Pour la plupart de mes collègues, M. K était juste un excentrique. C’était notamment ce que pensait Baptiste, mon ancien chef de projet. Voici comment il fit sa connaissance.
Baptiste avait recruté un nouveau développeur afin de démarrer une refonte avec de meilleures chances de tenir les délais, et il le tenait en grande estime:
- Il faudrait que tu voies ce développeur à l’oeuvre, il est génial. Il est entré dans le code existant sans aucun problème. Il a un écran sur lequel il lit ce code, et simultanément sur un autre écran, il produit la v2.
- Impressionnant. Et ça marche ?
- Du feu de Dieu. Et il connaît l’outil de développement bien mieux que les gars que j’ai envoyé en formation cet été.
Quelques semaines plus tard, je croisais Baptiste dans l’ascenseur:
- Alors ce projet ? Et ton développeur, toujours aussi génial ?
– Génial, mais peut être un peu tête en l’air. Disons qu’il reste quelques bugs dans le programme. La recette a démarré lundi, et ça se passe plutôt mal.
– A ce point là ?
– Le Maître d’Ouvrage l’a dans le collimateur –c’est Jean-Pierre, tu connais le personnage. Hier en comité il déclaré: « On perd du temps, là ». Le pire, c’est que mon développeur l’a pris de haut, figure-toi.
– C’est à dire ?
– Il lui a répondu, comme ça: « Je peux ne pas corriger les problèmes, si vous voulez ! ». J’hésitais à le faire venir en comité, mais là, je suis fixé, c’est la dernière fois.
– Qu’est-ce qu’a répondu JiPé ?
– Il a respiré un grand coup. Puis il a dit que non, qu’il fallait les corriger, que c’était inévitable.
– OK.
– Puis il a ajouté: « Mais on est mis devant le fait accompli. Notre client paye pour des fonctionnalités, pas pour des corrections de bugs! »
– Je vois. Qu’est-ce que tu vas faire ?
– Bonne question. Je suis déjà en dépassement de budget. Et on ne peut pas laisser le programme en l’état.
C’est alors que je m’entendis proposer à Baptiste :
– Qu’est-ce que tu dirais de demander son avis à M. K ?
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