Et si Microsoft abandonnait la marque Windows ?

Ce titre provocateur est issu de mes réflexions du moment sur le sens du mot « Windows ». L’idée que je propose dans ce billet est la suivante : « Il semble que les interfaces par multifenêtrage montrent certaines limites, et vous en montrer de plus en plus avec le tactile. Or, en simplifiant, Windows signifie multifenêtrage. Par conséquent, la marque Windows ne serait elle pas un cul de sac? »

Mon propos n’est pas de faire de l’anti-Microsoft primaire : je pense que cette entreprise évolue dans la bonne direction (voir ce billet). Je me pose plutôt des questions sur la sémantique d’un nom commun qui est devenu une marque dans l’inconscient collectif. Mon intention est de provoquer une réflexion et peut être un débat entre informaticiens sur le positionnement de Windows dans le futur des interfaces.

De l’utilité du multifenêtrage ?

Selon moi, le multifenêtrage est apparu dans les interfaces informatiques pour reproduire la métaphore du bureau, avec ses documents épars sur une surface de travail tangible. Je pense que la métaphore du bureau est largement dépassée aujourd’hui car nous avons depuis longtemps « digéré » les interfaces numériques.

Je m’explique. Dans les années 80, les utilisateurs avaient besoin de retrouver sur l’écran de leur nouvel outil de travail un environnement familier. On leur a donc proposé une « métaphore du réel » avec un bureau, une corbeille, des dossiers, des documents épars, etc. Avec l’avènement du Web, nous avons appris à utiliser des navigateurs et hypertextes, qui n’ont pas d’équivalent dans le monde réel. Nous avons donc « transcendé » la métaphore du réel. Nous sommes maintenant à l’aise avec un environnement totalement abstrait. Cette « digestion » permet d’envisager des interfaces totalement Web comme celle de Chrome OS de Google. Et même, je pense que les WebOS, qui tentent de reproduire une interface de bureau au sein d’un navigateur, sont une impasse (voir ce billet).

De plus, dans la pratique, le multifenêtrage ne sert pas à grand chose : je passe toutes mes applications (bureautique et autres) en plein écran pour bénéficier du maximum de confort. Je pense que 90% des utilisateurs en entreprise font de même : je n’ai pas d’étude pour étayer cette impression, qui n’engage que moi. A mon avis, les rares cas d’usage du multifenêtrage sont le déplacement de fichiers entre répertoires et les fenêtres de messagerie instantanée. Il me semble donc qu’on pourrait se passer de ce multifenêtrage, comme on s’en passe très bien sur les mobiles et certains netbooks. De fait, le nom « Windows » serait attaché à un type d’interface dépassé.

La montée en puissance des interfaces tactiles

Les interfaces tactiles ont le vent en poupe. Elles se sont largement démocratisées sur les mobiles (iPhone, Android). Elles sont en rupture avec les interfaces utilisant un stylet comme celles des Tablet PC ou des Pocket PC : en effet, un stylet offre le même niveau de précision qu’une souris, tandis qu’une manipulation au doigt est plus imprécise. Par conséquent, une manipulation tactile nécessite de repenser l’interface utilisateur (ce qui a été une des révolutions de l’iPhone).

J’ai eu l’occasion de tester Windows 7 en version tactile. Windows 7 reprend l’interface habituelle de Windows avec son menu démarrer et son multifenêtrage. Dans la pratique, Windows 7 en mode tactile est inutilisable car le doigt est trop imprécis pour faire dérouler les menus, déplacer, iconifier ou fermer une fenêtre (cf. la HP Slate). Seules les applications développées spécifiquement pour un usage tactile ont un sens sous Windows 7. Il me semble donc que le multifenêtrage est complètement remis en question par le tactile.
Une bonne interface tactile doit être totalement repensée. C’est ce que proposent les concepteurs de 10/GUI. C’est un bon exemple d’interface pensée pour le tactile et en rupture avec le multifenêtrage.
Apple doit présenter fin janvier l’iSlate. Cette tablette tactile fait l’objet de tous les fantasmes en ce début d’année. Je suis prêt à parier que l’iSlate n’utilisera pas le multifenêtrage et qu’Apple introduira un nouveau paradigme d’interface de poste de travail, de la même manière que l’iPhone a introduit un nouveau paradigme d’interface mobile.
Apple a souvent joué le rôle de défricheur dans le domaine des interfaces, et a souvent été suivi par Microsoft 3 à 5 ans après (exemples : la corbeille, la recherche locale, Dashboard, etc.). L’iSlate pourrait donc jeter un pavé dans la mare, et être le déclencheur d’un nouveau type d’interface sans multifenêtrage.

Quelques mauvais souvenirs

Enfin, la marque Windows est largement associée dans nos esprits à un environnement propriétaire, fermé, à des procès anti-trust. En effet, c’est bien Windows et la vente liée d’Internet Explorer et Windows Player qui a déclenché des procès retentissants et une aversion contre Microsoft chez certains Geeks. Je précise que ces procès sont terminés et que la méfiance des Geeks concerne aujourd’hui Apple et Google plutôt que Microsoft. Malgré tout, le travail d’oubli prend du temps…

Je m’interroge enfin sur la marque « Windows Azure » : avec Azure, Microsoft a l’ambition de proposer une plateforme de Cloud Computing ouverte, capable d’exécuter du PHP, Java, etc. Pourquoi, dans ce contexte l’associer artificiellement à Windows qui n’a rien à voir avec le Cloud Computing et qui évoque son côté propriétaire et fermé dans l’inconscient collectif ? Je suis persuadé que la plupart d’entre vous pensaient qu’Azure ne savait exécuter que du code .NET. N’est ce pas vrai?

En conclusion, je me demande si Microsoft ne devrait pas prendre un peu ses distances vis à vis du mot « Windows » et créer une petite rupture avec cette nouvelle décennie. Le remplacement de Bill Gates par Ray Ozzie dans le rôle de « Chief Architect » a été un événement crucial pour moi. Le remplacement de la marque Windows par autre chose pourrait faire sens, non ?

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7 commentaires pour “Et si Microsoft abandonnait la marque Windows ?”

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  2. Pour la partie multifenêtrage, je ne suis pas tout a fait d’accord.
    La plupart du temps, j’utilise effectivement le mode plein écran de mes applications. MAIS, il m’arrive régulièrement (tous les jours) d’utiliser du multifenêtrage, surtout pour mon utilisation « loisir ».
    2 exemples :
    * J’ouvre un navigateur pour dépiler mes mails personnels tout en regardant une série TV ou les guignols de l’info de la veille.
    * Loisir encore : je joue au poker en ligne, et la possibilité de jouer et de visualiser plusieurs tables en même temps est un gros avantage par rapport aux partie réelles.

    D’après moi, le multifenêtrage reste indispensable aux systèmes d’exploitation.

    J’ajouterai que depuis que j’ai un écran de 17 pouces, j’utilise plus souvent le multifenêtrage, car j’ai plus de place tout simplement.

    Et justement, je pense que c’est très lié a la taille de l’écran et qu’ainsi, les interfaces mobiles et tablettes, n’ayant que des ecrans relativement petits, n’ont pas besoin de multifenêtrage, et la je te rejoins sur ce point.

  3. Bonjour,

    Comme toi, mes applis sont la plupart du temps maximisées sur mon bureau. Je ne suis pourtant pas d’accord avec l’idée que le multifenêtrage est dépassé. Il m’est souvent bien utile pour comparer le contenu de 2 fenêtres côte à côte, faire des copier/coller en série ou même recopier du texte à la main quand ce n’est pas possible. Ce sont des cas triviaux, raison de plus pour moi de ne pas vouloir revenir au DOS (même en graphique haute résolution :))

    En plus de cela, de nombreux softs proposent, au sein de l’appli, des formes qui sont à mon avis des avatars plus ou moins hérités de la fenêtre : onglets, menus, multi-documents (MDI, les MFC ont vécu mais pas le pattern), palettes flottantes ou dockables, …

    Si les exemples ci-dessus sont bien une incarnation du MF et si celui-ci doit disparaître, je me demande d’ailleurs à quoi va ressembler l’IDE du futur !

  4. [...] Je reprends ici mon propos sur la remise en cause du multifenêtrage, développé dans ce billet : Et si Microsoft abandonnait la marque Windows ? (j’avais produit une version allongée de ce billet pour le blog OCTO). [...]

  5. [...] Le tactile franchira une étape décisive avec de nouvelles interfaces graphiques. J’ai souvent remis en cause l’interface du bureau PC/Mac, car elle me semble être un héritage du démarrage de la bureautique, période à laquelle les [...]

  6. [...] TechDays : ma conviction sur l’inadaptation du multi-fenêtrage au tactile (cf. ce billet) a été renforcée. De nombreuses interfaces innovantes restent à inventer : des applications [...]

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