plus seulement de la mémoire, des nouvelles, ou des logiciels, mais de la décision et de l’action.
Est-il raisonnable de penser qu’un outil pourrait produire une décision massivement collective? Est-il raisonnable de penser qu’un tel outil pourrait produire des décisions ayant une très forte légitimité, et donc très efficaces en termes de changement ?
Observons qu’il n’y a pas de sanction à ne pas noter un produit d’Amazon, à ne pas produire de page Wikipedia, ou à ne pas Twitter. Pas de récompense tangible non plus pour les noteurs, contributeurs, ou twitters anonymes ou masqués.
Le principal moteur de cette production est la légitimité. On participe à la production parce que l’on pense que notre contribution est légitime, que l’on a sa part d’universalité.
Observons par ailleurs que si l’on consomme massivement cette production, c’est précisément parce qu’elle s’avère légitime.
Ce n’est pas la contrainte qui me fait chercher dans Wikipedia plutôt que dans Britanica, Twitter plutôt que le 20h, Amazon plutôt que le guide littéraire. Ma motivation première est la légitimité des produits de ces outils.
On peut s’interroger sur ce qui confère la légitimité aux produits de ces outils. Mon intuition est que la réponse se trouve dans le processus de production induit par l’outil. C’est parce que je sais que toute page de Wikipedia est susceptible d’être modifiée par toute personne ayant une réponse qui lui parait plus légitime que celle présente, et qu’elle arrive cependant dans un état stable, c’est à dire qu’elle fait consensus, que j’imagine que c’est la plus proche d’une vérité universelle sur un sujet. C’est parce que je sais que chacun est libre de re-Twitter l’information qui lui semble importante, que les nouvelles les plus twittées me paraissent comme universellement les plus importantes à cet instant.
C’est donc le processus de production induit par les outils collaboratifs qui permettent de construire un produit massivement légitime.
Alors peut-on imaginer construire un plan d’action, une règle, massivement, comme on le fait pour des classements, de la mémoire, ou des nouvelles?

Dynamocracy

Il n’y a pas d’outil informatique simple permettant de produire massivement des plans d’action ou des règles. Les technologies permettent très largement de construire un tel outil, et il existe déjà des outils permettant de prendre des décisions dans un domaine étroit.

Dynamocracy est un projet visant à définir, construire, promouvoir et diffuser au plus grand nombre un outil ouvert de décision de masse.

Fort de cette nouvelle information, le groupe ayant légitimé telle action ou telle règle, peut on s’attendre à observer une modification des comportements?

J’avais de nombreux exemples plutôt orientés autour de l’écologie, mais l’actualité nous propose un cas d’école : la votation de la poste. Notons en premier lieu que le fait ne passe pas inaperçu puisque les grands médias traditionnels en ont fait les gros titres. Notons ensuite que cette votation souffre d’être contestable, tant sur le fond, c’est à dire sur la question posée, que sur la forme.

Est ce qu’un outil permettrait l’incontestabilité de la décision, sa légitimité?

  • Sur le fond, « il suffirait » que l’outil soit ouvert, c’est à dire que n’importe qui puisse proposer des problèmes et des questions. Il devient dès lors très difficile d’argumenter la légitimité de la question posée, et des réponses proposées. Comme nous l’avons vu, de tels systèmes existent pour produire des encyclopédies ou des classements. Nous développerons ce point dans un prochain article( Dynamocracy : comment ?)
  • Sur la forme, « il suffirait » que la poste ou un autre organisme (l’état par exemple) contrôle l’identité des votants, comme elle le fait de manière légitime pour vos recommandés.

Quelque soit le résultat obtenu par ce type d’outil, qu’il soit en faveur ou non des solutions proposées, il me parait difficile de penser que ces résultats restent sans effets. Il me parait vraisemblable qu’un tel résultat accélèrerait le nécessaire changement, et qu’il constitue un pas important vers une résolution collective de problèmes.

Résumons nous avec trois sigles puisque c’est la mode

  • Web 1.0 => Web 2.0 => Web 3.0
  • Information de masse => Production de masse => Décision de masse (= action de masse, cette idée sera également développée dans l’article Dynamocracy : comment ?)
  • Web => Open-Web=> Dynamocracy

La décision de masse sera probablement bientôt permise par un outil issu des deux dernières révolutions de l’information. Ces décisions de masse constitueraient un puissant vecteur de changement, qui finirait de donner raison à nos penseurs.

Soyons donc optimistes, nous savons faire des outils, et nous allons pouvoir produire collectivement un changement rapide et massif.

MAG

PS : Participer ou suivre l’élaboration de Dynamocracy : mag@dynamocracy.org

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