Wearable, différents concepts pour différentes utilisations

Alors que l’on parle de plus en plus des objets connectés, de nombreuses questions se posent quant à leur utilisation , et aux dégénérescences qu’il pourrait y avoir. Quel pourrait donc être l’avenir de tous ces objets ? Par ailleurs , quels choix techniques ont poussé à des technologies si différentes entre les différents produits ?

Le marché des objets connectés est en pleine expansion :

Alors qu’ils ne sont apparus au grand public qu’en 2013, les objets connectés connaissent déjà un intérêt florissant : voici quelques chiffres de ventes et de prévisions fournis par l’agence Jupiner Research:

Ventes mondiales en 2013 :

87 000 smartglasses

Plus d’un million de smartwatches

Graphique Jupiter 

Prévisions mondiales en 2018 :

10 millions de smartglasses

36 millions de smartwatches

Source:Chiffres Juniper Research

Graphique

Le cabinet Gartner prévoit lui aussi un impact économique non négligeable pour tous ces objets connectés :

1 milliard de dollars de profit annuel d’ici 3 à 5 ans pour les objets connectés

10% des entreprises comprenant des travailleurs “off site” utiliseront des smartglasses

Graphique Gartner

Source : Chiffres Gartner

Graphique

Jusqu’ici , les études et les chiffres se concentrent plus souvent sur les montres, dont l’impact est plus facile à évaluer car les versions finales sont déjà sur le marché, ou très proches de l’être, alors que les smartglasses ne sont encore qu’à l’état de prototype pour la plupart. D’autres part, les chiffres de ventes varient en fonction des sources, les cabinets considérants le nombre d’objets effectivement en usage , tandis que les principaux producteurs fournissent leurs chiffres de commande et précommande. Une chose est sûre : les géants du web ne veulent surtout pas rater le coche, et prévoit une expansion très rapide : chaque marque (Samsung, Sony, LG principalement) prévoit en effet de vendre en 2014 et 2015 plus de montres chacune que le marché total de 2013 !
Source : Chiffres et prévisions des géants connectés

Au niveau des cas d’utilisation , les smartwatches ont un réel avantage par rapport aux autres objets connectés : la montre non connectée existe depuis des siècles, et cela ne choque plus personne que quelqu’un regarde sa montre plus ou moins souvent. De ce fait, la montre connectée va modifier les usages et habitudes de l’utilisateur, mais le grand public ne sera pas choqué qu’une personne tapote sa montre de temps en temps.
Cartographie des Smartwatches

Les smartglasses, elles, représentent une avancée technologique majeure, et une nouvelle façon de voir l’information, mais elle se heurte à de nombreux barrages et réticences dans la société. Toutefois, la méconnaissance des systèmes actuels en est souvent la raison, je vais donc tâcher d’expliquer quand et comment les smartglasses peuvent être utiles.
Cartographie des Smartglasses

4 modèles de Glass de Réalité Augmentée 3 modèles de Glass de Réalité Augmentée

Il est toutefois utile d’expliquer quelques principes de bases avant de commencer l’analyse :

-Ne pas confondre smartglasses et Google Glass !

En effet, bien que les lunettes du moteur de recherche soient actuellement les plus médiatisées, et les plus connues du marché, elles ne sont pas les seules disponibles, et surtout n’exploitent qu’une faible partie du potentiel que les smartglasses peuvent nous apporter

-Les glasses ne vont pas transformer notre monde en un Big Brother géant :

La vidéo et les photos sont coûteuses en batterie et en ressources, les gens ne passent pas leur temps à filmer l’intégralité de leur journée, pas de raison d’avoir plus peur qu’avec un smartphone classique.

glassusingwrong

Les différents constructeurs ont cependant fait des choix techniques très différents selon les devices. Ils se divisent en 3 catégories :

1) L’objet connecté autonome : Google Glass Like et et les montres samsung

2) Android Wear et ces wearable qui ne sont pas autonomes

3) Réalité Augmentée : ces wearable qui ne sont pas wearable

L’objet connecté autonome : Google Glass Like et les montres samsung 

Google Glass Like, ou Standard Head Mountain Display (HMD) : Ce sont des lunettes qui affiche des informations à proximité du champs de vision de l’utilisateur. Ce sont généralement de vrais systèmes embarqués, qui se connectent au téléphone de l’utilisateur. Généralement les moins chères du marché ( version commerciale < 1000$ ) , elles sont plus destinées au grand public, et possèdent une interface vocale ou tactile, à l’aide de boutons ou pad. C’est souvent ce type de lunettes que l’on associe aux Google Glass, les plus connues d’entre elles. 9 modèles sont actuellement en beta ou bientôt commercialisées.

3 modèles de glass "Google Glass-like"3 modèles de glass "Google Glass-like"3 modèles de glass "Google Glass-like"

D’autres constructeurs, comme Samsung, voient aussi leurs objets connectés (ici la smartwatch)  comme un objet à part entière, lui conférant de multiples moyens de se connecter (Wifi, bluetooth , d’autres constructeurs allant jusqu’à intégrer une carte SIM dans la montre et à intégrer la 3G !) , hébergeant elle même ses applications, ne communiquant avec le téléphone que si besoin, par exemple pour recevoir les appels ou se connecter a internet sans le wifi.

Samsung Gear 2 , Android et Tizen

Si j’ai choisi ces 2 objets en exemple en particulier, c’est parce que j’ai eu l’occasion de pouvoir travailler dessus, faire quelques POC, et donc je voudrais faire partager mon retour d’expérience: Actuellement, leur OS est à la fois assez simple à utiliser, et vraiment réfléchi, il répond bien à ce qu’on pourrait attendre en terme d’ergonomie, d’instinctivité (Oui oui, même Tizen). Les Googles Glass et le nouveau concept de timeline qu’ils ont mis en place, avec des static cards, live cards, immersive cards et j’en passe est très pratique d’un point de vue utilisateur et peu contraignant d’un point de développeur, à la condition qu’on ait pensé dès le début à l’ensemble des fonctionnalités que l’on ajoutera dans l’application. Je me suis globalement concentré sur la faisabilité technique de fonctionnalités, les projets sur lesquels j’ai pu travailler sont en effet des POCs, les gros projets viendront quand les technologies seront plus répandues, soit au grand public soit dans différentes Line of Business. Les gros projets seront vraisemblablement des projets couplant différents devices , et non pas des projets pour un unique device .

A priori, les 2 constructeurs sont conscients qu’ils ont une approche qui plait à l’utilisateur , mais qu’il faut protéger ça, étant donné qu’ils régulent maintenant énormément les applications qui pourront être installées sur leurs devices, que ce soit google par son processus de validation assez long pour pouvoir mettre son glassware sur leur store (voir un témoignage ici ) ou encore samsung , qui certifie chaque .wgt (équivalent d’un .apk en Android) , sans quoi on ne peut même pas installer l’application en mode debug sur un device..

En revanche, on tombe très vite sur le gros problème de ces objets : la limite hardware. Pour la Gear 2, je n’ai pas eu à faire d’application nécessitant de connexion réseau ou de lourds calculs, et elle n’a pas énormément de capteurs donc je n’ai pas encore de certitude, mais pour les Google Glass , c’est très clairement leur problème n°1 (ils en sont apparemment conscient et viennent de doubler la RAM de leurs lunettes, voir ici ).

 

Il y a tout d’abord le CPU, ridicule, qui est assez inférieur à ce que l’on a l’habitude sur un téléphone récent, puis tout le reste : surchauffe dès qu’on l’utilise beaucoup , puis s’éteint , batterie d’1/2h à 1h30 maximum.. Actuellement, streamer de la vidéo de la qualité correcte n’est quasiment pas faisable plus d’une minute, ainsi qu’utiliser plusieurs capteurs en même temps (gyroscope/accéléromètre et caméra en même temps par exemple). Ne soyons tout de même pas trop dur avec les glass, ce ne sont que des prototypes à l’heure actuelle (quelque soit le modèle)   A priori, Google a conscience de ses faiblesses et c’est pourquoi il a une toute nouvelle approche de son prochain objet connecté : une smartwatch.

AndroidWear, et ces wearable qui ne sont pas autonomes:

Concernant les montres déjà présentes sur le marché, la majorité d’entre elles tournent sous Android ou Tizen , et sont toutes compatibles avec un téléphone Android. Google et son Android Wear, voit la montre comme un terminal d’affichage et d’interface tactile, hébergeant elle même quelques bouts d’application mais dont tout est obligatoirement relié à un téléphone. Par exemple, on ne peut installer d’applications sur la montre qu’en installant l’application sur le téléphone, qui délèguera ensuite l’installation à l’app Android Wear, qui permet de gérer ses différents devices connectés.

Les 2 types de montres Android : ronde et carrée

En introduisant Android Wear, et en essayant de le faire adopter pour tous ses futurs objets connectés (Android TV et Android Car seront sur le même modèle apparemment), Google développe une nouvelle vision : le smartphone est alors le coeur d’un essaim de wearables, par qui transite l’intégralité des données. On peut penser qu’à l’avenir, sous-traiter le calcul, les appels réseaux etc, aux smartphones , beaucoup plus performants que les objets connectés à l’heure actuelle -leur taille leur permettant notamment d’héberger de plus gros composants – pourra être plus optimal.

Par ailleurs, les tests de capacité des batteries montreraient qu’une montre qui délègue aurait une autonomie beaucoup plus longue, de l’ordre de 3 à 7 fois plus que ses semblables autonomes. Paradoxalement, c’est la batterie des téléphones qui se viderait beaucoup plus vite . Enfin, la pertinence de ce modèle semble se dévoiler puisque Google a annoncé à la Google I/O que ses glass pourront recevoir, dans un futur proche, les notifications actuellement réservées aux wearable.

Une montre et son smartphone associé

Enfin, d’un point de vue stratégique, Google s’est tout de suite posé comme un fournisseur de software sur ces montres, en développant et licenciant dès le début son Android Wear , et sous traitant le hardware à des entreprises qui en ont l’habitude. Ils ont donc repris le modèle qui marche si bien sur smartphone, chose qu’il n’a toujours pas fait sur ses google Glass. Il n’est peut être pas étonnant que Google se positionne différemment sur le marché des smartwatche, où il est finalement un peu en retard à l’heure actuel, avec des montres intéressantes déjà disponibles, et sur le marché des glass,où il est très clairement un pionnier et en avance sur ses concurrents directs.

Réalité Augmentée, ces wearable qui ne sont pas wearable :

Le Augmented Reality Display (AR): Ces lunettes affichent des informations mais surtout des objets 3D directement dans le champs de vision de l’utilisateur. Pour l’instant, ce ne sont pas encore de vrais systèmes embarqués étant donné qu’elles nécessitent une connexion HDMI/VGA à un ordinateur et fonctionnent avec le logiciel qui leur est associé. Généralement les plus chères (à part l’exception d’Ora’s , les prix se situent entre 3700$ et 20000$), elles sont destinées à un usage industriel.
La plupart de ces lunettes n’ont pas encore version commerciale, seulement des prototypes ou des beta accessibles aux développeurs, mais le but de tous ces producteurs semble le même : pouvoir interagir avec lunettes sans avoir à les toucher, en incluant la reconnaissance gestuelle, vocale ainsi que des repères visuels.
Ce changement est majeur dans la conception des objets, puisque les constructeurs sont partis d’un constat totalement différent : Ils ont besoin d’un moteur graphique extrêmement puissant, de traiter de la vidéo en temps réel, et en plus d’avoir des outils qui permettent d’avoir une gestion assez facile d’objet 3D. Ce n’est donc pas pour rien si,  sur les 7 modèles annoncés, 6 fonctionnent sous windows , et 4 d’entre eux plus spécifiquement sur le logiciel Unity3D. Pour eux, travailler sur Android était quasiment impensable, et travailler sur un ordinateur quasiment obligatoire.

Meta

Ce sont ces lunettes qui, à mon sens, ont le plus de choses à apporter. Les champs d’applications industriels sont nombreux, et ont pour but de simplifier la vie de l’utilisateur en augmentant les informations de son champs de vision et de libérer totalement ses mains. L’avantage de lunettes (tout type confondu) par rapport aux autres objets connectés est la prise de vidéo au niveau de l’oeil du porteur, tout en lui affichant des informations au même endroit, procurant une immersion énorme. Certains prototypes permettent même à l’heure actuelle d’interagir avec des objets 3D virtuels.

Le logiciel Unity3d

Certes, il va être difficile pour les entreprises de passer des application sur Unity3D, qui n’est pas un langage si commun en dehors des modélisateurs 3D et des entreprises de gaming. Mais l’avantage et la simplicité qu’il possède dans le traitement des objets 3D et dans le développement d’applications est en ce moment à des années lumières de ce que pourrait proposer n’importe quel outil du moment, notamment par son côté hybride, qui lui permet d’avoir en même du script et de visualiser, traiter les objets 3D. Même Ogre3D, son concurrent direct, qui fonctionne en C++, est très nettement en dessous, et pour l’instant tient par l’étroite relation du C++ avec windows.

En conclusion, les smartglasses sont amenées à évoluer, et ces modèles sont plus destinés à une utilisation professionnelle plutôt qu’à une utilisation personnelle et privée. Ce sont encore des prototypes qui vont être amené à évoluer très rapidement dans les 24 prochains mois. L’utilisation de ces lunettes, notamment dans le domaine médical, est voué à de grandes amélioration avec une visualisation en 3D, du corps humain par exemple. Pour les sceptiques, souvenez vous : Microsoft’s Steve Ballmer on the iPhone in USA Today, April 29, 2007:“There’s no chance that the iPhone is going to get any significant market share. No chance.”  Ca vaudrait peut être le coup de leur donner leur chance ?

Vers une compétition entre lunettes et montres ?

Watch_glassBonhomme

Beaucoup se demandent si la montée de l’un ne va pas éclipser l’autre. Il peut évidemment sembler redondant d’avoir à la fois des informations qui apparaissent sur une montre , des lunettes et un téléphone. Toutefois, les montres et les lunettes sont plus complémentaires qu’opposées : la smartwatch est un objet personnel visant à compléter son portable par un affichage sur le bras de courtes informations, relativement bien accepté par le grand public; tandis que les smartglass ne sont pour l’instant pas viables pour une utilisation quotidienne et personnelle, mais beaucoup plus professionnelle. D’autre part, il n’y a pas encore de version aboutie et mature chez ces dernières, mais l’interface entre numérique et réel n’a jamais été autant à portée de main.