Les Patterns des Grands du Web – Minimum Viable Product

Description

Un Minimum Viable Product (Produit minimal viable), abrégé en MVP, est une stratégie de développement de produit. Eric Ries, qui a fortement contribué à développer cette approche ainsi que le Lean Startup, nous en donne la définition suivante : «  le MVP est la version d’un nouveau produit qui permet à une équipe de collecter sur les clients  early adopters le maximum d’enseignements validés, et ce avec un minimum  d’effort »[1] .

En résumé il s’agit de réaliser rapidement un prototype de produit minimal, afin de vérifier l’existence d’un besoin, d’identifier le marché associé, et de valider les hypothèses business telles que la rentabilité.

L’intérêt est évident : construire plus rapidement un produit qui réponde vraiment au besoin d’un marché, en limitant les coûts de mise au point de deux manières :

  • par la réduction du TTM[2] : plus rapide, donc moins d’effort humain, d’où moins cher – toutes choses égales par ailleurs,
  • et par la réduction du périmètre fonctionnel : moins d’effort de développement dans des fonctionnalités inutiles, sans valeur démontrée à ce stade, pour l’utilisateur.

Dans le cadre d’une startup, les ressources financières sont généralement limitées. Il est faut donc tester le plus rapidement possible les hypothèses du business plan – c’est là que le MVP apporte toute sa valeur.

L’avantage de l’approche MVP est bien résumée par l’expérience de Eric Ries au sein de IMVU.com, site d’avatar 3D et chat en ligne : 6 mois leur ont suffit pour y créer leur premier MVP, alors que dans une expérience précédente de startup, il lui avait fallu près de cinq ans avant d’aboutir à un premier produit – pas forcément viable !

Aujourd’hui, un délai de 6 mois peut sembler déjà relativement long, et il est bien souvent possible de déployer un MVP plus rapidement. (cf. Smoke Test, infra.)

En effet, élaborer un MVP n’implique pas forcément de produire du code ou un site très sophistiqué, bien au contraire – il s’agit de tâter le terrain, très tôt dans le projet, pour valider la direction dans laquelle on envisage de développer le produit ou service. C’est une approche de type « Fail Fast ». Le MVP peut vraiment être très dépouillé par exemple, Nivi Babak nous dit que « le MVP est souvent une publicité dans Google. Ou un slide Powerpoint. Ou une page d’accueil. Vous pouvez souvent le construire en une journée ou une semaine » [3]. On parle aussi de « Smoke Test » (cf. infra) dans le cadre d’implémentation vraiment minimaliste. Un prototypage papier est aussi envisageable.

Le MVP permet ainsi de valider rapidement les hypothèses sur les besoins du client, et par conséquence offre la possibilité, tôt en amont dans la conception du produit ou service, de réorienter celui-ci : c’est ce que l’on appelle un « pivot », dans le vocabulaire du Lean Startup. Ou, si les hypothèses sont validées au moyen des informations récoltées via le MVP, il s’agira de passer à l’étape suivante : implémenter la fonctionnalité qui avait été « mockée », créer un vrai site web, et plus simplement une page de marketing, etc.

Le MVP ne s’applique pas qu’au lancement d’un nouveau produit : le principe reste tout à fait pertinent dans le cadre de nouvelles fonctionnalités envisagées pour un produit déjà existant. L’approche peut être aussi plus directe : collecter le feedback de l’utilisateur en lui demandant ce qu’il souhaite comme fonctionnalités (cf. infra, l’exemple du site theleanstartup.com), et collecter aussi des informations concernant son comportement dans l’utilisation du produit.

Le MVP est particulièrement bien adapté lorsque l’on n’a pas ou peu de connaissance du marché et des clients, de pas de vision produit bien définie.

Mise en œuvre

L’approche la plus minimaliste est qualifiée de Smoke Test, appelée ainsi par référence au tests réalisés sur les composants en électroniques, qui permettent de s’assurer du bon fonctionnement d’un composant avant de passer à un degré supérieur de test (stress tests, …) – et notamment au travers du dégagement de fumée qui accompagne généralement un défaut!

Dans la version épurée du Smoke Test, il suffit d’une bannière publicitaire dans un grand moteur de recherche par exemple, vantant les mérites du produit que l’on cherche à développer. Le clic sur la bannière renverra sur une page, généralement statique, réduite au minimum, mais pouvant offrir quelques liens, dont le seul but est de permettre la collection des informations de clic, indicateurs de l’intérêt porté par le client au service, et de sa capacité à passer à l’acte d’achat. Pour autant, les fonctionnalités concernées par les liens n’ont absolument pas besoin d’être opérationnelles à ce stade ! Le strict minimum est la bannière publicitaire, qui permet déjà de collecter des informations.

Le site theleanstartup.com, qui applique les principes qu’il défend (Pattern EYODF [4]) propose par exemple, tout en bas de sa page d’accueil (qui constitue le MVP de theleanstartup.com), un formulaire très simple, pour collecter les demandes de l’utilisateur, constitué de 2 champs : email et proposition de nouvelle fonctionnalité, accompagné d’une invitation : Que voulez-vous voir dans notre future version (du site) ?

Formulaire de collecte d’information utilisateur sur le site theleanstartup.com , après soumission des informations

En termes d’outillage, les services du type Google Analytics, Xiti, etc., qui permettent de tracer toutes les actions et les parcours des utilisateurs sur un site web, sont des alliés indispensables. Par exemple, dans le cas d’une nouvelle fonctionnalité à implémenter sur un site web,  il est très simple d’ajouter un nouveau bouton, une options dans un menu, un push quelconque, et de tracer les actions de l’utilisateur avec ce type d’outil.

Le risque…

L’approche MVP peut néanmoins engendrer un résultat ambigu : Le faux négatif. En effet, si un MVP n’est pas suffisamment bien pensé, ou mal présenté, bref, pour de nombreuses raisons, il peut entraîner une réponse négative de la part du groupe de clients ciblés, et ainsi tendrait à faire penser que le produit envisagé n’est en fait pas viable, alors qu’il s’agit plutôt d’itérer dessus pour le perfectionner afin de répondre mieux au besoin. Il s’agit précisément de ne pas s’arrêter à ce qui peut être ressenti comme un échec : un pas de plus permettra peut être de passer du non-viable au viable, soit le MVP proprement dit.

Il peut être judicieux de rappeler la phrase attribuée à Henri Ford : « Si j’avais demandé a mes clients ce qu’ils voulaient, ils m’auraient répondu un cheval plus rapide ». Avoir une vision produit, ce n’est donc pas forcément qu’une option.

Chez qui ça fonctionne ?

Il nous faut forcément encore reparler de IMVU (cf. supra), l’une des pionnières du Lean startup, et où Eric Ries et consorts ont expérimenté le MVP, en particulier pour la conception d’avatar 3D. imvu.com est un réseau social en ligne, proposant des avatars 3D, du chat, des jeux, et offrant le plus grand catalogue de biens virtuel au monde, la plupart étant créés par les utilisateurs.

Citons encore Dropbox, service web d’hébergement de fichiers qui a connu une croissance très rapide, et dont le MVP était une vidéo d’une démonstration factice, le produit n’existant pas encore à l’époque. Suite à la publication de cette vidéo, l’engouement des souscriptions à la liste de Bêta test, passée de 5.000 à 75.000 personnes en une nuit, a confirmé aux fondateurs de Dropbox que leur vision produit était la bonne.

Plus près de chez nous, deux de nos collègues d’OCTO, Vincent Coste et Benoît Guillou, ont partagé leur expérience en 2011 lors d’une session sur la « Lean Startup » à l’USI 2011. Ils nous donnent, dans cette présentation, l’exemple du développement d’une fonctionnalité de « Bon plan » dans le système hubluc.com, où l’approche MVP leur a permis d’invalider rapidement l’intérêt porté par les utilisateurs à ce service.

Et chez moi ?

Avec le développement du e-commerce et des réseaux sociaux, le web est maintenant au cœur des stratégies de développement économique des entreprises. L’approche MVP est ainsi activable telle quelle pour une large gamme de projets portées aussi bien par les DSI que par le Marketing sur ce canal, mais le MVP peut bien sûr être aussi mis en œuvre en dehors du contexte web.

Il est même possible d’appliquer cette démarche à ses projets personnels. Par exemple, dans son ouvrage de référence, Running Lean, Ash Maurya donne l’exemple de l’application de MVP (et du Lean Startup) à la publication de ce même ouvrage.

L’audit de S.I. représente une part importante de l’activité d’OCTO, et nous sommes fréquemment confrontés à des projets d’innovation (plateforme communautaires, e-service,  boutiques e-commerce, …) dont les mises en production dérapent, par exemple de 6 mois en 6 mois, et dont la mise en marché, retardée d’un ou deux ans, s’accompagne souvent d’un flop, car la valeur délivrée à l’utilisateur ne correspond pas en définitive aux attentes du marché… Dans l’intervalle, des millions d’EUR auront été engloutis, pour un projet qui finira dans les oubliettes du web.

Une approche de type MVP permet de réduire ces risques et les coûts associés – Sur le web, des délais de un ou deux ans pour sortir un produit ne sont pas viables, et la concurrence est non seulement féroce – mais véloce !

Au sein du S.I. d’entreprise, il paraît difficile de réaliser des Smoke Tests à l’aide de bannières publicitaires. Pourtant, là aussi, on rencontre fréquemment des applications ou des fonctionnalités qui ont mis des mois à être développées, sans pour autant remporter l’adhésion des utilisateurs… La vertu de Lean Startup et de l’approche MVP est bien de recentrer le discours sur la valeur apportée à l’utilisateur, et d’apprendre sur son besoin réel.

Le MVP peut,  dans ce cas, servir à prioriser par les utilisateurs finaux les fonctionnalités à développer dans une future version d’une application.

Sources

Retrouver toutes les pratiques des Géants du Web sur le site dédié (www.geantsduweb.com) : pdf de l’ouvrage à télécharger, vidéo et compte-rendu de la présentation « Décrypter les secrets des Géants du Web »


[1] “the minimum viable product is that version of a new product which allows a team to collect the maximum amount of validated learning about customers with the least effort.” http://www.startuplessonslearned.com/2009/08/minimum-viable-product-guide.html

[2] Time To Market : délai écoulé entre la conception d’un produit et sa mise sur le marché

[3] “The minimum viable product (MVP) is often an ad on Google. Or a PowerPoint slide. Or a dialog box. Or a landing page. You can often build it in a day or a week.” http://venturehacks.com/articles/minimum-viable-product

[4] Eat Your Own Dog Food : pratique qui consiste par exemple à être le propre consommateur d’un service que l’on offre

3 commentaires pour “Les Patterns des Grands du Web – Minimum Viable Product”

  1. [...] dans laquelle vous vous trouvez. Si vous êtes dans une phase de découverte client (cf. MVP, Lean Startup, Customer Discovery), les tests A/B peuvent faire complètement varier la version [...]

  2. [...] le Minimum Viable Product (MVP) qui consiste à produire sa solution à un problème sous son aspect le plus simple afin de [...]

  3. [...] (*) : lire le très bon article d’Octo sur ce sujet : http://blog.octo.com/minimum-viable-product/#_ftn1 [...]

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