Digitalisation : une définition

Régulièrement, dans notre discipline, fleurissent des mots un peu « hypes » qui nécessitent de se poser quelques instants pour en cerner le sens et comprendre dans quel sens agir.

L’an dernier, nous avons ainsi eu droit à Big Data, en 50 nuances (OCTO a d’ailleurs été complice de cela, tant nous sommes persuadés de la puissance du concept.:)).

En cette période de collections printemps-été 2013, il semblerait que « digitalisation » soit bien parti pour devenir le buzz-word de l’année, en tout cas dans les grandes DSI : Gartner nous parle de digital marketing, nos clients notamment bancaires veulent un SI digital, le Cigref propose des publications « en format numérique » pour « promouvoir la culture numérique » au sein de « l’entreprise numérique », et jusqu’au Syntec qui est devenu numérique. Ah oui, précisons tout de même que « numérique » semble la meilleure traduction française de « digital ».

Et pourtant, difficile de trouver une définition de « digitalisation » qui fasse autorité. Du coup, nous vous proposons la nôtre :

La digitalisation est l’impact sur les entreprises et les organisations du fait que les gens et les objets soient inter-connectés en permanence, en tout lieu et pour tous les usages.

A cet égard, le digital n’est pas vraiment nouveau. Il a été déclenché par la première vague Internet de la fin du XXe siècle.
Ce qui est nouveau, c’est la massification et la généralisation du phénomène, qui finit par avoir des effets de seuil sur le Système d’Information. Pour ne parler que de la France, nous sommes passés de 14 % des personnes connectées en 2000 à près de 78% en 2012 (http://www.arcep.fr/uploads/tx_gspublication/rapport-credoc-diffusion-tic-2012.pdf). Et la vague des smartphones permet à chacun d’être connecté au réseau en permanence, alors qu’il y a peu, l’usage d’Internet était limité à quelques situations ou quelques plages horaires. Une autre rupture est introduite par les smartphones : un peu à la manière de trous de ver, ils permettent de faire le lien entre l’espace physique et l’espace virtuel.

Internet imprègne donc désormais tous les usages, en permanence d’une grande majorité de la population. Prendre en compte cette tendance est au cœur de l’enjeu de digitalisation des Systèmes d’Information, avec des effets disruptifs à la clé.

Le SI digital est donc celui qui est capable de faire face aux défis suivants :

* Multiplication des canaux : hier PC, aujourd’hui mobile ou tablette, demain TV connectée, lunettes google, terminal de voiture ou autre terminal encore à inventer. Cela impose aux entreprises d’être capables d’adresser la relation avec le client de façon transparente et continue entre tous ces canaux.

* Changement dans les modes d’interaction avec les clients. Nous avons maintenant la technologie pour établir un dialogue (bi-directionnel, donc) avec les clients. Si vous ne le faites pas, eux le feront, probablement à vos dépends sur les réseaux sociaux. La technologie a permis l’avènement du ciblage fin et de l’inbound marketing, il faut s’en servir ! D’autant que les clients peuvent aussi devenir des acteurs de la conception de vos produits futurs dans une logique de co-création ou de crowdsourcing.

* Corollaire de ces 2 tendances : la nécessité d’une connaissance client unifiée, partagée et riche entre les canaux. J’ai certes plusieurs identités numériques, mais je n’accepte pas que vous me redemandiez les mêmes informations à chaque fois que je choisis un canal différent. Au delà, il y a pour les entreprises une fantastique opportunité marketing à agréger et croiser les informations sur les différents canaux.

* Croissance exponentielle des informations disponibles et porteuses de valeur. Informations qu’il faut collecter, stocker et manipuler. Les vies numériques (des gens et des objets) sont verbeuses et les entreprises qui sauront exploiter cette masse d’information avant les autres seront les plus à même d’innover sur les business models (eh oui, on parle encore de Big Data !… et aussi de réseaux sociaux)

* Floutage de la frontière entre l’intérieur et l’extérieur de l’entreprise. Avec comme première conséquence une nécessaire perméabilité du SI. Le SI n’est plus un bastion imprenable, mais une extension naturelle de l’information et des services disponibles sur Internet et sur les réseaux sociaux. Cela s’accompagne de défis considérables sur la sécurité. La deuxième conséquence est l’émergence des Open* (OpenData, OpenAPI, …)

* Une entreprise en interaction constante avec le monde extérieur. Dans un tel contexte, le SI se doit d’être à la fois proche du temps réel et disponible 24/7. Par exemple, fermer le « TP » pour cause de batch est devenu inacceptable.

* Zéro papier. Un vieux mythe de l’informatique mais d’une actualité plus brûlante que jamais. Sérieusement, vous avez vraiment besoin d’un gris-gris manuscrit sur mon contrat d’assurance vie ? So 1990 !

* Et pour finir avec le plus disruptif : la capacité du SI à s’interfacer avec une multitude de capteurs et d’objets. On parle ici d’Internet des Objets, annoncé par certains comme « the next big thing », et capable de révolutionner en profondeur les business models de toutes les entreprises.

Il est également important de mentionner que ces impacts touchent les entreprises non seulement dans leurs relations avec leurs clients et partenaires, mais aussi dans leurs relations avec leurs collaborateurs internes. Car eux aussi sont connectés en permanence, en tout lieu et pour tout type d’usages… ce qui change de façon radicale les processus métier et les modes de collaboration.

Au delà des impacts sur le SI, il y a aussi les impacts sur la DSI, et sur sa façon de travailler.

Nous avons déjà largement abordé ce sujet dans notre ouvrage sur les géants du Web. Vous pouvez faire tout ce que vous voulez sur le volet technologique de la digitalisation, vos résultats seront en proportion de votre capacité à construire une véritable culture digitale en interne.
Les clés de cette culture digitale sont les suivantes :

* La nécessité des cycles courts. Dans un environnement aussi mouvant que le digital, on se sait pas vraiment où l’on va ; il faut donc tester rapidement et apprendre vite. La rapidité du feedback est essentielle pour cela.

* L’obsession de la mesure. Afin de garantir que même en avançant dans le brouillard, on avance dans la bonne direction.

* L’autonomisation des équipes. Dans le monde digital, tout va très vite. Si une décision doit remonter toute la chaîne hiérarchique, d’autres auront eu le temps de vous prendre de vitesse.

* Le droit à l’erreur. Pour aller vite, il faut prendre des risques. Sans droit à l’erreur, pas de risque, donc pas d’innovation. Si chez vous, « l’erreur n’est pas une option », laissez la digitalisation à vos concurrents…

* La collaboration étroite entre IT et métier. La technologie digitale est le levier pour démultiplier l’impact du business : ce n’est qu’en assurant le dialogue permanent entre les possibilités offertes par la technologie et la réflexion sur les business models que l’on peut exploiter de nouveaux gisements de valeur.

Et vous, c’est quoi votre définition de la digitalisation ?

4 commentaires pour “Digitalisation : une définition”

  1. Ça sent bon le lean tout ça :-)

  2. Oui, en effet, on peut le voir comme ça, mais de façon presque involontaire…
    Les acteurs digitaux adoptent spontanément ce types de pratiques sans se revendiquer du lean.

  3. L’impact organisationnelle de la digitalisation serait un sujet intéressant.
    Merci pour cet article.

  4. C’est en effet un excellent sujet d’article !
    Merci pour cette reco.
    Nous publierons très certainement de nouveaux articles sur la digitalisation dans un avenir proche.

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