Deuxième composante de la Communication NonViolente (CNV) : IDENTIFIER ET EXPRIMER SES SENTIMENTS

Cette deuxième étape consiste à exprimer ce que nous ressentons au plus profond de nous-mêmes suite à notre observation. Une des grandes difficultés sur cette étape est que nous disposons d’un champs lexical bien plus riche pour qualifier autrui (jugement, insulte, etc.) que pour décrire clairement nos propres émotions.

Nous avons été formatés depuis notre plus jeune âge (dans le cursus scolaire, etc.) à ajuster et diriger nos décisions par rapport aux autres plutôt que de rester connecté à l’intérieur avec nous-mêmes. Nous avons été conditionnés à analyser mentalement en restant dans nos têtes, nous demandant :

  • “Qu’est-ce que les autres pensent de moi ?”
  • “Qu’est-ce que les autres pensent que je devrais faire ?”
  • “Comment devrais-je me comporter ?”
  • “Qu’est-ce que je devrais dire pour gagner leur approbation?”
  • etc.

Lorsqu’on nous demande ce que nous ressentons, nous avons été habitués très tôt à exprimer une opinion plutôt que de révéler sincèrement nos émotions et ce que nous ressentons. Or l’expression de notre opinion, analyse ou diagnostic ne révèle en rien nos émotions liées aux besoins insatisfaits en nous. Tout au plus notre interlocuteur entendra une critique ou un jugement et se renfermera probablement sur lui-même (réaction défensive), rendant ainsi plus difficile à l’autre de comprendre nos besoins insatisfaits ni d’accéder à notre demande pour y remédier.

Par exemple des déclarations dans un couple comme “Je ressens que je vis avec un mur” n’attirera pas l’attention du conjoint sur les émotions et les besoins de sa femme. En fait, une telle déclaration va être entendue comme un critique plutôt qu’une invitation à se connecter avec ce que nous ressentons. De plus, de telles déclarations agissent souvent comme des prophéties auto-réalisatrices. Un mari qui entend sa femme le critiquer (“je ressens que je vis avec un mur”) va se sentir blessé, découragé et se protéger encore plus derrière son mutisme, confirmant ainsi l’image mentale que sa femme a de lui.

Il devient donc important d’enrichir et renforcer notre vocabulaire affectif pour arriver à mieux exprimer nos émotions. Ce processus peut nous faire peur car exprimer sa vulnérabilité et/ou ses craintes (surtout en milieu professionnel) peut être interprété en fonction de notre culture comme un signe de faiblesse, de sensibilité prononcée, etc. En effet, il nous est sûrement arrivé d’entendre “Si nous admettons que nous avons peur, ils vont profiter de la situation et nous mettre en pièces. C’est comme si nous nous donnions en pâture aux lions !”.

Cependant, révéler sa vulnérabilité peut vous aider à résoudre des conflits car quand nous cachons ou refoulons notre inconfort, nous contribuons à renforcer des analyses “subjectives” des autres (et de ce fait engendrer de la méfiance). En exprimant notre vulnérabilité, nous créons une connexion intime avec notre interlocuteur l’amenant ainsi à révéler ses véritables sentiments et besoins profonds.

Tout comme il est important de distinguer une observation d’une évaluation, il est là aussi nécessaire de distinguer les sentiments des pensées et/ou opinions qui ne sont que des interprétations mentales. Par exemple :

  • “Je me sens incompris” montre comment j’évalue le niveau de compréhension de l’autre personne plutôt que d’exprimer mes émotions. Cela pourrait être : “Je ressens de l’anxiété” ou “Je me sens contrarié” ou d’autres émotions.
  • “Je sens que je n’ai pas d’importance aux yeux des gens avec qui je travaille “. Ici, je décris comment je PENSE que les autres se comportent envers moi et comment je PENSE qu’ils m’évaluent plutôt que d’exprimer ce que je ressens. Cela pourrait être : “Je me sens triste”, “Je me sens découragé”, etc.
  • “Je me sens ignoré”. Cette déclaration correspond plus à mon interprétation des actions des autres plutôt qu’une expression de mes émotions.
  • “J’ai le sentiment qu’il ne sert à rien” ou “J’ai le sentiment d’avoir épousé un mur” n’expriment pas non plus un sentiment mais un jugement sur autrui.
  • etc.

Nous retrouvons la même approche dès lors que nous construisons notre expression sous la forme “Je ressens QUE (je/tu/il/elle) …” qui sera dans bien des cas suivis d’un jugement, une opinion, une évaluation, etc. Il serait plus juste de remplacer le verbe “sentir” par “penser”.

De ce fait, comment savoir si j’exprime réellement et clairement un sentiment ? Les questions suivantes peuvent vous mettre sur la bonne voie :

  • “Qu’est-ce que j’éprouve ?”
  • “Qu’est-ce qu’il ressent/éprouve dans cette situation ?”

Revenons sur la phrase “Je me sens incompris”. Ici je porte sans m’en rendre compte un jugement sur comment les autres me perçoivent plutôt que ce que je ressens au plus profond de moi qui est lié à un besoin insatisfait. Nous aurions pu reformuler cette phrase par “Je me sens contrarié parce que j’ai besoin d’être respecté”.

Or notre langage recèle d’adjectifs qui sont en fin de compte des interprétations des comportements et actes des autres à notre égard. Voici quelques exemples de ces adjectifs : coincé, négligé, rejeté, piégé, manipulé, bridé, rabaissé, surchargé, dévalorisé, etc.

Vous trouverez sur ce lien (http://www.epoche.ca/files/ListeSentiments.pdf) d’autres exemples de :

  • sentiments que nous éprouvons quand nos besoins sont satisfaits ou insatisfaits ;
  • sentiments qui sont des interprétations et/ou des jugements ;
  • besoins que nous avons en tant qu’être humain ;

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