Quand on fréquente des musiciens, on finit souvent par rencontrer l'archétype du débutant dilettante. Celui qui aimerait jouer comme un dieu, mais qui dit qu'il ne peut pas parce qu'il n'a pas la bonne pédale Wah-wah, parce son anche est fendue, parce que son piano n'a pas un bon son, etc. etc. Pattern : je reste débutant mais j'attends d'être riche pour acheter une Fender Stratocaster (et là, vous verrez ce que vous verrez). 20 ans plus tard le gars a sa Fender, continue d'être un débutant et joue les deux premières mesures d'un solo de Jimi Hendrix en playback avec la stéréo à fond.

Ce n'est pas l'instrument qui "fait" le musicien, c'est sa motivation, son envie acharnée de progresser malgré les plantages réguliers et les frustrations. L'effort qu'il fournit pour s'entraîner encore et encore sans toujours comprendre pourquoi.

Ne méprisons pas les dilettantes pour autant :^) On a beaucoup à découvrir à leurs côtés. Elles ont un côté touchant, idéaliste des grands lendemains, et elles connaissent généralement la discographie complète de musiciens fabuleux. Ce sont des encyclopédistes, des érudits, des passionés -- à défaut d'être des praticiens. Ce qui n'est pas grave tant qu'on évite la confusion des genres.

Quel rapport avec la question initiale ? De même que ce n'est pas l'instrument qui "fait" le musicien (ou l'habit qui fait le moine) ce ne sont pas les pratiques agiles qui "font" les développeurs ; c'est sa motivation à progresser, à réessayer encore malgré les échecs.

Samuel Beckett résume ainsi :

"Ever Tried. Ever Failed. No Matter. Try Again. Fail Again. Fail Better."


Les pratiques agiles ont-elles un intérêt, alors ? Revenons au musicien et son instrument. Si l'instrument le pousse à produire quelque chose de crado (parce qu'il est de mauvaise qualité, parce qu'il manque de constance, parce qu'il est difficile à manier, etc.) il y a deux risques.

  1. La motivation du musicien va s'amenuiser avant qu'il ait atteint un niveau gratifiant -- avant qu'il ne maîtrise suffisamment langage et technique pour pouvoir exprimer, transmettre ses émotions au travers de son jeu.

  2. L'objectif du musicien en devenir peut passer de "produire de la bonne musique" à "arriver à jouer avec un mauvais instrument (indépendamment du résultat final)".


Ce ne sont pas les pratiques agiles qui produiront le bon design. Par contre elles aideront le développeur à concentrer son énergie là où il faut : vers l'expérimentation, l'apprentissage, la lecture... plutôt que de le disperser à coller du scotch sur des débuts de fuite d'eau, à veiller tard le soir, à (se) mentir sur la qualité de son travail.

Pour paraphraser l'irlandais : les pratiques agiles ne t'aident pas à réussir, elles t'aident à échouer mieux.