Compte-rendu de la conférence de Pierre Moorkens « Connais-tu vraiment ton cerveau ? »

« Lorsque vous êtes stressé c’est la situation qui vous gère et vous êtes con. Lorsque vous êtes serein c’est vous qui gérez. » – Pierre Moorkens

Mon intention

De nos jours, de plus en plus d’entreprises se rendent compte, qu’en plus des Hard skills (savoir-faire, formation, expérience professionnelle, compétences acquises…), les Soft skills (savoir-être, posture, attitude, comportements spontanément adoptés, compétences sociales, motivation…) jouent un rôle important dans leur performance.

Une enquête réalisée sur les Soft skills par Monster auprès de 449 professionnels (des RH et DG), entre le 11/09/2018 et le 30/11/2018, a montré que :

  • Seuls 21,02% d’entres eux font des formations en Soft skills. A mettre au regard des
    • 6,47% qui disent « oui » mais uniquement depuis 2018
    • 32,08% qui disent « non » 
    • 40,43% qui disent que ce n’est pas à l’ordre du jour
  • Les 10 Soft skills les plus cités sont :
    • Adaptabilité – Agilité (28,95%)
    • Esprit d’équipe (14,7%)
    • Rigueur – Organisation (13,14%)
    • Motivation – Passion (11,58%)
    • Empathie – Écoute (8,02%)
    • Curiosité – Ouverture d’esprit (4,68%)
    • Esprit d’entreprise (4,68%)
    • Aisance dans la communication (4,45%)
    • Créativité – Inventivité (4,01%)
    • Gestion du stress – Résolution de problèmes (2,23%)

Notre monde a profondément évolué ce dernier siècle (plus volatile, plus incertain…). Et il devient de plus en plus important de développer notre capacité à nous adapter dans n’importe quelle situation.

En février 2020, j’ai participé à une excellente conférence de Pierre Moorkens sur les neurosciences appliquées aux comportements humains.

Pierre nous a fait part de sa vision et de comment nous pouvons entraîner notre cerveau pour développer cette capacité.

Cet article se veut être un compte-rendu et une retranscription de la conférence de Pierre Moorkens.

A l’heure actuelle, certaines hypothèses présentées ci-après n’ont pas encore été totalement validées scientifiquement. Ces prises de positions restent celles de Pierre et de l’Institute of NeuroCognitivism (INC).

Qu’est-ce que l’Approche Neurocognitive et Comportementale (ANC) ?

L’Approche Neurocognitive et Comportementale (ANC) est le résultat d’une démarche transdisciplinaire, qui réalise la synthèse entre les sciences de la psychologie cognitive, les sciences cliniques de thérapie comportementale et les neurosciences.

Source : ANC

 

C’est une démarche cognitiviste et comportementaliste, qui s’inscrit dans le courant des Thérapies Cognitives et Comportementales de « 3ème vague » nées au début des années 1980.

L’ANC aide à comprendre les mécanismes cérébraux qui gouvernent une personne. Elle permet de mesurer l’impact des mécanismes cérébraux sur nos interactions, nos prises de décision et nos comportements. Et en même temps l’ANC permet de distinguer ce que l’on peut traiter, régler, de ce que l’on peut simplement gérer, et non modifier.

Les 4 centres de gouvernance de notre cerveau (orchestre neuronal)

Le cerveau et les réseaux neuronaux structurent notre manière d’appréhender le monde et d’agir. L’ANC a mis en évidence les mécanismes internes de ces réseaux pour permettre à la personne de devenir l’acteur de sa propre vie, de déployer ses compétences et son potentiel. 

On présente souvent le cerveau avec deux hémisphères : 

  • L’hémisphère gauche comme associé au raisonnement logique et rationnel
  • L’hémisphère droit étant plutôt intuitif et émotionnel

Il y aurait ainsi des personnalités plutôt « cerveau gauche » ou « cerveau droit », qui utiliseraient plus un côté du cerveau que l’autre.

Mais on oublie souvent de dire que le cerveau a aussi un avant et un arrière reposant sur 4 centres de gouvernance bien distincts.

  1. Gouvernance ADAPTATIVE
    • Le Néo Cortex Préfrontal est le siège de 
      1. notre créativité
      2. notre capacité à penser « out of the box »
      3. notre réflexion
      4. l’anticipation
      5. la spiritualité
      6. etc.
    • Qui permet d’aborder le complexe, l’inconnu, le non-maîtrisé avec sérénité.
    • C’est le siège de notre CONSCIENCE ÉLARGIE.
  2. Gouvernance ÉMOTIONNELLE
    • Notre Disque dur :
      1. Stockage de nos savoirs, nos savoir-faire, nos compétences, nos vécus, nos émotions, nos motivations
      2. Mais aussi de nos préjugés, nos croyances, nos rigidités
      3. Elle permet de prendre des décisions efficientes et rapides dans tous les domaines qu’elle maîtrise, c’est sa zone de confort
    • C’est le siège de notre CONSCIENCE NOYAU selon Damasio (c’est-à-dire un état de veille où nous sommes en relation avec notre environnement « ici et maintenant »)
  3. Gouvernance GRÉGAIRE
    • Positionnement Grégaire de l’individu dans le groupe
    • Rapports de force entre les individus
    • Confiance ou méfiance en soi et dans les autres
  4. Gouvernance INSTINCTIVE
    • Les instincts de Vie : boire, manger, dormir, copuler, etc.
    • Les instincts de Survie : Sauver sa peau en cas de danger de mort grâce à 3 stratégies (la FUITE, la LUTTE, l’INHIBITION)

Les 2 modes mentaux : automatique et adaptatif

Notre cerveau a deux manières de percevoir une situation (en référence aux travaux de Daniel Kahneman dans son ouvrage « Thinking Fast and Slow« ) : 

 

Le mode mental “automatique” (l’arrière du cerveau) fait appel à l’intelligence acquise : ce qui est connu et qui a été maîtrisé au fil du temps. 

Ce mode est lié aux centres de gouvernance émotionnelle, instinctive et grégaire.

Le mode mental “adaptatif” (l’avant du cerveau) fait appel à l’intelligence adaptative : ce qui est inconnu et non-maîtrisé.

Ce mode est lié au centre de gouvernance adaptative.

Faisons quelques petits exercices pour comprendre et découvrir ces deux modes.

Exercice n°1

Indiquez, le plus rapidement possible, la couleur dans laquelle sont écrits les mots suivants (c’est-à-dire, la couleur de leur police de caractères).

 

 

Plutôt simple non ?

Exercice n°2

Même consigne que l’exercice n°1, indiquez, le plus rapidement possible, la couleur dans laquelle sont écrits les mots suivants.

 

 

Ah ! Ce n’est plus aussi simple n’est-ce pas ?! Vous avez l’impression de bugger dès le deuxième mot !

Pourquoi était-ce plus simple dans l’exercice n°1 que l’exercice n°2 ?

Dans l’exercice n°1, vous avez fait appel à votre mode automatique (partie arrière de votre cerveau) : c’est tout ce que vous connaissez déjà et qui vous rassure. Vous êtes en pilote automatique en quelque sorte !

Dans l’exercice n°2, le pilote automatique n’a pas été d’une grande aide et vous avez dû faire appel à votre mode adaptatif (partie avant de votre cerveau) : cela vous demande plus de concentration et vous fait consommer (beaucoup) plus d’énergie.

En se basant sur le courant béhavioriste, tout ceci serait en réalité normal car nous solliciterions notre mode automatique en premier : ce serait notre réflexe de protection et de survie que nous aurions développé depuis des millénaires afin de survivre dans des environnements hostiles. En effet, nous avons une très forte capacité à prêter attention sur ce qui ne marche pas, aux erreurs, etc. 

Point d’attention : à l’heure actuelle, le concept d’instinct et son lien avec l’intelligence est encore peu connu en réalité : le courant éthologiste est née aussi en réaction contre le « béhaviorisme ».

Faisons un dernier petit exercice pour comprendre.

Sur quel numéro de place de parking est garée la voiture ?

 

 

Dans cette situation le mode automatique n’est pas d’une grande aide non plus.

Mais si on regarde les choses sous un autre angle, les problèmes sont parfois beaucoup plus simples à résoudre : 

 

 

Dans cette configuration, tu as fait appel à ton mode adaptatif pour « retourner la photo » puis la réponse devient ensuite évidente : 87.

Quels sont les bénéfices du mode mental adaptatif ?

 

Source : Pierre Moorkens

 

Mais que se passe t-il si on se trompe de mode mental dans les situations que nous vivons tous les jours (au travail, dans notre vie personnelle…) ?

Nous allons tout simplement générer du stress, un « signal d’alarme » indiquant que nous recrutons le mode mental inapproprié à la situation.

Ce stress provient du fait que nous mobilisons notre mode “automatique” dans des situations qui requièrent le mode “adaptatif”. Et comme nous ne trouvons aucune solution immédiate, nous nous mettons à paniquer, et donc à stresser !

Ce stress va engendrer 3 grandes familles d’émotions :

  • La FUITE (on cherche à échapper à l’agression) générant de l’anxiété, angoisse, peur, gêne
  • La LUTTE (on cherche à dominer) générant de l’énervement, agacement, colère, agressivité
  • L’INHIBITION (on cherche à être protégé) générant du découragement, vision négative, non-désir

 

Source : Pierre Moorkens

 

Ces 3 familles d’émotions nous empêchent la bascule préfrontale (mode mental adaptatif) et donc l’utilisation de la dernière famille d’émotions (selon l’ANC), le PLAISIR : on se sent serein et en pleine possession de tous ses moyens.

Exemple de situation : “Nous sommes en réunion. Jean-Bernard commence à couper les cheveux en 4 sur chaque sujet !
ÉMOTIONS PENSÉES – RACINE DES ÉMOTIONS COMPORTEMENTS
Cela me rend irritable et furieux

LUTTE

Comme si on n’avait rien d’autre à faire !

LUTTE (impatience)

Je fais des remarques désagréables, je me fâche

LUTTE

Cela me désole, me décourage

INHIBITION

Pffffff encore lui !!! 

INHIBITION (inefficacité)

Je jette l’éponge et me recroqueville sur moi-même

INHIBITION

Cela m’intéresse, me questionne

CALME

Je vais prendre le temps d’écouter

CALME, CURIOSITÉ

Je pose des questions pour approfondir

CALME

Cela me rend anxieux

FUITE

Aïe, aïe, aïe, on n’aura jamais fini dans les temps !

FUITE (irrespect)

Je n’arrive plus à réfléchir, je suis agité

FUITE

Lorsque nous prenons conscience de ce stress et que nous apprenons à l’accepter et l’apprivoiser, nous prenons en compte le signal d’alarme et reprenons ainsi le contrôle de la gestion (et l’utilisation) des 2 modes mentaux.

« Faisons du STRESS un ALLIÉ en cherchant à comprendre son origine automatique pour la déconstruire. » – Pierre Moorkens

Les causes de stress et la stressabilité proviennent de nos aversions, valeurs exacerbées, anti-valeurs, croyances, etc. :  

VALEURS AVERSIONS
Respect Irrespect
Intelligence Bêtise
Efficacité Inefficacité
Honnêteté Mensonge
Justice Injustice
Perfectionnisme Imperfection
Réussite Échec
Rapidité Lenteur
Générosité Égoïsme
Responsabilité Irresponsabilité
Souplesse Rigidité
Ordre Désordre
Humilité Prétention
Professionnalisme Amateurisme

Quel est l’impact du stress sur l’intelligence adaptative ?

Commençons tout d’abord par différencier deux choses (exemple de la bouteille d’eau) :

Le CONTENANT : savoir-être

→ État d’esprit, attitude, MÉTA COMPÉTENCE qui facilite ou gêne : l’apprentissage, la communication, la créativité, etc.

Le CONTENU : savoir et savoir-faire 

→ Connaissances, COMPÉTENCES, etc.

Nous pouvons visualiser le cerveau comme la bouteille en plastique recyclable (il faut protéger l’environnement quand même !), l’intelligence automatique comme l’eau dans la bouteille et l’intelligence adaptative comment l’espace libre entre l’eau et le bouchon de la bouteille.

 

 

Lorsque vous êtes en état de stress, il faut imaginer que la bouteille se contracte. Plus le stress est fort, plus la contraction est forte. 

 

 

Dans cette situation de stress, votre intelligence adaptative a été (très) fortement réduite : limitant ainsi votre capacité à analyser et surmonter la situation.

Or, c’est l’intelligence adaptative qui va vous permettre d’affronter sereinement (avec calme, apaisement et raison gardée) les situations complexes, volatiles, incertaines et d’enrichir ensuite votre intelligence automatique (nouvelles connaissances, compétences…).

 

Source : Pierre Moorkens

 

Comment s’améliorer ?

Bonne nouvelle, l’intelligence adaptative, c’est comme un muscle, elle se travaille et s’entraîne !

L’ANC a d’ailleurs développé un parcours d’apprentissage spécifique (disponible sur leur site). Cette approche est totalement compatible et complémentaires avec bien d’autres méthodes (Process Com, Énnéagramme, etc.).

Vous trouverez ci-dessous quelques exemples d’entraînement.

Exemple d’entraînement n°1

Lorsque vous faites face à une situation qui vous génère du stress :

  1. Noter quelles sont vos pensées et aversions au moment de la situation
  2. Identifier les émotions de stress sous-jacentes
  3. Identifier 5 avantages liés à cette situation

A titre d’exemple (plutôt simple) :

 

Exemple d’entraînement n°2

Cet exercice est incroyablement efficace quand nous souhaitons déconstruire et reconstruire nos perceptions et notre façon de voir le monde par rapport aux valeurs profondes qui nous animent.

Choisissez une valeur qui vous est propre et suivez le processus suivant (en vous focalisant sur votre point de vue uniquement) :

  1. Lister les 10 avantages de cette valeur
  2. Lister les 10 inconvénients de cette anti-valeur
  3. Lister les 10 inconvénients de cette valeur
  4. Lister les 10 avantages de cette anti-valeur
  5. Noter toutes les leçons que vous ont appris cet exercice par rapport à cette valeur et sur vous-même

 

Si je prends l’exemple de l’efficacité, je devrai : 

  1. Lister les 10 avantages de l’efficacité
  2. Lister les 10 inconvénients de l’inefficacité
  3. Lister les 10 inconvénients de l’efficacité
  4. Lister les 10 avantages de l’inefficacité

En faisant cet exercice, vous remarquerez que les points :

  • 1 et 2 sont très faciles à remplir car ils font appel à votre mode automatique (vos convictions, croyances, certitudes, connaissances…)
  • 3 et 4 sont (très) difficiles à remplir (et il faudra vraiment se creuser les méninges pour arriver à trouver 10 réponses à chaque fois) car ils font appel à votre mode adaptatif

Quand vous aurez fait cet exercice, vous regarder les situations sous un autre angle et cela vous permettra de rester maître de vous-même (limiter l’impact du stress sur votre raisonnement) et trouver des opportunités dans des situations qui vous paraissaient sans issues.

Conclusion

Votre cerveau fonctionne selon deux modes qui s’activent dans des contextes différents : 

 

 

C’est votre intelligence adaptative qui vous permettra d’affronter les situations complexes. Cette intelligence se travaille comme un muscle : elle nécessite une prise de recul et une connexion profonde sur vous-même pour vous permettre de remettre en question vos certitudes et votre façon d’appréhender le monde qui vous entoure.

Dès lors que vous arriver à surmonter une situation difficile / complexe avec votre intelligence adaptative, vous engranger de l’expérience et nourrissez / enrichissez ensuite votre intelligence automatique (nouvelles connaissances, compétences…) : c’est un cercle vertueux.

J’espère que cet article vous aura apporté un autre éclairage sur le fonctionnement de notre cerveau et que cela vous donnera envie de creuser le sujet :-)

Avant de vous quitter, j’ai envie de vous poser une dernière question. Maintenant que vous avez lu l’article, comment réagirez-vous face à votre enfant dans cette situation ?

Tout d’abord, je suis sûr que vous l’avez félicité d’avoir trouvé 3 bonnes réponses sur 4 ! Et ensuite, en continuant de perfectionner ses connaissances sur les additions, il fera encore mieux la prochaine fois ;-) 

Pour aller plus loin

Quelques ouvrages recommandés par Pierre Moorkens :

  • L’intelligence du stress, Eyrolles, 2008 : livre de Jacques Fradin, alliant théorie et pratique pour comprendre les mécanismes du stress et mieux le gérer.
  • Parent Zen : Editions de l’homme de Brigitte Durutty pour comprendre et gérer le stress pour rétablir l’harmonie en famille.
  • Heureux si je veux : en finir avec l’insatisfaction chronique, Eyrolles, 2015 livre d’auto-coaching de Patrick Collignon pour comprendre et gérer les causes profondes de votre insatisfaction et se tourner résolument vers le bonheur
  • La Puissance du Mental. Hyperinvestissement, stress, épuisement… Comment se remotiver ?, Eyrolles, 2014 livre d’auto-coaching de Patrick Collignon pour gagner de l’énergie et surtout éviter d’en perdre !
  • La Thérapie Neurocognitive et Comportementale : prise en charge neurocomportementale des troubles psychologiques et psychiatriques, De Boeck, 2014 livre de Jacques Fradin et de Camille Lefrançois, consacré à la Thérapie Neurocognitive et Comportementale. Il apporte un nouveau regard sur la lecture et le diagnostic de divers troubles psychiatriques et rend compte de techniques montrant leur efficacité sur des cas parfois jugés incurables.
  • Le Management Toxique, Eyrolles, 2013 : livre d’auto-coaching de Chantal Vander Vorst et Patrick Collignon pour comprendre comment se mettent en place les comportements toxiques, diagnostiquer la cause, établir une stratégie efficace et passer à l’action pour ne plus en être la cible.
  • Manager selon les personnalités. Les neurosciences au secours de la motivation, Eyrolles, 2006 et 2014 : livre de Jacques Fradin et de Frédéric Le Moullec.
  • Enfin libre d’être moi, Eyrolles 2016 : livre d’auto-coaching de Patrick Collignon pour comprendre et gérer le besoin de reconnaissance et la peur du regard de l’autre
  • Merci mon stress ! Faire de ses tensions ses meilleures alliées, Eyrolles, 2018, livre d’auto-coaching de Patrick Collignon pour convertir le mal du siècle en puissant allié et s’épanouir dans une vie zen et puissante.
  • Vivement lundi, Editions de l’homme de Brigitte Durutty pour comprendre le stress pour être heureux au travail.

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