L’open space m’a sauvé

Un responsable de département d’étude avait fait venir un consultant afin d’identifier les obstacles à une meilleure productivité pour son nouveau projet développé en agile. Après quelques échanges à la machine à café, il lui proposa : “le mieux est que je vous accompagne pour faire le tour des bureaux. Vous verrez qu’il y a sacrément du monde sur le projet Neutrino !”

“Voici tout d’abord le bureau de la MOA principale, Michèle. C’est elle qui recueille les besoins, définit le produit en relation avec les départements marketing, ventes et facturation. Tout ce qui rentre dans le système doit être validé par Michèle. On reviendra la saluer plus tard, elle est en pleine audioconf’, là.”

“Ici, le bureau de Jeanne et Malika. Ce sont des Assistantes MOA, elles aident Michèle à définir une vision concrète du produit en vue de la création du backlog.”

“Dans ce bureau, Kevin et Stanislas s’occuppent des aspects modélisation. C’est là que se définissent les échanges entre les différents composants du système, et où on vérifie aussi la conformité de l’orchestration des services par rapport à la démarche d’urbanisation.”

“Bonjour tout le monde ! Géraldine, Camille et Bernard produisent les spécifications exécutables qui servent à définir les stories de la prochaine itération. Ce jargon, j’ai encore du mal à m’y faire !”

“Ici, c’est la qualif’: il y a Cyril, Laurence, Mohammed et Thomas. Leur job est de tester chaque nouvelle version du système et de remonter tous les problèmes via notre issue tracker, supertrack. Tu comprends — on peut se tutoyer ? — les bugs sont ainsi notifiés directement vers le plateau, et quand un développeur prend une issue.. bon, j’imagine que tu vois comment marche un bugtracker.”

“Que personne ne bouge! Voilà le support de production. Quand il y a un problème avec les utilisateurs finaux, Raphaël et Tarik sont les premiers à le savoir ! Bien sûr, leur travail consiste aussi à valider la gestion de configuration et de déploiement avec la qualif et les équipes productions. On n’est pas tout seul dans ce SI, tu vois ce que je veux dire.”

“On arrive au plateau des développeurs. Ici tu as Michaël, Vincent, Marco — qui n’est pas encore arrivé, visiblement — Jean-Jacques, Guillaume, Fredéric, Bérangère, Alex, Guillaume Numéro Deux, Clarisse, Daniel, et Paul.”

Le consultant considérait l’open space d’un air songeur.

- “On dirait que tu considères l’open space d’un air songeur, lui dit le responsable. Un souci ?
- Oui et non. Quelque chose m’étonne : les MOA, les assistants MOA, les architectes, les responsables des spécifications, la qualification, le support de production, tous ces gens travaillent dans des bureaux séparés. Mais les développeurs, eux, travaillent dans le même espace.
- A vrai dire, au départ j’étais plutôt contre, mais les développeurs m’ont expliqué qu’ils pourraient intégrer plus facilement et plus régulièrement leur source s’ils partageaient le même espace.
- Je vois. Et c’est le cas ?
- Absolument. Personne ne songerait à revenir à la disposition précédente. C’est logique, en un sens; les développeurs ont un problème complexe à résoudre ensemble, et ils sont dans un espace unique pour cette raison.
- Mais ce n’est pas le cas des autres acteurs du projet. Est-ce que ça veut dire que leur problème est moins complexe, ou qu’ils n’ont pas besoin de le résoudre ensemble ?
- Non, pas du tout, bien au contraire! Mais j’imagine que lorsqu’on peut s’isoler… Remarque…”

A son tour, le client considéra l’open space d’un air songeur.

7 commentaires pour “L’open space m’a sauvé”

  1. L’open Space m’a tuer … Chacun son truc

  2. Le souci est que dans 99% des cas les personnes dans un open space ne travaillent de toute façon pas sur le même projet, en tout cas pas au même moment…

  3. Il suffit de 2 personnes qui parlent au téléphone en même temps dans un même espace et plus personne ne peut travailler : attention à ne pas mettre d’open-spaces à toutes les sauces, ça peut devenir vite contre-productif !

  4. L’open space, c’est de l’élévage de développeur en batterie. A la place de Greg, j’aurais dit: « Attention à ne pas mettre d’open space ».
    Tiens par exemple l’argument avancé par le « responsable »: « C’est logique, en un sens; les développeurs ont un problème complexe à résoudre ensemble, et ils sont dans un espace unique pour cette raison. » est vraiment superficiel. Heureusement pour les projets open source, entre autres. Les projets réussissent-ils mieux depuis qu’on a inventé l’open space ? Pas à ma connaissance. Parce que, c’est logique, voir quelqu’un ce n’est pas communiquer vraiment avec lui.
    Ma théorie personnelle: l’open source c’est juste un bâton inventé pour que les développeurs se sentent surveillés et n’aient qu’une envie, sortir du lot pour sortir aussi de l’open space.

    Ceci dit le billet est suffisamment ambigu, à mon avis, pour qu’on ne sache pas si le consultant est vraiment pour….

  5. Ça doit être en référence a Omar, mais le titre pique quand meme les yeux dans le flux rss…
    J’ai travaillé dans les 2 environnements, open space ou bureau individuel, et ce qui compte avant tout, c’est le calme. Pour la déconne l’open space c’est royal, pour la qualité du travail, je pense pas.

  6. ce blog fait de la propagande pro open space.

    Comme dit Jocelyn, c’est de l’élevage en batterie
    Pas de calme, supporté des gens insupportables, les odeurs, et j’en passe

    Il n’y a que les patrons qui veulent des open space, car on centralise, et on réduit les couts, on peut entasser des gens

    chouette

  7. Bon, j’en rajoute une couche : le principal intérêt de l’open space est de concentrer un maximum de personnes dans un minium de m2 et pour un coût minimum. C’est un concept directement importé des states (vous savez le pays du darwinisme social).

    Le terme d’élevage de développeurs en batterie est très bien choisi. C’est exactement la même logique.

    Et comme beaucoup, je considère que l’open space tue la concentration et détruit la productivité.

    Pour ma part, c’est très simple : quand je passe dans une boite qui me propose de me débaucher, je commence par voir si elle bosse en open space. Si c’est le cas, je m’arrête là quel que soit l’intérêt du poste.

    Alors certes, ça a aussi une qualité : ça facilite la communication. Cependant, vu que tout le monde finit par travailler avec des écouteurs pour s’isoler du bruit et pouvoir travailler, on arrive à l’inverse de l’objectif initial.

    Autre défaut à mes yeux : puisqu’on a toujours les gens sous la main (l’expert technique, l’expert fonctionnel, le chef de projet…), plutôt que de jeter un oeil à la doc ou de réfléchir par soi même et de s’approprier ainsi le contexte, on l’interpelle (en l’empêchant au passage de travailler). Et dès qu’il n’est pas là, la machine se bloque alors que les contraintes liées à la séparation des activités dans des bureaux distincts oblige à prendre ce problème en compte dans l’organisation (mise en place d’un référentiel documentaire, formation systématiques des nouveaux arrivants dans une équipe …)

    L’open space c’est pas bien !

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