Le Cloud à la française !

Avons-nous besoin d’opérateurs Cloud Français ?

J’ai eu l’occasion de discuter avec différents hébergeurs et opérateurs télécom français lors d’évènements et salons récents. Il en ressort qu’un grand nombre d’entre eux travaillent sur une offre IaaS, à la Amazon Web Services.

Ils ont peu d‘espoir de parvenir à concurrencer Amazon sur son terrain, avec ses presque 10 ans d’avance. Cependant, une demande existe pour des opérateurs Cloud Nationaux. En effet, le recours aux Clouds américains pose des problématiques juridiques complexes : localisation des données métiers et des données personnelles, droit à appliquer en cas de litige (cf. ce billet), possibles collusions entre certains acteurs et l’état américain, etc. A cela s’ajoute une certaine paranoïa qui relève parfois, selon moi, du mythe du complot.

Enfin, nous aimerions tous que notre pays soit un peu plus présent dans les services high tech…

L’offre IaaS française émerge donc, et je vous propose un petit coup de projecteur sur les offres en leur état actuel.

Les Clouds français sont-ils de vrais Clouds ?

Je rappelle que la définition du Cloud qui fait consensus chez OCTO, mais aussi chez NIST, repose sur les propriétés suivantes :

  • Elasticité, via la virtualisation
  • Pay as you Go, c’est à dire paiement en fonction des ressources consommées : pas de CAPEX, uniquement de l’OPEX.
  • Self Service : on souscrit à une offre Cloud en ligne, puis on gère ses ressources via un portail.

Certains opérateurs français ne respectent pas cette définition à la lettre :

  • Soit par manque de maturité (exemple : leur plateforme n’est pas encore capable de mesurer précisément la consommation des ressources)
  • Soit par souhait de proposer un mode de facturation comprenant un forfait et des extensions (cf. les opérateurs ADSL)
  • Soit par souhait de maintenir une relation commerciale « classique » avec leurs clients, sans contractualisation en ligne.

J’ai intégré ces aspects dans le tableau qui suit.

Socle des offres Cloud

De nombreux opérateurs Cloud français proposent des offres reposant sur les logiciels VMware vCloud. VMware est souvent pour eux une opportunité de sortir leur offre rapidement grace à une suite logicielle qui intègre clef en main le Pay As You Go (ChargeBack) et le Self Service (vCloud Director).

Certains d’entre eux travaillent en parallèle sur des composants Open Source afin de réduire leurs charges en terme de licence logicielle, une pratique courante chez les grands du Web, comme Amazon ou Google.

Le tableau comparatif

Disclaimer : j’ai collecté ces informations en discutant avec des commerciaux pas toujours au fait des concepts Cloud. Il se pourrait que de petites erreurs se soient glissées dans mon tableau.

NB : ce tableau traite uniquement de Cloud public, donc pas de Cloud privé en mode in house ou hébergé.

Offres Services offerts Pay As You Go souscription  Self Service Self Service de gestion Socle Techno
Orange Flexible computing IaaS + SaaS collaboratif Microsoft oui Non sauf offre PME oui VMware, EMC, HP, CISCO
SFR SI à la demande IaaS + SaaS collaboratif Microsoft oui non oui VMware, HP
Gandi Serveur – L’hébergement Geek IaaS oui oui oui Xen
Claranet Claracloud IaaS oui non non VMware, EMC, Dell
iKoula (VM à 1€) IaaS + SaaS collaboratif Microsoft non(Forfait + dépassement) oui oui HyperV
OVH Mini Cloud IaaS oui oui oui N.C.
LinkByNet e-access IaaS oui non non HyperV
Clever Cloud PaaS oui à venir à venir KVM
IBM Cloud IaaS oui non oui VMware (Cloud AS400 à venir)

Rendez-vous en fin d’année pour voir si ce tableau évolue…

Autres tendances

Pour conclure ce panorama, il me semble intéressant de présenter quelques autres offres émergentes.

VMware est en train de bâtir une sorte de Cloud mutualisé avec ses partenaires Français. Le principe est le suivant : VMware fournit ses technologies aux opérateurs de datacenters, et propose un portail qui permet à ses clients de provisionner des machines virtuelles en faisant abstraction de l’hébergeur. Le client paye donc un abonnement à VMware qui se charge de répartir les VMs chez ses partenaires. C’est d’ailleurs la solution que nous avons utilisée pour le Challenge USI 2011 : le datacenter était opéré par Steria.

Des acteurs institutionnels français réfléchiraient à la construction de Cloud : j’ai entendu des rumeurs concernant la Poste ou la Caisse des Dépôts.

Enfin, des choses pourraient émerger à l’échelle européenne, afin de gagner une indépendance vis à vis des Clouds américains, à l’image d’Ariane Espace, Airbus, le système GPS Galileo, etc. Espérons qu’un projet de Cloud européen aura plus de succès que le moteur de recherche Quaero ou la bibliothèque numérique Europeana…

MAJ le 01 juillet à 14:51 : rectification de l’offre SFR à la suite du commentaire de François Fort.

MAJ le 01 juillet à 17:07 : Ajout de l’offre Gandi suite au commentaire d’Aurélien Pelletier. NB : je n’ai pas rencontré Gandi.