Retour sur le Swiss Mobicamp du 1er novembre à Berne (Suisse)

OCTO Suisse

J’étais il y a 2 semaines à la 2ème édition du Swiss Mobicamp, un événement atypique qui mélange Apps et startups. Pas de sessions techniques mais des présentations sur le marché, la mise en marché, le marketing, les RP (relations publiques) et le financement. Des sessions intéressantes qui nous sortent de notre quotidien de développeur et nous ouvrent des horizons sur des choses qui sont souvent hors de notre maîtrise (dans nos prestations chez OCTO), malheureusement parfois.

Première agréable surprise : les speakers sont internationaux et de très bonne qualité, le lieu est particulièrement agréable, l’ambiance est détendue et les speakers sont disponibles pendant toute la journée pour échanger.

En plus des classiques plénières et tracks, on retrouve des initiatives assez originales :

  • des cliniques, bien connues chez OCTO, où vous disposez de 20′ avec un expert de votre choix pour soigner « votre mal », qu’il s’agisse d’UX, de positionnement, de RP…
  • un illustrateur qui « croquait » en live les moments forts de la journée. Autre originalité, les slides des pitchs des startups étaient fait par ce même illustrateur. Le résultat était assez bluffant honnêtement, une alternative aux présentations Zen ?
  • un concours de startups classique à la Dragons’ Den : j’ai bien aimé les pitchs de Catch My Pain, de ZMS et de Appygraph. Les startups avaient été coachées la veille et cela se sentait sur la qualité des pitchs (rapporté à leur stade de développement).
  • un mini ‘Capital on Stage’ où la situation est inversée et c’est les investisseurs qui pitchent les startups. J’ai personnellement trouvée l’idée intéressante même si selon moi les investisseurs auraient eux aussi besoin de coachs… J’ai été assez déçu de voir que leurs pitchs ne parlaients quasiment que d’argent et pas de produit, d’équipe ou de vision.

Voilà pour les « extras », venons-en maintenant aux enseignements de cette journée :

#1 Les App Stores sont des « appâts »

La présentation d’Andreas Constantinou intitulée Asymmetry abound portait sur le marché du mobile, ses acteurs majeurs et leurs modèles économiques. J’ai beaucoup apprécié cette présentation, ultra-rodée et visionnaire.

Pas mal d’enseignements pour moi :

  • les Apps sont la face visible de l’iceberg mais ne sont qu’un moyen pas une fin pour les Google, Amazon, Apple etc.
  • les acteurs majeurs de l’économie des Apps ne sont pas des concurrents directs. Les Apps ne sont qu’un maillon de leur stratégie destiné à ramener plus de clients sur leur coeur de métier, coeur de métier qui est lui resté stable depuis des années. Pour Apple la vente de devices, pour Google la vente de publicité, pour Amazon la vente de biens en ligne etc.
  • un élément clé de toutes ces stratégies est le modèle de l’appât et de l’hameçon (Core vs Complement model en anglais) et ses lois économiques : « la demande du produit coeur augmente quand le prix du produit complémentaire diminue ». Appliquez cela aux acteurs majeurs, et vous verrez que Android, Gmail etc. ne sont que des compléments pour Google servant à augmenter le nombre de publicités imprimées. Même chose avec Amazon et le Kindle, Apple et l’App Store etc.

J’ai découvert à cette occasion que VisionMobile a publié en juin un rapport sur l’économie du mobile intitulé Developer Economics 2012. Je n’ai pas encore pris le temps de le parcourir en détail mais au premier coup d’oeil ça me parait une lecture intéressante voire indispensable.

#2 Faire une App utile / marketer une App « inutile » ne suffit plus

Session un peu décevante de Xyologic intitulée ‘How to navigate the App Store economy’. Le paradoxe de cette session est que ce n’était ni une présentation de Xyologic (et de comment l’outil répond à ces problématiques) ni un vrai guide sur comment promouvoir son application sur les stores. C’est dommage d’autant plus que leur approche de la recherche me semble intéressante.

Venons-en à l’enseignement majeur de cette présentation pour moi :

  • 63% des gens trouvent leurs applications en cherchant les Store
  • 61% via leurs amis
  • les autres canaux sont mineurs

Ces chiffres sont certes déjà connus, la surprise ici pour moi c’est que la recherche sur les Stores est aujourd’hui mal utilisée. Je savais la recherche Apple très limitée (l’équivalent du meta keywords) mais il semblerait qu’elle soit en fait à la hauteur de l’utilisation qui en est faite ! La plupart des recherches se font aujourd’hui sur des catégories, par exemple ‘jeu arcade’, ‘réseau social’, ‘jeu gratuit’ ! Donc on peut en fait résumer la recherche sur l’App Store au Top 25 de l’App Store ou de la catégorie. Pour aller plus loin j’ai trouvé ce graphique sur le blog de Xyologic :

Pour moi une telle analyse met du plomb dans l’aile aux outils de SEO comme appcod.es ou MobileDevHQ, en tout cas tant que l’utilisation (et la recherche) restera ce qu’elle est.

Le speaker insistait sur le fait qu’une bonne campagne RP n’était aujourd’hui plus suffisante pour lancer une App. Plus suffisante certes, mais toujours nécessaire ?

Elle donnait également quelques conseils assez classiques pour les développeurs indépendants que je résume ci-dessous :

  • promotions sur l’App Store / Google Play
  • communiqués de presse sur des blogs tech et de niche
  • bouche-à-oreille
  • SEO sur l’App Store / Google Play (paradoxal, non ?)
  • pour les jeux, une intégration Game Center et Facebook

#3 L’important ce n’est pas votre pitch, c’est l’histoire que vous racontez

Une présentation intéressante par Dynamo PR sur les RP et leur mise en pratique.

Premier enseignement : le lancement d’une App n’est plus une nouvelle en soi et ne motive pas un communiqué de presse. Pour bien communiquer et faire envie aux journalistes, il faut leur raconter une histoire (ndlr: la vôtre de préférence), une belle histoire même. Il faut donc qu’on y retrouve tous les éléments clés d’une bonne histoire :

  • le héro (vous) doit partir de rien
  • il doit avoir rencontré des obstacles et des personnes qui lui ont mis des bâtons dans les roues
  • il doit entrevoir un futur rayonnant

La référence en la matière de « story telling » semble être ce livre : The Hero with a Thousand Faces, Joseph Campbell. Pas de retour à vous donner, je viens juste de le commander…

La présentation est ensuite passée sur des exemples concrets de campagnes pour Swiftkey et Koubachi. Je retiens de ces exemples que :

  • il faut démarrer le plus tôt possible le dialogue avec les journalistes, ils ne publieront rien au premier contact
  • il faut contextualiser ses annonces. Par exemple profiter d’une autre actualité pour mettre en avant un aspect de son produit.
  • il faut absolument éviter de se revendiquer unique. C’est rédhibitoire pour un journaliste, il n’y croira pas du tout. Le journaliste préfère que vous vous présentiez comme un mix de choses déjà existantes.

Leur conseil pour des développeurs indépendants qui ne peuvent pas se payer une agence de RP : cibler 5-10 journalistes de niche influents et maintenir le dialogue.

#4 Trop « d’amateurs » sur les Stores

Présentation de Richard Hurring de Catchy Agency sur le business des Apps intitulée The business of Apps.

Son constat : trop d’amateurs sur les Stores. Ce pourrait être une bonne nouvelle pour la richesse et la diversité des plateformes mais c’en est en fait une mauvaise pour les développeurs.

Les chiffres sont sidérants :

  • 32% des revenus de Apps proviennent du Top 100
  • 80% des Apps sont téléchargées moins de 100 fois
  • 0.2% des Apps sont téléchargées plus de 10,000 fois

La motivation principale à lancer une App est souvent le ‘fun’ mais c’est pour lui la recette de l’échec.

Pour lui la majorité des développeurs est trop concentrée sur le développement d’une bonne idée, et pas assez sur le marché et la mise en marché. Ces applications sont pour lui mort-nées, leur lancement suivant le pattern : « publie et prie ».

Le développeur devrait plus se concentrer sur l’expérience utilisateur, les résultats et les bénéfices. Il citait deux manières d’y arriver.

La méthode VC (Venture Capitalist) pertinente mais à son goût trop longue pour des Apps. Elle consiste à répondre aux 8 questions suivantes :

  • Quel problème résout mon App ? Qui a ce problème ? Ce groupe est-il assez grand ? Ai-je un bénéfice unique ou marquant ? Comment je peux toucher les personnes ayant ce problème ? Le rapport bénéfice / coût est-il assez grand ? Où sont ces gens ? Comment vais-je gagner de l’argent ?

Le speaker présentait ensuite sa propre méthode, qui ressemble beaucoup à une roue de Deming ou un PDCA en 5 étapes :

  1. rechercher et tester intensivement de nouvelles idées
  2. s’appliquer à trouver de l’argent
  3. développer l’App avec créativité
  4. marketer l’App sans relâche
  5. recommencer !

Il expliquait que la plupart des développeurs d’App ne faisaient que l’étape 3, mais également sur le fait que bien souvent l’étape 1 n’était faite qu’une fois au début, ce qui est une erreur. Il insistait aussi sur le fait que toutes ces étapes devaient aller très vite. On retrouve là pas mal d’idées du lean si on y réfléchit : un lead time faible, pas de stock. Il martelait aussi un autre slogan : « done is better than perfect« .

Sur le point 1 d’ailleurs, sa position est qu’il faut éviter les idées où vous devez créer la demande et se concentrer sur celles où la demande est déjà là. Il suggérait une recherche de mots clés sur Google AdWords pour estimer cette demande.

Une dernière idée assez intéressante de sa présentation était qu’il ne faut pas non plus trop s’attarder sur une idée (comprendre faire tourner la roue précédente trop de fois). Il conseillait même de construire un portefeuille d’Apps plutôt que d’essayer de « s’acharner » sur une App. Son exemple était Rovio pour qui ‘Angry Birds’ était en fait leur 52ème App !!


J’espère que cette parenthèse communication / marketing vous aura autant appris qu’à moi-même. Pour les curieux je rajouterai le lien vers la présentation Xyologic quant elle sera disponible en ligne.

A l’an prochain au Mobicamp ?


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