Accessibilité du web : Description et Enjeux [1/2]

Cet article est le premier d’une série de deux articles traitant de l’accessibilité du web et de ses enjeux. Nous nous attarderons ici à décrire l’accessibilité et ses implications ainsi que les impératifs légaux liés à l’accessibilité numérique en France.  Nous énoncerons ensuite les normes à appliquer permettant la réalisation de sites et applications accessibles avec les technologies « standards » du web.
L’accessibilité des RIA, les différentes labellisations d’accessibilité en Europe ainsi que les outils de validation d’accessibilité sont des thèmes que nous aborderons dans un second article à paraître prochainement.

L’accessibilité du web et ses implications

L’accessibilité du web désigne la possibilité pour les personnes éprouvant une gêne du fait d’une incapacité permanente (handicap sensoriel, moteur ou cognitif, vieillissement…), temporaire (accident, grossesse…) ou bien de circonstances extérieures, d’accéder aux services et contenus en ligne sans avoir besoin de l’assistance d’une tierce personne.

L’accessibilité du web et de ses applications fait partie de l’accessibilité numérique en général. Sa particularité réside dans la diversité des implémentations technologiques permettant de développer des applications web et dans la (relative) nouveauté de ces implémentations.

La définition énoncée par Tim Berners-Lee (directeur du W3C) de l’accessibilité est : « mettre le Web et ses services à la disposition de tous les individus, quel que soit leur matériel ou logiciel, leur infrastructure réseau, leur langue maternelle, leur culture, leur localisation géographique, ou leur aptitudes physiques ou mentales ».

Un site sera donc défini comme accessible si son accès est possible indépendamment de l’interface (ex : clavier, souris ou micro), la plateforme d’accès (le système d’exploitation et le navigateur) ou les périphériques utilisés (ex : écran, smartphone, plage de braille, synthétiseur vocal…). Cela implique en particulier de correspondre à un standard technique «compréhensible» par les aides techniques utilisées par les personnes handicapées. On citera par exemple le synthétiseur vocal JAWS ou les plages de Braille (ci-dessous).

Exemple de Plage Braille : Dispositif électro-mécanique utilisé par les aveugles pour afficher en temps réel des caractères Braille

Exemple de Plage Braille

De nombreuses normes techniques définissent la façon de rendre le web accessible. Cependant, malgré plusieurs initiatives qui placent l’accessibilité dans le sens de l’histoire (Communiqué de presse de la Commission Européenne, Audit global de l’accessibilité du web pour les Nations Unies), le degré d’accessibilité moyen observé pour les sites internet reste faible. Un audit conduit par les Nations Unies en novembre 2006, concernant 100 sites dans les domaines du voyage, de la finance, des médias, de la politique et de la vente en ligne, n’a identifié que trois sites répondant aux critères d’accessibilité définis par le W3C.

L’accessibilité dans la loi française

En France, depuis 1997, l’association BrailleNet milite pour que les nouvelles technologies soient accessibles aux personnes handicapées déficientes visuelles. Le gouvernement se préoccupe de l’accessibilité des sites Web publics depuis 2000. Le Comité Interministériel de la Réforme pour l’Etat (CIRE) prend, le 12 octobre 2000, la décision de rendre accessibles aux non-voyants l’ensemble des sites internet des services de l’Etat à échéance du 30 juin 2001.

Le 20 janvier 2004, Julien Perben (fils du Garde des Sceaux et lui-même non-voyant) rend son rapport sur « L’accès des personnes handicapées aux Nouvelles Technologies : difficultés, besoins et solutions ». Quelques jours plus tard Jean-François Mattei (ministre de la santé, de la famille et des personnes handicapées) dépose un projet de loi disposant que l’accessibilité aux sites et services électroniques des services publics de l’Etat et des collectivités territoriales et de leurs établissements publics est indispensable.

Il faut attendre le 12 février 2005 et la loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées pour que la loi impose la mise en conformité des sites internet du secteur public aux normes internationales d’accessibilité. A ce jour, le décret d’application qui doit préciser les modalités d’application de l’accessibilité numérique n’a pas été publié.

L’accessibilité avec les technologies « standards »

Pour les technologies «standards» d’internet comme HTML et CSS, il est judicieux de favoriser l’accessibilité aux contenus et services web en appliquant les recommandations et les normes telles que les définit le consortium W3C. Celles-ci incluent :

La perceptibilité

  • Fournir une alternative textuelle à tout contenu non textuel (ex : utiliser l’attribut alt de la balise img)
  • Proposer une alternative aux médias temporels (ex : fournir des sous-titres pour tout contenu audio)
  • Garantir que le contenu est indépendant de sa représentation (ex : l’ordre séquentiel logique des éléments – donc celui dans lequel un synthétiseur vocal doit les lire – doit pouvoir être déterminé par un programme informatique)
  • Faciliter la perception visuelle et auditive du contenu par l’utilisateur (ex : séparer clairement l’avant-plan et l’arrière-plan, ne pas véhiculer l’information uniquement à l’aide de couleurs)

L’opérabilité

  • Rendre toutes les fonctionnalités disponibles avec le clavier (ex : numéroter les champs dans un formulaire)
  • Laisser à l’utilisateur suffisamment de temps pour lire et utiliser le contenu (ex : permettre l’ajustement de la vitesse de déroulement d’une présentation)
  • Ne pas concevoir de contenu susceptible de provoquer des crises (ex : éviter le contenu clignotant trop rapidement)
  • Fournir à l’utilisateur des éléments d’orientation pour naviguer, trouver le contenu et se situer dans le site (ex : afficher clairement l’arborescence du site sur chacune des pages)

Le devoir d’être compréhensible

  • Rendre le contenu textuel lisible et compréhensible (ex : la langue de la page doit pouvoir être déterminée par un programme informatique)
  • Faire en sorte que les pages apparaissent et fonctionnent de manière prévisible.
  • Aider l’utilisateur à éviter et à corriger les erreurs de saisie.

La robustesse

  • Maximiser la compatibilité avec les agents utilisateurs courants et futurs, y compris les technologies d’assistance (un moyen simple : respecter la présente norme !)

Ces quatre axes d’attention sont composés de checkpoints de priorité 1, 2 et 3 permettant l’attribution d’un niveau de conformité :

  • Niveau « A » : Tous les checkpoints de priorité 1 ont été validés
  • Niveau « Double-A » : Tous les checkpoints de priorité 1 et 2 on été validés
  • Niveau « Triple-A » : Tous les checkpoints ont été validés

On notera que les niveaux de conformité sont énoncés de façon à permettre leur compréhension lorsqu’ils sont lus par un synthétiseur vocal (Double-A plutôt que AA).

Conclusion

Cet article a présenté les enjeux de l’accessibilité du web ainsi que les recommandations permettant d’implémenter celle-ci en utilisant les technologies « standards » du web. Dans un article à paraître prochainement, nous étudierons l’accessibilité des RIA, les différentes labellisations d’accessibilité en Europe ainsi que les outils de validation d’accessibilité.