Open spaces

« Mais dites moi, Mr X, comment allez-vous donc faire pour m’auditer ces 500 000 lignes de C++ et en plus me dire si nos équipes de 100 développeurs sont bien organisées…. en juste quelques jours ? » – « Vous savez, je n’ai pas besoin de regarder en détail toute votre maison pour savoir si vous êtes quelqu’un d’ordonné : j’ai juste besoin de visiter votre chambre ! »

Bing ! Belle réplique du tac au tac ! Sur le coup, je me suis dit qu’on était gonflé de répondre cela à l’un de nos clients qui nous challengeait sur notre capacité à mener à bien un audit compliqué. Et puis en rentrant dans le métro le soir je me suis repassé les films de mes premières heures dans les locaux de nouveaux clients, notamment ceux chez qui j’avais pu faire des audits et j’ai commencé à me dire qu’on pouvait prendre cette réplique au second degré comme cela était le cas chez ce client (comprendre « on n’a pas besoin d’être exhaustif pour se faire une idée exacte ») mais aussi au premier degré (comprendre « vos locaux en disent beaucoup sur votre manière de travailler »).

Repassons en revue mes modestes expériences en matière de locaux…

Premier exemple : Un plateau de développement en open space, les différentes équipes ramassées dans les coins de cet open space, un grand espace vide au milieu de cet open space, un mur sur lequel on peut voir un graphique donnant l’évolution du nombre de nouvelles anomalies trouvée en recette sur les 6 derniers mois ainsi que les maquettes des écrans de la future release (… et, pour l’anecdote, le Directeur Technique de l’entreprise qui vous annonce fièrement qu’il a lui-même construit ce tableau un week-end, en réutilisant des plaques d’isolant qui lui restaient après la rénovation de sa maison :) ). Qu’en penser ? Personnellement je me suis dit que la communication entre collègues (coéquipiers!) comptait dans cette entreprise, que l’on se donnait les moyens de communiquer en ayant de la place pour un stand-up meeting le matin et que tout le mode était commité sur un objectif commun et clairement affiché : faire infléchir la courbes d’anomalies constatées ! Résultat de l’audit ? Un processus de développement bien formalisé et appliqué, avec une vraie habilité à délivrer un produit de qualité et à tenir la roadmap de développement.

Deuxième exemple : pas d’open space mais de grands bureaux en verre disposés sur deux étages, avec environ 10 personnes par bureau et un grand hall au milieu de l’espace, celui-ci étant vide et donnant directement sur l’accueil de l’entreprise mais n’étant accessible que depuis les cages d’escalier. En voyant cela je me suis dit que des murs entièrement en verre devait être le signe d’un certaine transparence. En même temps, cet espace n’était pas vraiment utilisable par les équipes puisque peu accessible et surtout partagé avec l’accueil : pas « d’intimité d’équipe » et impossible d’accrocher quoi que ce soit sur les mûrs. Résultat de l’audit ? Une difficulté à aligner tout le monde sur un objectif commun et à trouver une cohésion dans l’équipe, une certaine culture du processus qui a cependant du mal à être appliquée et une difficulté à résorber la dette technique dans le produit.

Dernier exemple (après, je risque de vous lasser) : un grand open space à la mode « call center », avec des bureaux étroits et contigus disposés en rangées espacées de 1,5 m, des questions qui fusent d’un bout à l’autre de l’open space, des boîtes à meuh (voire… à mouette!) qui raisonnent, des téléphones qui sonnent en permanence. En voyant cela, je me suis dit… que c’était juste le bordel! Mais un bordel plutôt sympathique, puisque la bonne humeur était de mise et que les gens n’hésitaient pas à se regrouper autour d’un PC pour travailler ensemble sur un problème. Résultat de l’audit? Une équipe qui tient ses objectifs mais qui réussit ses mises en production « au forceps » et a du mal à reproduire deux fois de suite le même processus de mise en production.

Alors, bien sûr, beaucoup de raccourcis dans tout cela et impossible de se baser uniquement sur ces impressions pour réaliser un audit… Reste à savoir si les locaux traduisent la culture d’entreprise ou bien s’ils influencent cette culture? Intuitivement, on peut se dire que chacun nourrit l’autre. En tout cas, je fais de plus en plus attention aux locaux que je visite pour m’indiquer la culture maison. Et depuis j’ai lu le livre Blink qui m’a donné d’autres perspectives sur le sujet (je vous le recommande chaudement).

(Au fait, chez OCTO, nous n’avons pas deux salles qui ont la même configuration ou la même fonction : open space, salle « silence », open space avec des tables configurables, salles de réunion avec projecteur, salle ouverte avec tables rondes, bureaux « classique »… qu’est-ce que cela pourrait bien vouloir dire?)