L’Internet des Objets, un potentiel à exploiter dans l’assurance !

L’Internet des Objets est un concept qui repose sur l’idée que tous les objets seront connectés un jour à Internet et seront donc capables d’émettre de l’information et éventuellement de recevoir des commandes. Les acteurs des différents secteurs économiques (Banque, Assurance, Télécom…) commencent à s’intéresser au sujet et sentent que son potentiel est énorme. Cependant, ils ont encore du mal à appréhender la question et soulèvent plusieurs interrogations dont la principale est : comment l’Internet des Objets me permet de créer de nouvelles offres et de proposer de nouveaux services pour mes clients ?

Dans cet article, nous allons essayer de répondre à cette question par rapport au secteur de l’assurance. Dans un premier temps, nous allons montrer comment, aujourd’hui, certains assureurs exploitent déjà l’Internet des Objet. Dans un deuxième, à partir de l’observation de certaines tendances de fond, nous allons faire un exercice de projection sur les innovations qui pourront arriver rapidement dans le monde de l’assurance grâce à ce nouveau concept.

Ce qui existe aujourd’hui…

La première famille d’assurance à avoir adopté l’Internet des Objets est l’assurance auto avec la création d’un nouveau type d’offres et de nouveaux services complémentaires.

Développement d’offres basées sur  l’assurance à l’usage (Usage-Based Insurance)

La personnalisation des offres et des services est une tendance de fond qui se développe dans tous les secteurs y compris dans l’assurance. L’automobiliste qui ne parcourt que 2 000 Km/an ne souhaite pas payer la même prime que celui qui parcourt 200 000 Km/an. L’automobiliste qui conduit de manière prudente, ne souhaite pas payer la même prime que celui qui conduit de manière dangereuse. De ce principe est née l’idée d’adapter la prime d’assurance à l’usage et au comportement de l’assuré (i.e. au risque qu’il représente). Cette personnalisation est réalisée en évaluant la consommation et le comportement de l’assuré à travers des données que son véhicule transmet de manière automatique au SI de l’assureur. De manière concrète, cette transmission d’information est effectuée grâce à un boîtier émetteur (de la taille d’un briquet) qui se branche sur la prise maintenance de la voiture.

Les premières offres de ce type lancées en France (appelées Pay-As-You-Drive) l’ont été par Amaguiz (Groupama) et IDMacif (Macif) et ne prenaient en compte que l’usage du véhicule (le nombre de kilomètres parcourus) pour le calcul de la prime. En effet, la CNIL a instauré des restrictions strictes sur le type de données pouvant être récupérées par l’assureur dans une volonté de protéger la vie privée des assurés.

Certains assureurs sont allés encore plus loin. Les assureurs américains Progressive et Allstate viennent de lancer des offres où le calcul de la prime prend en compte non seulement l’usage du véhicule (nombre de kilomètres parcourus) mais aussi une évaluation du comportement de l’assuré à travers des données comme l’heure à laquelle il prend la route, le nombre de freinages brusques, le nombre d’accélérations rapides et la vitesse.

Création de nouveaux services complémentaires

Une des tendances actuelles dans monde de l’assurance consiste à vouloir maximiser l’apport de valeur aux clients avec plus de services complémentaires. Les pionniers de l’Internet des Objets ont su exploiter la connexion des véhicules assurés avec leur SI pour innover en matière de services.

Nouveaux services d’information et de prévention

La première catégorie de services imaginée par les assureurs est la restitution à l’assuré des données collectées sur ses habitudes de conduite. C’est ce que font les assureurs américains Progressive et Allstate. Cette restitution est réalisée à travers un espace privé en ligne et elle est généralement accompagnée d’une estimation de la réduction de prime induite par le comportement de l’assuré.

Ce type de service peut être assimilé à un service de prévention. En effet, le fait de fournir à l’assuré les données sur son comportement au volant et la réduction de prime associée est une manière de l’inciter à améliorer son comportement et de diminuer, ainsi, le risque d’accident.

Nouveaux services d’assistance

La deuxième catégorie de services lancée par les assureurs concerne l’assistance en cas de sinistre. Les services « Allianz Helpbox »   d’Allianz Suisse et « Vitality Drive » de l’assureur sud-africain Discovery permettent, à l’aide du boîtier connecté au véhicule, de déclencher, de manière instantanée, l’assistance en cas de sinistre : accident, panne ou vol du véhicule. Les principales fonctionnalités offertes sont les suivantes :

  • Aider à optimiser l’intervention des secours en détectant automatiquement les accidents et en contactant automatiquement les services d’urgence en leur fournissant les coordonnées GPS du véhicule
  • Permettre à l’assuré de contacter rapidement les services d’assistance en cas d’urgence ou de panne avec un « Panic Button »
  • Permettre à l’assuré de localiser son véhicule en cas de vol

Ce qui existera demain…

Généralisation de l’assurance à l’usage et enrichissement des services associés

Si les premières expériences d’assurance à l’usage citées précédemment sont concluantes, je suis convaincu que la transposition pour d’autres types de véhicules se fera de manière très naturelle : moto, bateau, avion… Il suffit de réutiliser (ou d’adapter à minima) les boîtiers développés pour l’auto et de définir les critères les plus appropriés pour évaluer le comportement de l’assuré selon le type de véhicule. Par exemple, le critère freinage brusque est adapté pour l’auto ou la moto mais peut ne pas l’être pour les bateaux.

De plus, en se basant sur les données collectées sur le véhicule, les assureurs pourraient continuer à enrichir leur offre de services. Par exemple, en proposant des recommandations et des rappels concernant l’entretien du véhicule.

Apparition d’offres et de services dans le domaine de l’assurance santé

La tendance de fond

Le potentiel de l’Internet des Objets pour l’assurance santé est réel. Ce potentiel est lié à deux facteurs. Le premier est l’apparition de nombreux appareils connectés destinés au domaine de la santé. Le deuxième est l’intérêt grandissant du public pour les applications médicales mobiles.

Pour matérialiser le premier facteur, ci-dessous une liste, non exhaustive, de dispositifs connectés qui existent actuellement sur le marché. Ces appareils servent essentiellement à …

  • Mesurer les données physiologiques comme …
  • Réaliser un suivi de l’activité physique en suivant …
    • Le nombre de pas parcourus, la distance parcourue, les calories perdues :  » fitbit « ,  » Nike FuelBand  » et  » BodyMedia « 
    • Les données physiologiques pendant les exercices (rythme cardiaque, température, transpiration, rythme de respiration) :  » Basis B1  » et  » BioHarness « 

Quant au deuxième facteur, nous pouvons sentir l’intérêt du public pour les applications médicales mobiles à travers un rapport du « ManhattanResearch  » qui indique que le nombre d’adultes américain utilisant les téléphones mobiles pour des activités liées à la santé est passé de 61 millions en 2011 à 75 millions en 2012. Je pense que cette tendance continuera à s’amplifier et qu’elle se généralisera dans d’autres pays, notamment en France.

Et pour l’assurance ?

Avec les tensions tarifaires et le grand besoin de différentiation sur un marché de l’assurance santé très concurrentiel, les assureurs pourraient exploiter l’Internet des Objets à deux niveaux :

  • Au niveau de la prévention afin de réaliser un suivi médical de l’assuré, de l’alerter sur d’éventuels risques qu’il encourt (par exemple lors d’une prise de poids constante) et de lui préconiser certaines actions préventives. Ici, l’enjeu pour les assureurs est double : d’une part promouvoir l’image d’un acteur social se préoccupant de la bonne santé de ses assurés, d’autre part, réaliser des économies en évitant, ou du moins en limitant, les situations où l’assuré tombe malade
  • Au niveau de la tarification en adaptant la prime d’assurance au comportement de l’assuré (Usage-Based Insurance). En effet, comme pour l’assurance auto, les assurés qui prennent soin de leur santé rechignent à payer la même prime que ceux qui ne le font pas. Les assureurs santé pourraient réaliser des offres pour lesquelles les assurés qui réalisent un suivi constant de leur état de santé et qui en prennent soin se verraient récompensés par une baisse de la prime (un député allemand a formulé une proposition dans ce sens pour lutter contre l’obésité en Allemagne). Pour les assureurs, l’enjeu est évidemment d’échapper à une guerre des prix sur un marché de la complémentaire santé fortement concurrentiel en privilégiant une approche permettant de baisser les prestations en améliorant le risque présenté par les assurés.

En conclusion…

Dans cet article, nous avons cité des applications concrètes et des applications envisageables à court terme de l’Internet des Objets dans le monde de l’assurance. Ma conviction est que les assureurs vont recourir de plus en plus à l’Internet des Objets. En effet, l’assurance est un métier basé sur la collecte et l’analyse de données afin d’évaluer un risque et proposer un contrat protégeant contre celui-ci. L’Internet des Objets est un moyen formidable pour amasser une grande quantité de données actualisées sur les objets assurés et sur le comportement des clients. Cependant, trois questions se posent.

D’abord, comme nous l’avons vu dans l’article, l’Internet des Objets peut induire une forte personnalisation des contrats et des offres. Or la mutualisation des risques est un des principes fondamentaux de l’assurance. Jusqu’où pouvons-nous  pousser la personnalisation (par exemple dans la tarification) sans créer un déséquilibre trop fort entre les « bons » et les « mauvais » risques ?

Ensuite, les objets connectés transmettent d’énormes quantités de données à l’assureur (certains appareils peuvent collecter plusieurs milliers de données par jour). Comment les SI des assureurs doivent-ils évoluer afin d’être capable de traiter cette énorme quantité de données ?

Finalement, à l’instar de Telefónica qui commercialise des données sur ses clients à des tiers, comment les assureurs peuvent-ils tirer profit des données amassées en s’adressant à des acteurs hors du monde de l’assurance (par exemple les constructeurs automobiles peuvent être très intéressés par les données de conduite des assurés)?