Part III/III : le top 10 des innovations en banque de détail

Troisième Partie

     Troisième et dernière partie de notre top 10 des innovations en banque de détail. Elle est aussi entièrement consacrée aux NMDP (Nouveaux Moyens De Paiements) qui sont plus qu’en effervescence cette année même si bien malin qui pourrait dire qui va l’emporter.

Les nouveaux moyens de paiements

Le Canada invente la monnaie de demain

     La monnaie « ouverte » que souhaite mettre en place le gouvernement Canadien (Cybermonnaie), est une idée est très disruptive : une institution étatique qui se lance dans une aventure de monnaie virtuelle et met en perspective un usage d’une monnaie nativement ouverte (API) sur internet, c’est pas banal.

     Le défi est le suivant : « La Monnaie royale canadienne met les développeurs de logiciels au défi de créer des applications novatrices de paiement numérique faisant appel à Cybermonnaie, un prototype réservé aux participants du Défi. Les développeurs et le grand public sont invités aussi à proposer des idées sur l’utilité d’une devise numérique. Les gagnants recevront environ 50 000 $ en or de la Monnaie, ainsi que la visibilité associée à leur réussite. Les prix récompenseront les applications qui illustrent le mieux le potentiel de Cybermonnaie et qui pourraient avoir la plus grande incidence sur la technologie des paiements numériques. Les applications présentées peuvent fonctionner sur les plateformes Windows, iOS, Android, BlackBerry ou les navigateurs d’ordinateur ou d’appareil mobile. »

    Cette initiative monétaire venant d’une institution étatique la rend déjà digne d’intérêt d’autant plus que c’est dans son domaine de compétence. L’ouverture de cette monnaie de manière native et donc accessible à tous ceux (applications, développeurs) qui le désirent…permettra de mesurer l’intérêt citoyen qu’on lui porte et de capter les bonnes idées. Notez, que cette monnaie virtuelle, certes encore embryonnaire, vient en directe concurrence de toutes les offres de porte monnaie électronique du moment qui sont soit en échec ou tout au mieux en succès très mitigé….. à l’exception de Pingit (voir plus loin).

Le mPaiement par Square et PayPal

    Pour bien comprendre ce que ces deux acteurs mettent en place et pourquoi Square est un véritable succès aux Etats Unis, nous vous conseillons le très bon article de Nicolas Guillaume et Frederic Baud. Un des messages clés est que « L’innovation introduite par Square n’est pas technologique : le dispositif de lecture de la piste magnétique utilisé actuellement est le plus répandu aux États-Unis. Mais cela pourrait tout aussi bien être une carte à puce. Des dispositifs de lecture de ce type existent déjà pour smartphone (iZettle, Cellfony). L’innovation de Square est dans la banalisation du paiement par carte sur des terminaux grand public largement diffusés, avec une mise en œuvre facile et une solution intégrée masquant et gérant toute la complexité sous-jacente du système de paiement. C’est de plus une solution proposée avec une tarification simple et compréhensible pour le commerçant. » Une solution adaptée aux PME et TPE, que les banques adressent mal et dont la tarification (services et hardware = terminaux) est souvent rédhibitoire.

    Enfin, en ce qui concerne l’aspect sécuritaire, si l’on considère que seuls les terminaux dédiés comme ceux fabriqués par Handpoint ou plus classiquement Ingenico sont les seuls garantissant une sécurité : « saisie du PIN sur un terminal hardware dédié et homologué » ; il faut vite dédramatiser ce point en se souvenant par exemple que PayPal a répondu à un besoin (celui d’eBay en particulier) et offert un service de paiement en ligne en P2P ou de eCommerce et ce sans saisie du code PIN. PayPal ayant la charge ensuite de gérer la fraude. Enfin, pour les plus frileux, la fraude diminue drastiquement dès lors que la puce est simplement lue toujours sans saisie du code PIN. Ce mécanisme, certifie en particulier la présence physique de la carte. Par conséquent, les solutions telles celles proposées par iZettle ont véritablement une belle carte à jouer sur les traces de Square…

    Quant à PayPal, la société imite Square, un peu plus en fait. Historiquement bien placé sur les paiements sur internet, même si cet acteur ne représente qu’à peine 1% des transactions CB en global, son expérience sur le terrain des paiements est incontestable. Paypal s’attaque désormais aux paiements physiques ou mPaiement en multipliant les implémentations mondiales et les solutions technologiques variées. Paypal investit massivement et innove car les solutions proposées sont étendues en s’appuyant sur un best of breed du moment (ex. card.io). Une petite satisfaction personnelle c’est de voir qu’ils ont intégré la capture de la signature manuscrite au doigt sur le mobile. Nous pensons que cet aspect de dématérialisation à du sens et de l’avenir (capture de la signature manuscrite électronique). Sinon, attendons avec impatience un mode compatible avec la carte à puce (lecture et/ou saisie du code PIN), condition sine qua non pour se faire une place chez les grands commerçants du marché Européen.
    Autre source : Le modèle de Square est il applicable en France.

Pingit, enfin un porte monnaie sur mobile en succès

    Voici un porte monnaie sur mobile, Pingit, qui rencontre un succès : en nombre de download et en commentaires utilisateurs. Enfin un succès diront certains et à juste titre ! D’autres ont essayé et essaient encore parfois avec beaucoup d’intelligence mais sans grande explosion d’adhésions…..Mais alors quelles sont les raisons de ce succès ? Venir sur un marché où les moyens de paiements sont globalement satisfaisants et bien ancrés dans les usages, n’est pas chose simple. En revanche, offrir aux clients, utilisateurs et commerçants un « moyen de paiement simple à utiliser, universel, toujours disponible, immédiat et gratuit » il y a là un terreau de fertilité plus évident. Pingit (Pingit par Barclays; Barclays Pingit press release) qui s’appuie sur des comptes virtuels qui permet à n’importe quel citoyen britannique d’envoyer de l’argent à un autre via son mobile (via son ou ses numéros de portable)….. et ce gratuitement. Par ailleurs, les petites entreprises peuvent s’appuyer sur cette solution dans les mêmes conditions tarifaires. La cerise sur le gâteau, Barclays est à l’écoute de ses utilisateurs. En fonction des commentaires et demandes de ces derniers, Barclays écoute et surtout fait vite (l’exemple à ne pas imiter étant ici) évoluer sa solution.

    Bref, plus facile à dire après qu’avant mais il y avait tout de même de bons ingrédients au départ. Côté banque, la contre partie de la gratuité c’est une exploitation des données utilisateurs recueillies . Qui l’eut cru que cela prendrait comme quoi.
    Autres sources : « PING IT par le blog c’estpasmonidée »

Le paiement par carte virtuelle

     Pour que les paiements via mobile ou internet soient de qualité, il faut de la simplicité (voire de la souplesse) d’utilisation et une sécurité élevée en même temps. En général, c’est orthogonal. Et là paf ! Caixa lance un système de carte virtuelle (CaixaWallet) adossée à un compte et qui permet de payer sur n’importe quel site de eCommerce. Au-delà de l’usage du 3D-Secure classique, le plus sécurité réside dans le fait que la carte est activable pour une période limitée (ex 20 min). On peut aussi l’utiliser comme une carte virtuelle prépayée (alimentable via d’autres comptes si on le souhaite) en plafonnant son montant d’utilisation. Enfin, la carte est utilisable depuis son mobile. Bref, simplicité d’usage qui s’appuie sur un concept connu et maîtrisé par l’utilisateur (i.e. la CB) : ou comment moderniser un système de paiement sans casser les usages habituelles. Enfin, Globalvcard a lancé un concept très similaire, comme quoi l’idée serait bonne ;-).

Conclusion

     Pour conclure, nous avons détecté 5 catégories majeures d’innovations en 2012.

  • « Open bank », la banque et les APIs
  • « Vos données valent de l’or »
  • La finance participative
  • Le PFM (Personal Finance Management)
  • Les nouveaux moyens de paiements (NMDP)

    Certaines sont finalement plus anciennes, comme le financement participatif ou les PFM. En 2012, elles continuent d’évoluer et sont finalement toujours innovantes (i.e. le PFM), ou bien sont propulsées sur le devant de la scène car en parfaite adéquation avec le moment comme le financement participatif. Ce dernier prend tout son sens en ces temps où les banques ont très clairement dégradées leur image et où le resserrement du crédit rend ce mode de financement particulièrement pertinent.

    En 2012, les nouveaux moyens de paiement sont en ébullition, il faudrait être aveugle pour ne pas s’en rendre compte : les investissements massifs de Paypal en sont une illustration parmi d’autres. En revanche bien malin celui qui pourra dire qui l’emportera; tant du point de vue des solutions que des acteurs. Nous vous conseillons à ce titre de lire cette très belle analyse : la guerre des portes monnaies mobiles. Alors, que nous partageons le fait que les acteurs tels que les opérateurs et les banques ne sont pas mieux placés dans la course, Caixa et surtout Barclays prouvent que rien n’est joué et qu’une grande banque est encore capable d’innover et de comprendre les attentes des utilisateurs. Parmi les acteurs sur lesquels il faudra compter, nous ajoutons les états, qui comme le Canada vient de le prouver ont aussi une belle carte à jouer sur une de leurs fonctions régaliennes : « la monnaie ». Enfin, les startups comme Square prouve que lorsqu’un marché est mal adressé (celui des TPEs) un acteur innovant peut se faire une place.

    Enfin, et ce fut notre premier propos, l’ouverture aux données bancaires couplée ou non à des APIs, est probablement une des innovations les plus disruptives de cette année 2012. Le champs des possibles est juste immense : imaginez que vous puissiez accéder à un historique de 10 ans de transactions bancaires pour chacun d’entre nous. Cette ouverture du SI « bancaire » (i.e. les transactions) à des partenaires pour offrir de nouveaux services à valeur ajoutée; au risque de nous répéter, il y a probablement là une mine d’or…que sont justement les données bancaires.