Banque et Lean Startup : l’exemple de Soon

Le contexte des entreprises traditionnelles, ou de celles qui ne sont  pas des acteurs de premier plan du web, est-il compatible avec les pratiques des Géants du Web, dans lesquelles nous rangeons l’approche du Lean Startup ? C’est précisément l’un des objectifs de notre ouvrage « Les Géants du Web » que de tirer un trait d’union entre ces deux mondes, celui du Web et des DSI plus classiques des « bricks and mortar », et l’exemple récent de Soon, le projet de banque mobile d’AXA Banque est une très belle illustration de la compatibilité du Lean Startup avec un secteur d’activité  fondamentalement conservateur, celui de la banque -  et même si elle est  en ligne, car les méthodologies et pratiques de développement logiciel des banques en ligne suivent des modèles très traditionnels et communs aux grands acteurs du retail (externalisation, centre de service, …).

Soon – un MVP bancaire en mode Lean Startup

Début juin 2013, le lancement de Soon, le projet de banque mobile d’AXA Banque, se répandait plus largement sur les réseaux sociaux et internet en général. Le projet existait dans les faits déjà depuis quelques mois sur le web, les premiers tweets, par exemple, remontants en effet à fin avril. Le projet est déjà en lui même un bel exemple de mise en œuvre du pattern « Mobile First », que nous voyons émerger depuis maintenant près de deux années en France, et qui consiste à offrir une service accessible uniquement via une application mobile avant même d’être disponible sur le web.

Mais Soon inaugure aussi une nouvelle approche dans le développement de projet de banque en ligne en constituant un « Minimum Viable Product » développé en mode Lean Startup   – contrairement à ce qui peut être lu parfois sur le web, à savoir qu’AXA Banque aurait développé le projet en « mode startup », et ce sont bien ces quatre lettres qui changent profondément l’approche sous-jacente !

 

MVP Soon : une vidéo

L’un des principaux éléments du MVP de Soon : la vidéo de démo du produit.

 

En résumé,  nous nous limiterons à rappeler ici que l’approche Lean Startup vise à  valider au plus tôt les hypothèses business posées sur le produit (ou service), afin de minimiser en particulier les coûts d’investissements avant de développer un produit, et permettant d’en réduire au passage le Time To Market.

Pour en revenir au MVP que constitue Soon à cette date, l’une des références en la matière est précisément le MVP de Dropbox qui était lui aussi une vidéo, présentant l’usage du produit et son ergonomie en rupture, avant même qu’une seule ligne de code ait été produite ! Cf. à ce sujet l’article d’Eric Ries, How DropBox Started As A Minimal Viable Product, 19 oct. 2011, TechCrunch.com : « To avoid the risk of waking up after years of development with a product nobody wanted, Drew did something  unexpectedly easy: he made a video. »

 

MVP Dropbox : une vidéo

MVP Dropbox : une vidéo

 

De l’aveu même du Directeur de la Stratégie Digitale d’AXA Banque, Raphaël Krivine, la démarche Lean Startup a été appliquée dans le développement du projet Soon, et l’on peut en effet constater la mise en œuvre de plusieurs techniques fréquemment utilisées dans le Lean Startup :

  • présence d’une vidéo présentant le produit sur la page d’accueil du site
  • présence d’un formulaire, sans doute utilisé in fine pour mesurer l’intérêt du marché pour le futur produit proposé
  • absence d’ouverture du service au lancement
  • une définition progressive du service (« Chaque lundi une feature est dévoilée sur notre twitter et sur notre blog. Suivez-nous pour ne rien rater! »), qui sera sans doute élaborée ou affinée sur la base de l’analyse des données issues du MVP.

 

Formulaire de demande d'invitation Soon

Formulaire de demande d’invitation Soon

 

Un autre pattern issu des startups et Géants du Web dont il est intéressant de noter l’usage, est celui du « Cloud First« , c’est à dire  le recours au services Cloud dans le cadre de ce projet, par exemple pour leur vidéo, hébergée sur Viméo. Un acteur de premier plan comme Netflix fait encore aujourd’hui recours massivement au cloud Amazon, alors même qu’il capte un trafic représentant 30 à 40% du trafic web des USA en horaires de prime-time.

Conclusion

Les pratiques des startups et Géants du web comme celles issues du Lean Startup permettent à une banque d’innover de manière simple, en minimisant les risques et coûts d’investissement, tout en réduisant leur Time To Market.

En conclusion, AXA Banque démontre au travers de son projet Soon  un bel exemple d’appropriation et de mise en œuvre des techniques du Lean Startup – une approche aussi mise en avant par OCTO maintenant depuis plusieurs années, mais qu’il est encore souvent difficile de faire accepter au sein des DSI traditionnelles!

Sources

Sur Soon :

Pour approfondir le sujet, vous trouverez des d’information sur  le Lean Startup, dans nos publications et vidéos suivantes :

9 commentaires pour “Banque et Lean Startup : l’exemple de Soon”

  1. Je ne comprends pas bien, l’appli existe déjà mais vous faites du teasing?

  2. Bonsoir Vincent,

    Oui, dans le principe, le MVP est une sorte de teasing, sauf que, idéalement, l’appli peut ne pas exister (= vous minimisez vos coûts de dév. car vous n’êtes pas sûr que votre proposition de valeur résolve un vrai problème pour un segment d’un marché). Le MVP est donc potentiellement « déceptif » – en ce sens qu’il peut s’agir plus de la promesse d’un produit que du produit lui-même.

    Si vous invalidez l’existence d’une adéquation entre vos produit et le marché, vous pouvez vous arrêter avant d’avoir investit dans la création du produit – ou vous pouvez aussi pivoter.

    Tout dépend aussi de votre stratégie, vous pouvez avoir fait des interviews avec des (futurs) clients de votre produits que vous avez identifiés pour valider vos hypothèses, utiliser un prototype papier, une maquette statique, un démonstrateur, un appli mobile, etc.

    Dans le cas présent, le service – Soon – est accessible sur invitation uniquement, et je n’ai personnellement pas encore accès au service, je ne saurai donc vous dire si l’application mobile a déjà été développée ou pas, comme dans le cas de Dropbox.

  3. Faire une landing avec une video et un mail c’est pas ce qu’on fait dans le web depuis 10 ans ?

  4. Le principe sous jacent du Lean Startup est de diminuer les risques en validant ou invalidant des hypotheses business, marketing et produit avec un minimum d’efforts.

    Dans votre cas, et sans dogmatisme aucun pour le coup, c’est ce que j’appelle du marketing. Bienvenu dans le monde merveilleux du produit!

    Cependant, si vous aviez vraiment voulu faire du Lean Startup, vous seriez passé par les étapes classiques :
    Problem Fit/Solution Fit, avant de passer au market fit comme vous le faites en ce moment.

    Faire le produit, et ensuite « teaser » une feature par semaine, ce n’est pas du Lean Startup, car il n’y a même pas de Lean la dedans. Vos stocks d’hypothèses avec solution sont énormes : vous avez déjà un produit complet, et vous cherchez maintenant à le vendre.

    Mettre une équipe en « mode startup » (qu’est ce que c’est d’ailleurs?) ce n’est pas faire du Lean Startup. Faire une landing page avec une video ce n’est pas faire du Lean Startup.

    Quelles leçons allez vous tirer de cette video? Si personne ne s’inscrit, c’est que personne ne veut du produit? Qu’allez vous donc en faire? Le jeter (j’en doute)? Le lancer quand même?

    Vu de l’exterieur, c’est ce que j’appelle un bon gros waterfall saupoudré de marketing à la fin.

    Vincent

  5. @Romain : Le Lean Startup ce n’est pas qu’une simple landing page avec une vidéo ! Il y a, comme le dit Vicent dans son commentaire ci-dessus, une méthode et des principes sous jacents. Pour plus de détails je vous invite à lire les articles dédiés sur notre blog à ce sujet (cf.§ Sources). J’en profite pour préciser qu’Eric Ries a commencé à développer le Lean Startup à la fin des années 2000, vers 2008, et donc bien après l’éclatement de la bulle internet – cette dernière ayant a influencé l’apparition du Lean Startup, car Eric Ries a vécu de l’intérieur l’éclatement de la bulle internet.

    @Vincent : Tout d’abord une précision, c’est « dans leur cas », pas dans « votre cas » – nous n’avons pas été impliqué dans ce projet. Pour être clair, cet article n’a pas vocation de challenger leur stratégie Lean Startup – en l’absence notamment d’information plus détaillées sur leur stratégie de développement produit et la manière dont il l’ont conduite. Mais tes points sont légitimes, ou en tout cas pertinents – quid du Problem/solution fit? des customers interviews ? etc. Info ou intox? A ce stade, je n’en sais rien. Mais je constate la présence de certains éléments fréquemment utilisés dans le Lean Startup, qui corroborent une approche de ce type, comme affiché publiquement. L’objectif de l’article est surtout de profiter de l’occasion pour rappeler ce qu’est le Lean Startup et que la démarche peut s’appliquer ailleurs que dans des startup web – et même dans le milieu bancaire, car comme tu le dit très bien, ça permet de « diminuer les risques en validant ou invalidant des hypotheses business, marketing et produit avec un minimum d’efforts. »

  6. Salut Stephen,

    merci pour ces précisions. Encore une fois, mon commentaire n’avait rien de dogmatique, mais soulevait une responsabilité qu’ont les consultants avec ces méthodes neuves : ne pas laisser galvauder les mots.

    Ce qui se passe en ce moment avec le LS doit rappeler aux plus vieux d’entre nous ce qui s’est passé avec l’agile : c’était devenu dans certaines organisations soit un moyen fallacieux d’embaucher des talents attirés par ces nouvelles méthodes, soit un moyen de communiquer, en interne vers sa hiérarchie (« nous faisons de l’agile »), et en externe (« nous sommes in »).

    La réalité, c’est qu’une fois que ces projets échouent, comme c’est le cas pour 95% des produits commerciaux rappelons le, c’est souvent la faute de « nouvelle méthode ».

    J’ai encore eu l’occasion de le vivre récemment, dans un environnement où l’Agile était « pratiqué », et semblait être devenu l’origine de tous les maux de la société.

    Car soyons honnête, même en relisant l’article attentivement, je ne vois rien qui s’approche un tant soit peu d’une approche basée sur la levée des risques et de l’itération avec les clients.

    En interne (AXA), peut être que l’application n’existe pas du tout, et que la landing page n’est vraiment qu’un enchainement de mockups. Si c’est le cas, je tire mon chapeau et m’allonge aux pieds de l’équipe. C’est un choix très smart.

    Du coup, pour continuer a poser des questions, qu’est ce que ce fameux « mode startup »?

    a+

  7. Le galvaudage des termes est effectivement une remarque très pertinente, Martin Fowler parle à ce sujet de « Diffusion Sémantique ». Cf.
    – article : http://martinfowler.com/bliki/SemanticDiffusion.html
    – video : http://www.usievents.com/fr/conferences/6-usi-2010/sessions/909-pourquoi-pas-comment#webcast_autoplay

    Et concernant ton : « qu’est ce que ce fameux « mode startup »? « , de mon point de vue, c’est une erreur de compréhension par ceux qui on repris les termes utilisés dans l’interview, et qui comprenaient celui de Lean Startup, de la bouche du Dir. Stratégie Digitale. Le « mode Lean Startup » c’est transformé en « mode startup » dans les autres blogs / articles, parce que le concept n’est pas encore familier… C’est de la « diffusion » et de la « dilution » sémantique …
    C’est d’ailleurs pour cela que j’ai voulu essayer de repréciser ce que sont les principes du Lean Startup.

    Après, comme tu le soulignes, reste à savoir comment l’approche Lean Startup a été exécutée dans les faits – c’est une autre hsitoire.

    Pour revenir à la diffusion sémantiques des termes du Lean startup, qui est un vrai problème, je le constate moi aussi, par exemple dans la tendance à appeler MVP ce qui relève simplement de la v1 d’une appli à mettre en PROD – parce que le sens de littéral de « Minimum Viable Product » matche bien avec l’idée du premier incrément d’un produit « marketable » dans une approche itérative/incrémentale Agile – alors que dans le sens LS du terme, c’est quelque chose qui permettra de valider ou invalider une hypothèse…

    Mais je t’avoue que je crains que l’on n’y puisse pas y faire grand chose, Fowler nous dit :
    – « Semantic diffusion is a painful process to watch, particularly for those who find the ideas useful. »
    – « I’m more sanguine about all this, largely because I’ve seen it before. There was a time when almost any software tool or method was described as object-oriented. »
    – « I think it’s an inevitable consequence of ideas becoming popular and despite its problems, I prefer the hype to ignorance. »

    Et une dernière, dans laquelle tu te reconnaitras sans doute :
    – « All of this is hard work, but a good term is worth fighting for – particularly since the only bullets you need are words. »

  8. Stephen,

    merci pour les citations de tonton Fowler, je savais pas qu’il avait aussi théorisé sur ça =)

    Quoi qu’il en soit, l’avenir nous dira ce que voulait dire Lean Startup dans la bouche du directeur de la stratégie digitale. A moins que nous puissions le rencontrer !

    a+

  9. Oui, et au cas où tu veux creuser le sujet de ton côté, les comptes twitter concernés sont : @RKrivine et @RevoluSoon

    ;-)

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