Culture Innov’ : Panorama des lieux d’innovation

Le début des années 2000 est un véritable tournant dans la façon de penser l’innovation, et ce changement de contexte a provoqué la création progressive de lieux dédiés à l’innovation. Depuis cette date, l’innovation sort des laboratoires de recherche & développement (R&D) pour s’ouvrir à une multitude d’acteurs externes à l’entreprise (fournisseurs, start-ups, chercheurs, étudiants, citoyens).

Introduction

Le début des années 2000 marque aussi l’émergence des lieux d’innovation avec en 2001 la première charte des FAB LABS par le MIT (Massachusetts Institute of Technology). Ces fab labs sont un réseau mondial de laboratoires locaux donnant accès à des outils de fabrication numérique à ceux qui en ont besoin. Ils sont ainsi générateurs d’inventivité et d’innovation. Le concept de fab lab est né d’une initiative du Center for Bits & Atoms du MIT afin de démocratiser les processus de conception, de prototypage et de fabrication d’objets.

L’un des objectifs de cette expérimentation était de donner un accès public à des outils et des machines (numériques ou non) pour observer l’utilisation qui en serait faite au quotidien sans contraintes académiques.

Ces ateliers de conception et fabrication permettent donc d’imaginer et fabriquer des prototypes de nouveaux produits. Les fab labs se sont répandus du centre-ville de Boston à l’Inde rurale, de l’Afrique du Sud au nord de la Norvège. Il existe même une association regroupant les fab labs d’entreprises industrielles.  Les fab managers des fab labs internes des grands groupes français se sont réunis dans une association lancée en 2015 nommée Fab&Co, pour partager les bonnes pratiques de gestion de ces lieux, la mise en commun de ressources, et monter des projets ensemble.

Ces fab labs ne sont pas à proprement parler des fab labs labellisés selon la charte du MIT, mais ils participent au même mouvement d’ouverture visant à stimuler l’innovation grâce à de nouvelles manières de travailler.

Après les fab labs, le MIT est également à l’origine de la démarche de living lab, méthode de recherche en innovation ouverte qui remet l’usager au centre de l’innovation et le fait de participer à la conception même de l’innovation qu’il expérimentera plus tard.

L’approche promeut un processus de co-création avec les usagers finaux dans des conditions réelles et s’appuie sur un écosystème de partenariats public-privé-citoyen. La démarche est née au MIT Media Lab, avant que celle-ci soit développée en Europe via le réseau ENoLL pour European Network of Living Labs créé en 2006. Le réseau compte aujourd’hui plus de 150 living labs actifs répartis dans le monde entier.

ENoLL assure la co-création, l’engagement utilisateur, et offre des structures de test et d’expérimentation afin de favoriser l’innovation dans de nombreux secteurs : énergie, média, mobilité, santé, agroalimentaire etc. Par conséquent, le réseau joue un rôle de plateforme pour partager des bonnes pratiques, et contribuer au développement international des living Labs. (Livre blanc Qu’est-ce qu’un Living Lab ? (Montréal InVivo, coll. Umvelt, 2014).

L’open innovation, ou innovation ouverte, est un concept développé par Henry Chesbrough, professeur américain à l’université de Berkeley et auteur de nombreux ouvrages dont Open Innovation: The New Imperative for Creating and Profiting from Technology (Harvard Business School Press, 2003).

Selon lui, il serait bénéfique pour une organisation d’ouvrir ses protocoles d’innovation à l’extérieur plutôt que de tourner en circuit fermé au sein d’un département de recherche et développement.

Le bénéfice attendu est multiple : émergence d’idées nouvelles, partage de connaissances, gain de temps, de qualité, de moyens…

Ces dernières années, après avoir lancé leur démarche d’innovation, créé des directions innovation et signé des partenariats externes, les grandes entreprises deviennent elles-mêmes adeptes des « labs ». Il semblerait que chaque entreprise veuille créer son propre lab en interne. Le phénomène prend donc de l’ampleur ainsi qu’une tournure plus professionnelle et business.

Que ce soit des fab labs ou des living labs, ces lieux font partie d’un ensemble plus large. Les labs d’innovation ne sont pas seulement les nouveaux bureaux du 21ème siècle, mais une manière de travailler plus collaborative permettant de redéfinir les contours de ces nouveaux espaces et des usages associés pour favoriser l’innovation.

Ce phénomène des labs d’innovation a fortement influencé les grandes entreprises qui cherchent à inspirer collaboration, créativité, challenge du statu quo, et prise d’initiative au sein de leur organisation.

Quelques définitions

 

Tiers-lieu d’innovation

Le mot tiers lieu d’innovation désigne l’ensemble des espaces ouverts, tels que les espaces de coworking, les fab labs, les hackerspaces, les jardins partagés et autres habitats partagés ou entreprises ouvertes.

A l’origine, le tiers-lieu, ou la troisième place, est un terme traduit de l’anglais The Third Place. Il fait référence aux environnements sociaux se distinguant des deux principaux que sont la maison et le travail. Dans son livre datant des années 1980 The Great, Good Place, Ray Oldenburg, professeur de sociologie urbaine à l’université de Pensacola en Floride, indique que les troisièmes places sont importantes pour la société civile, la démocratie ou l’engagement civique et instaurent un sentiment d’espace. Les tiers-lieux sont donc des espaces physiques de rencontres, d’échanges, voire de travail collaboratif qui procurent un fort sentiment d’appartenance à ses utilisateurs. La notion de tiers lieux ne désigne plus seulement un espace physique. Il serait inexact de le percevoir uniquement comme un mot regroupant les divers lieux collaboratifs. Un tiers-lieu peut désormais être virtuel ou même éphémère.

Espace de coworking

Le coworking signifie littéralement « travailler ensemble ». Cette définition simple va bien au-delà d’une simple collaboration. Les lieux de coworking sont des espaces ouverts et collaboratifs où tout le monde travaille dans la même pièce. L’émergence de ces lieux est liée au développement du numérique, offrant la possibilité de travailler en dehors de l’entreprise.

Living lab

Un Living Lab, l’abréviation pour « Living Laboratory » en anglais, se traduit littéralement par «laboratoire vivant ». Un Living Lab est surtout une méthodologie de recherche en innovation menée par une réunion d’acteurs publics, privés et citoyens qui travaillent en concertation continue, plutôt qu’en vase clos, pour concevoir, améliorer et valider dans le vécu (la « vraie vie »), des produits, des services, des technologies, des outils, etc. Les living labs sont donc des dispositifs d’open innovation dont la vocation est d’expérimenter et de co-créer avec les usagers.

Fab lab

Le fab lab ou « atelier de fabrication numérique » en français est le plus connu des labs d’innovations. Abréviation de « Fabrication Laboratory » en anglais, c’est un lieu ouvert au public mettant à la disposition de ses utilisateurs des ressources techniques, technologiques et humaines (machines, outils, logiciels, procédés, savoir-faire, mentors) nécessaires à la création et à la fabrication d’objets et de projets de toutes sortes qui répondent à un besoin personnel ou collectif.

Incubateur

Structure d’accompagnement de projets de création d’entreprise. L’incubateur peut apporter un appui en termes d’hébergement, de conseil, de mentoring et de financement, lors des premières étapes de la vie de la startup l’entreprise. L’enjeu est de comprendre le marché, affiner le concept initial et valider le prototype ou MVP à très petite échelle.

Outre l’espace d’hébergement, la qualité d’un incubateur se juge par le parcours de formation à l’entrepreneuriat, la qualité de l’équipe de coachs, l’accès à un réseau de financeurs et de partenaires, et l’animation transverse de la communauté des start-up incubées.

Accelerateur

Un accélérateur intervient après la phase d’incubation, lorsque le concept est validé. L’enjeu pour la start-up est alors de prendre rapidement le marché. L’accélérateur l’aide à trouver des financements et structurer rapidement son activité, notamment de business développement. Dans la réalité, les mêmes structures peuvent servir d’incubateur et d’accélérateur.

TechShop

Le mot « TechShop » désigne une marque américaine (appartenant en France au groupe Leroy Merlin) et qui comportait plusieurs sites aux Etats-Unis (la société a déposé le bilan aux Etats-Unis uniquement en novembre 2017). Sortes de Fab labs commerciaux, les TechShops sont de grands espaces privés (environ 1500 m²) dont le principe fondateur est de rendre accessible et à bas coût un ensemble de machines, d’outils et d’équipements dédiés à la fabrication personnelle.

Ils s’adressent aux inventeurs, aux bricoleurs, aux entrepreneurs, aux artistes, aux designers, etc. qui ne disposent pas d’ateliers de fabrication, de matériels, voire des compétences nécessaires pour réaliser leurs projets. N’importe qui peut s’inscrire aux cours organisés pour apprendre à utiliser les machines et une fois la formation terminée, l’accès aux machines se fait par un abonnement. À Detroit, capitale de l’industrie automobile américaine, le constructeur Ford a co-financé l’ouverture d’un Techshop, pour en faire bénéficier la communauté des makers très actives dans cette ville, mais également ses propres salariés. L’objectif est de permettre aux salariés de s’exprimer, de développer des pratiques innovantes et des projets parfois en rupture, que les modèles organisationnels des grandes entreprises ne savent pas détecter. Selon Ford, le nombre de propositions innovantes issues du personnel aurait augmenté de 30% depuis le démarrage de cette initiative.

Hacker space

Un Hackerspace est un espace dédié au développement de logiciels open-source (des logiciels dont le code est disponible et modifiable) et d’électronique open-hardware (des machines dont les plans et les plans de cartes électroniques sont disponibles et modifiables). Même si la première communauté qui a formé un Hackerspace s’est lancée autour du langage C, il est aujourd’hui commun de retrouver dans un hackerspace des machines telles que des imprimantes 3D ou des fraiseuses à commande numérique, qui deviennent de plus en plus accessibles avec l’évolution des technologies. L’accès à un Hackerspace, ses espaces de travail et ses ressources, se fait souvent par une adhésion payante.

 

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