La stratégie Windows Phone 7

Depuis la convergence entre les téléphones mobiles et les assistants personnels, le secteur de la mobilité n’a cessé d’être en effervescence. Chaque constructeur se complait à proposer régulièrement une nouvelle plateforme dite « révolutionnaire » à grand renfort de communication marketing et presque toujours soutenu par des forfaits dédiés des opérateurs.

L’année 2010 a vu un certain nombre d’annonces importantes venant de Microsoft (Windows Phone 7), Apple (iPad, iPhone 4 et OS 4) et Google (croissance très forte des ventes de téléphones Android). Ces derniers mois, il a donc été de plus en plus difficile de se faire une idée claire du marché (distinction entre l’offre et la demande réelle des consommateurs individuels ou professionnels, manque de clarté sur les roadmaps constructeurs) afin de pouvoir proposer à nos clients des solutions pérennes (dépassant l’engouement initial des nouvelles plateformes).

Faisant suite à notre article précédent sur l’état des lieux de la plateforme Windows Mobile, voici un zoom sur la stratégie Windows Phone 7 et son impact pour les fournisseurs de services mobiles.

Il y a comme un OS dans la stratégie

La société Microsoft essaye de revenir en force sur le marché de la mobilité en proposant une plateforme (au sens logiciel et matériel) totalement nouvelle et diamétralement opposée à ce qu’elle avait l’habitude de proposer. Tabula rasa comme disent les jeunes.

L’austère et vieillissant Windows Mobile était une plateforme souple permettant un grand nombre de libertés pour les fabriquants, les revendeurs/opérateurs et les éditeurs logiciels. Les utilisateurs s’en tiraient avec des applications au spectre fonctionnel très large mais souffrant de lenteurs et d’une ergonomie très/trop PC.

Avec Windows Phone 7. Microsoft souhaite se refaire une identité et fournir une plateforme mobile attractive pour les fournisseurs de services mobiles (constructeurs, opérateurs, éditeurs) et les consommateurs. Pour cela, Microsoft reprend une partie de la recette des concurrents:

En B2C:

  • Mettre des services estampillés Microsoft au centre des activités du consommateur (Marketplace, MyPhone, Zune, XboxLive, Bing)
  • Permettre l’accès transparent et sécurisé aux informations du téléphone (contacts, agenda, photos…) via le Cloud (MyPhone est un équivalent de MobileMe d’Apple)
  • Fournir une plateforme centrée autour du consommateur en tant que personne (interaction avec les réseaux sociaux et les plateformes de partage de contenu)
  • Améliorer la communication avec l’entreprise pour les consommateurs professionnels (Exchange, Sharepoint, sécurisation des données…)
  • Proposer une expérience utilisateur unique et reconnaissable quelque soit le marque du téléphone  (limitation de la personnalisation opérateur/constructeur, nouvelle interface unifiée Metro et la notion de hub)

En B2B:

  • Homogénéiser les spécifications matérielles afin de faciliter le développement et de garantir une diffusion maximum des applications en réduisant les risques d’incompatibilité et la fragmentation du parc
  • Fournir une plateforme de diffusion des applications tierces (Marketplace) s’adaptant aux différents besoins business (trial, in-app purchase…)

Qu’est ce qu’un Windows Phone 7 ?

Le fond:

  • Un processeur ARMv7 : Cortex, Scorpion, ou mieux
  • 256Mo de RAM et 8 Go de ROM ou plus
  • Un GPU qui supporte au moins DirectX9
  • Des spécifications multimédia communes incluant une accélération matérielle des codecs

La forme:

  • Un appareil photo 5MP avec flash et un bouton hardware pour prendre la photo
  • Des capteurs : A-GPS, Boussole, Luminosité et proximité
  • 3 boutons hardware : Précédent, Windows (Accueil) et Recherche (Bing)
  • 2 résolutions : WVGA (800×480) et HVGA (480×320)
  • Un écran capacitif supportant au moins 4 points de contacts

« Rien de très original » me direz vous. Venant d’Apple ou Google ce serait vrai, mais pour Microsoft c’est un énorme pas en avant. Espérons tout de même que ces choix permettent à Microsoft de prendre assez d’avance pour rester concurrentiel sur un marché où les concurrents sortent de nouveaux téléphones (avec un nouveau hardware) tous les 6 mois.

La couleur:

Quelques lignes plus haut, je faisais allusion à l’interface Metro. Microsoft a appris de ses erreurs et change radicalement le paradigme d’interaction avec l’utilisateur. Fini les scrollbars trop petites et les contrôles inspirés du PC. Le design Metro est épuré et centré sur le contenu plutôt que les effets graphiques (« Content, not Chrome »).  Voir une démonstration video de l’interface Windows Phone 7.

Voici les documents officiels de Microsoft expliquant les concepts d’intéraction et de design des Windows Phone (à noter la mise à disposition de modèles Photoshop permettant de créer ses propres contrôles respectant le look-n-feel de la plateforme).

Késacode Windows Phone ?

Tout cela ne pouvait être possible sans rompre avec l’architecture actuelle des Windows Mobile (<6.5), Microsoft a donc pris la décision de revoir entièrement sa copie. Ainsi « exit » les applications dites natives C++, adieu nos habituelles Windows Forms. Pour développer sur Windows Phone 7, il faudra faire du Silverlight ou du XNA (orienté jeux et 3D).

Cela veut donc dire que Microsoft accepte de faire le deuil de la fameuse rétro-compatibilité qui lui été si chère: aucune application Windows Mobile ne sera fonctionnera sur Windows Phone. C’est un choix ambitieux mais qui pourrait choquer certains développeurs.

Voici un schéma des différentes composants logiciels et API disponibles sur Windows Phone.

Silverlight, XNA et .Net CF

Silverlight, XNA et .Net CF

Une version plus technique du schéma d’architecture Windows Phone 7 est disponible ici.

Les compétences C# .Net seront partiellement réutilisables pour les couches métiers mais l’apprentissage restera important au niveau IHM, accès aux données (Isolated Storage) et couches de communication pour les nombreux éditeurs qui n’ont pas encore fait le pas du .Net 3.5 et WPF.

Les développeurs profiteront d’un environnement de développement complet et facile à utiliser (Visual Studio, éditeur Wysiwyg, émulateur, …). Le support de Microsoft  est lui aussi largement suffisant pour prendre en main rapidement les API de la plateforme (documentation assez importante et exhaustive).

Ok, je viens de coder ma boîte à meuh, que me reste-t’il à faire ?

Le cycle de vie (from development to cash) d’une application Windows Phone est le suivant:

Cycle de vie des applications Windows Phone

Cycle de vie des applications Windows Phone

Une fois que votre application a été développée et testée par vos soins via l’émulateur très complet, il faut maintenant la publier sur le Marketplace.

Vous pensez être prêt pour la commercialisation, et si vous faisiez une version d’essai de votre application pour convertir plus facilement vos prospects !
L’API Windows Phone permet de faire du Try & Buy sans avoir à maintenir 2 applications distinctes. La même application (au niveau binaire) puisse servir à la fois de version d’essai et de version complète (via la vérification d’un booléen LicenseInformation.IsTrial), le MarketPlace s’occupera de vérifier la validité de licence et d’autoriser la version complète suite à l’achat.

La publication d’applications nécessite un compte payant ($100/an) qui vous permettra de publier autant d’applications payantes que vous le souhaitez et 5 applications gratuites. Au-delà de 5 , il faudra dépenser $20 pour chaque nouvelle application gratuite. Cela peut paraître bizarre de devoir payer pour publier une application gratuite, mais l’enjeu est simple: dissuader les éditeurs de publier des applications « spam » qui pollueraient les catalogues d’applications (détecteur de mensonges, boîte à prout, lampe torche…)

Vous pourrez ensuite choisir le prix de vente de l’application (par pays) et alimenter le catalogue Marketplace avec une description, des mot-clefs et des captures d’écran de votre application. Une fois en vente, Microsoft ponctionnera 30% des montants générés par la vente de l’application. Des frais tout à fait raisonnable et ne nécessitant pas une refonte du business plan de l’entrepreneur.

Le processus de validation/publication est assez strict et votre application devra répondre à un certain nombre de critères de qualité, de législation et de performance (tous justifiés et atteignables). Voir les Windows Phone 7 Application Certification Requirements pour plus d’informations.

A noter que pour les applications Windows Mobile 6.5, les équipes de certification Marketplace (dont Intertek Systems Certification) lançaient entre autre un générateur de clics aléatoires (Hopper Test Tool) qui permettait d’effectuer un stress-test de votre application pendant plusieurs heures.

Le Windows Phone 7, c’est aussi pour moi ?

Malgré toutes les promesses de Windows Phone 7, l’un des points noirs de cette plateforme pour les entreprises du secteur de l’industrie est qu’elle ne sortira pas sur du matériel à « coque renforcée » ou « sur mesure » (lecteur de code à barres intégré, RFID, connectique série…).

L’utilisateur type d’un Windows Phone est un consommateur lambda (cela inclut les professionnels) mais les techniciens, les spécialistes et les opérateurs ne font pas forcement partie de la cible.
Microsoft et les différents fabriquants (Motorola/Symbol, DataLogic…) continueront donc maintenir les gammes Windows Mobile 6.5, Windows CE, Windows Embedded. Cela passera par une autre modification/homogénéisation du nom de ces gammes mais les développements resteront les mêmes : .Net, C++…

Pour conclure

Si je n’avais qu’un conseil à donner aux développeurs Windows Mobile, ce serait de regarder dès maintenant la plateforme Windows Phone qui vient de passer en RTM (Release-to-Manufacturing) et dont les premiers téléphones seront disponibles pour le grand public entre octobre et novembre en Europe.

Les outils de développement Windows Phone Developer Tools (actuellement en Beta) sont disponibles gratuitement sur le portail Windows Phone et Microsoft fait beaucoup d’effort pour aider les développeurs à faire  le pas (certains développeurs ont pu recevoir gratuitement un téléphone de test Windows Phone 7). Les Windows Phone Developer Tools contiennent:

  • Visual Studio 2010 Express
  • Expression Blend pour Windows Phone
  • XNA Game Studio
  • Emulateur Windows Phone

L’évènement Microsoft Days (du 30 septembre au 3 novembre suivant les villes) sera le lieu idéal pour Microsoft pour présenter sa plateforme à la communauté française des développeurs.

Si l’on regarde le système et la plateforme applicative dans son intégralité, les motivations principales de son architecture sont (texte extrait du blog de Pierre Cauchois, évangéliste Microsoft Mobilité et Embarqué):

  • Pour l’utilisateur: une homogénéité, et une intégration efficace des applications dans les différents usages qu’il a de son téléphone. C’est avant tout l’utilisateur qui est au centre de toutes les attentions, qu’elles soient de la part de Microsoft, des opérateurs, des fabricants de téléphones ou des développeurs d’applications tierces.
  • Pour le développeur: simplicité et rapidité de développement. Les API sont intuitives et abstraient volontairement la complexité de certains traitements (comme la géolocalisation par exemple) et garantissent que quel que soit l’état du téléphone il se comportera correctement, c’est-à-dire de façon fiable et prévisible afin de garantir la meilleure expérience pour l’utilisateur.

Windows Phone 7 n’en est pour l’instant qu’à sa première version et rien n’est gravé dans le marbre. Il n’est pas impensable que Microsoft accepte de faire évoluer cette plateforme très prometteuse qu’est Windows Phone afin de répondre aux besoins spécifiques du marché grand public et professionnel.


Voici quelques liens complémentaires sur les différents sujets de cet article :