Coach retreat : expérimenter votre posture de coach dans un environnement bienveillant

Si le sujet du coaching professionnel vous intéresse, si vous cherchez des idées voire des outils pour développer votre posture de coach en mode co-développement, cet article est fait pour vous.

Qu’est-ce qu’une coach retreat ?

Le principe est d’expérimenter différentes postures de coach durant une journée lors de mises en situation appelées « rounds ».

Dans les groupes de mises en situation chacun a endossé tour à tour le rôle de :

  • coaché, une personne
  • coach, un binôme
  • observateur, un binôme

Les organisateurs tenaient le rôle de facilitateur.

Apports théoriques et outils

Des apports théoriques et des outils nous ont été proposés par Oana Juncu facilitatrice de cette journée. Elle nous a invité à les tester lors des mises en situation :

  • Le « click and rewind » consiste à faire un temps de pause dans l’instant sur un point sur lequel on souhaite revenir. Un retour en arrière permet aux participants de ne pas tenir compte de ce qui vient d’être dit et de reprendre la situation juste avant.
  • Appreciative inquiry
  • Le « oui et » en remplacement du « oui mais » est un exercice d’entraînement très puissant. Ça mobilise une énergie bien différente. Alors qu’un « oui mais » (en réalité un non) ferme, un « oui et » ouvre.
  • L’art du questionnement s’appuie sur un questionnement ouvert (pourquoi, pour quoi, pour qui, quoi, quand, comment) plutôt que fermé (est-ce que ?). Il permet au coaché d’élaborer ses propres solutions.

    Il était aussi question des 4 niveaux d’écoute issus de la théorie U d’Otto Scharmer :

    • L’écoute en mode téléchargement consiste à écouter à partir de ses habitudes (habitudes de jugement) et confirme ce que l’on sait déjà (son opinion, ses jugements).
    • L’écoute factuelle est basée sur l’extérieur (fait de remarquer les différences). On remet en cause les (nouvelles) données.
    • L’écoute empathique est l’écoute de l’intérieur (lien émotionnel). On voit le monde à travers les yeux de quelqu’un d’autre.
    • L’écoute générative enfin permet, en lâchant prise, d’écouter au delà de nos croyances et attentes personnelles (laisser tomber nos programmes individuels) et ainsi être à l’affût de quelque chose de nouveau.

Une attention particulière est portée par le coach afin de ne pas avoir « d’agenda caché » pour le coaché. C’est à dire de plan ou stratégie prédéfini qui l’empêcherait de l’écouter efficacement en le laissant élaborer et cheminer pour trouver ses propres solutions.

Expérience et temps forts de la journée

C’était la première fois que je faisais une mise en situation avec deux coachs et c’était riche en enseignements. Je souhaite partager avec vous quatre temps qui m’ont particulièrement marqués lors de cette journée :

  1. Un binôme de coachs avec des postures différentes
  2. Le coach rejoue le schéma de son coaché en séance
  3. Des silences puissants
  4. Proposer des options au coaché peut l’aider à avancer

Dans la suite de l’article, le rôle que j’ai endossé lors des mises en situation est précisé [entre crochets].

1. Un binôme de coachs avec des postures différentes

[Observateur] Lors d’une mise en situation j’ai observé deux coachs travailler avec deux postures très différentes. L’un utilisait un questionnement ouvert, l’autre fermé. Je me suis demandé quelle relation existait entre eux à ce moment-là ? Étaient-ils à l’écoute l’un de l’autre ? J’ai eu l’impression qu’ils prenaient la parole à tour de rôle avec leurs propres questions, stratégies, sans coordination, au détriment de ce qui se jouait dans l’ici et maintenant.
La conséquence est que je n’ai pas senti le coaché travailler tant que ça.

2. Le coach rejoue le schéma de son coaché en séance

[Coach] Il s’est produit dans cette séquence très riche un curieux phénomène. 

L’histoire d’un manager dans l’urgence et le contrôle

M. manager dit qu’il manque de temps et travaille dans l’urgence. Il regrette d’être le seul à prendre la parole lors du point d’équipe hebdomadaire et a du mal à donner une place à ses  collaborateurs lors de ces points. Sa demande est de mieux gérer le temps et faire en sorte que ses collaborateurs participent davantage aux points d’équipe.

Le coach rejoue le schéma de son coaché en séance

Ma binôme coach a entamé l’entretien en questionnant la coachée à un rythme effréné. À ce moment-là j’ai perdu le contact avec elle. Je n’arrivais pas à m’exprimer ce qui à fini par m’agacer. Elle s’en est rendu compte et nous avons fait une pause pour en parler. Ça à été un moment crucial dans notre relation.

Que s’est-il passé ?

Lorsque nous n’étions plus en lien, chacun de nous s’est senti mal à l’aise. De l’empathie est née lors de la verbalisation de mon inconfort. Ce qui a littéralement transformé la relation et nous a permis de nous reconnecter. Le rythme fut alors beaucoup plus ajusté et bénéfique pour le coaché.

Il est intéressant de constater que la coach semble avoir reproduit un schéma de son coaché : mais pourquoi donc ? Quelque soit ce qui s’est joué lors de cette séance, je me suis dit que c’était sûrement un excellent sujet à emmener en espace de supervision. Ce fut pour moi le moment le plus intéressant de la journée.

3. Des silences puissants

[Coaché] Lors d’une autre mise en situation, j’ai trouvé très aidant les silences posés par le binôme de coachs, ça m’a permis d’élaborer mes propres solutions.

4. Proposer des options au coaché peut l’aider à avancer

À condition d’être en « pouvoir pour » et non « pouvoir sur ».

[Coach] Je privilégiais jusque-là une posture basse sur le contenu, m’interdisant presque d’intervenir sur le contenu. Dans ce cas, proposer une option a la coachée lui a permis de débloquer la situation. Elle a pris conscience qu’une autre solution était possible. Cela a opéré comme un recadrage, ce que je n’avais absolument pas prévu : j’ai suivi mon intuition et ça a marché !

Conclusion

Cette journée m’a permis d’expérimenter ma posture de coach dans un cadre bienveillant via des mises en situation et d’observer les autres ce qui à été très apprenant. La partie débriefing était également très intéressante. Pas mal de prises de conscience et de confirmations pour moi lors de cette journée : 

  • Deux coachs peuvent avoir des postures différentes mais s’ils ne sont pas en lien, il y a un risque que ça desserve le coaché
  • Un coach peut inconsciemment reproduire le schéma du coaché en séance
  • Coacher à deux, lorsque le lien existe, peut-être extrêmement puissant
  • La puissance des silences après une question, on ne le dira jamais assez ;)
  • Écouter son intuition en proposant des options au coaché peut porter ses fruits !

Remerciements

Un grand merci aux organisateurs Caroline Damour et Julien Rayneau, à la facilitatrice Oana Juncu ainsi qu’à /ut7 pour l’hébergement. Sans oublier les participants pour leur bonne humeur, bienveillance et la richesse des échanges. Merci enfin aux relecteurs de cet article.

Aller plus loin

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Ce formulaire est protégé par Google Recaptcha